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La course aux chevaux vapeurs

Benoit Charette par Benoit Charette
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Article mis en ligne le 9 avril 2008 à 13:07
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La course aux chevaux vapeurs
La puissance au banc des accusés
Les émissions de carbone, les gaz à effets de serres, ces termes qui font maintenant partis de notre quotidien étaient encore inconnus, il y a à peine 10 ans. Tout comme fumer est aujourd’hui socialement inacceptable, les voitures puissantes et polluantes semble en voie de devenir un embarrassement collectif. Il y a 25 ans, vous étiez à la mode avec votre grosse cylindrée, la cigarette au bec. Aujourd’hui, il faut être végétarien et conduire une Prius pour avoir droit au même traitement, j’exagère à peine. Je me fais de plus en plus souvent demandé :« Pourquoi construire des voitures surpuissantes, capables de rouler à 250 km/h et plus, alors que la vitesse est limitée à 100 km/h ?
À première vue, cette question semble couler de source, mais elle est trop simpliste, car la puissance n’est pas le seul élément en jeu ici. La puissance ne sert pas uniquement à aller vite, elle est aussi un élément de sécurité. Une voiture puissante possède un couple élevé et permet par exemple des dépassements plus rapides sur l’autoroute ou permet de prendre une bretelle et d’arriver sur la route en ayant la même vitesse de croisière que les autres automobilistes. Une bonne réserve de puissance vous permet également de vous sortir d’une situation délicate en pouvant remettre les gaz rapidement. Mais la puissance qui a considérablement augmenté dans les voitures découle aussi de toute la sécurité qui est apparue depuis une dizaine d’années.
La prolifération des équipements destinés à protéger les passagers pèse lourd sur la balance. Les différents renforts de structure, la multiplication des coussins gonflables qui tendent à transformer l’habitacle en cocon ouaté. Le recours à des matériaux légers, surtout l’aluminium, ainsi que les matières plastiques (éléments de carrosserie notamment) et le magnésium (en quantité très limitée) compense à peine de nos jours la prise de poids supplémentaire qu’induisent ces équipements. Des voitures comme la VW Golf qui pesaient à peine plus de 700 kilos, il y a 20 ans font presque le double aujourd’hui, malgré l’utilisation de matériaux plus légers. La croissance de la puissance a suivi cette évolution pour conserver un plaisir de conduire.
Cela dit, il y a un seuil, au-delà duquel la course à la puissance devient ridicule et inutile. Les voitures haut de gamme ne finissent plus d’ajouter des chevaux. Une BMW M3 qui produisait 240 chevaux à la fin des années 90 en développe maintenant 420. Les moteurs AMG de Mercedes possèdent une cylindrée de plus de 6 litres qui dépasse dans bien des cas les 500 chevaux. Est-ce que tout cela est bien nécessaire ? Bien sûr que non. Je pourrais aussi vous demandez si l’achat d’une montre de 25 000$ est bien nécessaire. Une «Timex» à 25 dollars vous donne l’heure. Les biens de consommation de luxe se porte plutôt bien par les temps qui courent, car un certain nombre de pays comme la Chine et la Russie entre autres ont beaucoup de nouveaux riches et toutes les pourvoyeurs de luxe, y compris les constructeurs automobiles profitent de cette manne. Il n’y a aucune logique rationnelle derrière cela, c’est du capitalisme. Il y aura toujours des gens pour acheter une voiture plus puissante que celle du voisin et il y aura toujours des compagnies automobiles pour répondre à ce besoin
Il y a des changements à l’horizon
Devant cette prise de conscience grandissante face à l’automobile (qui n’est tout de même responsable que de 12% des gaz à effet de serre), les gouvernements réagissent.
Pour la première fois depuis 1975, le Congrès américain a adopté, le 18 décembre dernier, un projet de loi sur l’énergie prévoyant des normes plus sévères d’économies de carburant pour les automobiles. Les constructeurs devront réduire d’environ 40 % la consommation d’essence des voitures et autres petits véhicules lourds d’ici à 2020. Pour les véhicules légers, la norme de consommation doit ainsi passer à 6,8 litres aux 100 kilomètres en 2020, contre 8,6 litres aux 100 kilomètres actuellement. Le projet de loi prévoit également une très forte augmentation de l’utilisation de l’éthanol. Sa consommation devrait atteindre 136 milliards de litres par an d’ici à 2022, soit six fois plus qu’aujourd’hui. Le Canada suivra sans doute la même voie.
L’Europe elle s’attaque directement aux émissions polluantes. La Commission européenne veut donc contraindre les constructeurs automobiles à limiter à 130 grammes par kilomètre les émissions de CO2 de leurs véhicules neufs dès 2012, sous peine de lourdes sanctions pécuniaires. L’industrie automobile, soutenue par plusieurs Pays, juge la proposition dangereuse et inefficace. Si ce texte était validé, les véhicules livrés en Europe à partir de 2012, qu’ils soient fabriqués par un constructeur européen ou extérieur, devraient émettre, en moyenne, moins de 130 grammes de CO2 par kilomètre parcouru, contre 160 grammes aujourd’hui. Chaque constructeur devrait parvenir à une valeur de 130 g/km pour la moyenne de la flotte, mais avec des objectifs d’émission définis en fonction du poids des voitures.
La fin des grosses cylindrées
Si les mesures Européennes passaient au statut de loi, l’avenir des compagnies comme Bentley, Jaguar, Rolls, BMW, Porsche et tous les modèles sports de Mercedes Audi, Cadillac sera sérieusement remise en question. À titre d’exemple, une marque telle que BMW, qui émet en moyenne 188 grammes de CO2, devra baisser ses émissions de 58 grammes en seulement quatre ans. Le groupe allemand Daimler, qui rejette 184 grammes de CO2 en moyenne, devra ainsi diminuer ce chiffre de 46 grammes, alors qu’une compagnie comme Honda rencontre pratiquement la norme des 130 grammes en ce moment. « Les producteurs de grosses cylindrées devront faire plus que les petits », résume le commissaire à l’Environnement Européen, Stavros Dimas.
Le débat pose plusieurs questions plus larges, de nature quasi philosophique : grand luxe et hautes performances sont-ils nécessaires ? Doit-on délaisser la passion pour la raison ? Jusqu’où une société peut accepter les plaisirs individuels ? Et quel prix est-elle disposée à les payer ? C’est un débat qui n’est pas terminé.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2008(annuelauto.com). Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedi à 16 :00 sur les ondes du 98,5 FM de Montréal ou via internet au www.985fm.ca

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