Éructation massive et collective
Une autre tournée de «consultation» (sur les conditions de nos aînées) qui fait couler un peu moins d’encre que les commissions : Castonguay, Clair, Pronovost (agriculture), Bouchard/Taylor (accommodements), Johnson (effondrement du viaduc), linguistique et en gestation d’une autre, la commission Coulombe (porc).
La ministre Blais n’a vraiment pas eu de chance pour l’exposition médiatique et est passée presque inaperçue? Ses consultations ont eu lieu en même temps que la Commission Bouchard/Taylor, qui lui, prenait beaucoup de place. Et le comble, le dépôt de son rapport a été «enterré» par notre 10e tempête hivernale. Pour le crédit politique, elle pourra repasser…
Encore une fois, il ne s’agit pas ici, de discréditer la qualité du travail ou des compétences des commissaires, mais plutôt le manque de volonté de notre gouvernement à gouverner?
Comme vous l’avez si bien mentionné, Mme la ministre, les conditions de vie des aînés constituent à la fois un enjeu de société et une responsabilité qui nous interpelle tous.
La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec avait déjà lancé un cri d’alarme face à ce phénomène qui prend une ampleur inquiétante.
Issu d’une consultation publique au cours de laquelle la Commission avait examiné 117 mémoires et entendu une cinquantaine de groupes et organismes, ce rapport traçait, à partir des témoignages reçus, un portrait détaillé des abus dont sont victimes les personnes âgées; il décrivait ensuite les mesures de protection actuelles ainsi que leurs lacunes et formulait une série de recommandations destinées à corriger ce type de situations…
Également, s’est tenu un forum provincial réunissant divers acteurs sociaux, des chercheurs et des intervenants, issus d’organismes gouvernementaux, paragouvernementaux, d’associations et de groupes communautaires concernés par les abus et la négligence envers les personnes âgées vivant en institution et en milieu d’hébergement à l’UQAM, le 17 avril 2007.
Et le comble de tout, c’est la déclaration de votre collègue, Philippe Couillard, lors d’un point presse, le 1er novembre 2006, qu’une Commission d’enquête ne donnerait rien et serait même illusoire?
«Parce que c'est totalement inutile. Je veux dire, on n'apprendra rien là qu'on ne sait pas. Et ça ne changera rien sur le terrain pour les personnes âgées.»
Alors pourquoi une consultation publique?
Ne devriez-vous pas être dans vos bureaux à consulter les nombreux travaux qui ont déjà été faits plutôt que de vous payer une tournée provinciale à nos frais?
Votre immobilisme ne fera qu’alimenter cette Loi de l’Omerta, encore citée il n’y pas si longtemps sur les ondes de TQS. Lors du passage du Dr Georges Haddad, psychiatre et directeur des services professionnels de l’hôpital Rivières des Prairies, qui avait osé dénoncer la situation en référence aux permis restrictifs et qui s’est presque vu congédier par son D.G.
Voilà les conséquences d’une culture organisationnelle qui affecte non seulement les personnes âgées, mais également les personnes vulnérables.
Dans un article du «Le Devoir.com» du 3 juin 2007, on pouvait lire les déclarations de la professeure et chercheuse à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, Catherine Régis : «Je mets au défi quiconque de réussir à savoir comment, concrètement, les décisions sont prises dans notre système de santé». Elle réclamait également plus de transparence et affirmait que le manque d’imputabilité dans le processus décisionnel vient nourrir une certaine crise de confiance de la population envers notre système de santé.
Seule une commission d’enquête publique sera en mesure d’apporter les changements nécessaires à la crise actuelle.
Pierre Hébert,
Conseiller municipal à Sainte-Élizabeth-de-Warwick
Et Président régional du Regroupement des ressources résidentielles adultes du Québec (RESSAQ)