Éric Leblond (photo : Michel Bourret)
Figure de style; la réticence…
J’aimerais remercier tous les lecteurs et lectrices avant d’aborder le sujet d’aujourd’hui. L’attention que vous portez à ses chroniques a dépassé mes attentes. Vous êtes actuellement plus de 2 000 lecteurs à les lire par semaine.
Pour la présente chronique, j’aimerais vous écrire sur une autre figure de style spéciale; La réticence. Qu’est-ce c’est? Regardons ensemble mes trouvailles.
Plus présente qu’on ne le croit, cette figure de style s’enracine aussi dans les textes de chansons. À certain moment, elle permet au parolier de véhiculer des messages plus crus et ce, sans rien dire.
L’auditoire doit fouiller dans sa mémoire et/ou faire référence au contexte chanté juste avant, afin de réussir le lien. Alors, l’imaginaire du receveur est ainsi titillé.
Mais comment font-ils? On commence à dire quelque chose et on les laisse sur leurs… Je vois cette technique comme une devinette, mais aussi comme un excellent substitue à l’euphémisme.
Voici deux vers qui me sert souvent d’exemple;
Moi et elle s’était juste une histoire…
Car on s’est vue seulement qu’un soir.
Dans ce cas-ci, j’ai fais rimer HISTOIRE et SOIR, mais en laissant un sous-entendu intentionnel après le mot HISTOIRE.
Voici un autre exemple au sixième vers de l’œuvre Cocciante/Dabadie. Cette pièce s’intitule «Être aimé»
Les durs de durs
Les douces de douces
Les p’tites figures
Et les grands ours
Les riens, les purs
Les… enfin tous
Un seul problème
Tu m’aimes?
La réticence peut se remarquer visuellement avec les trois petits points à la suite d’un groupe de mot ou d’un seul mot. Ici, c’est l’imaginaire de l’auditoire qui a été sollicité dans l’exemple du haut.
Regardez au douzième vers de la chanson «J’ai besoin» écrite par Sylvain Cossette.
Juste à côté, au coin de la rue
J’pourrais tout… Mais
Il y a un deuxième volet à la réticence. Les titres qui ont été rattachés et renforcés à quelques vers (Refrain). Ces titres sont dits de nouveau une dernière fois à la toute fin du texte, mais avec l’absence du reste.
Nous, en tant qu’auditeur, les paroles qui suivaient le titre nous reviennent en tête quasi automatique. Puisque ce titre nous a été martelé intellectuellement pendant quelques minutes.
Alors, l’auteur laisse le soin aux gens de s’en rappeler. La chanson écrite par Luc Plamondon «Nuit magique» est un bon exemple. Pour tout vous dire, ce genre de réticence se voit énormément.
Une chanson de Francis Cabrel «Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai» fait aussi ce genre de réticence en faisant appelle à la mémoire des gens.
5. Seule la lumière pourrait
6. Défaire nos repères secrets
7. Où mes doigts pris sur tes poignets
8. Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai.
Et à la fin de la chanson, il soutire le sixième vers seulement. L’effet de silence est bien placé dans ce cas-ci. Un vieux dicton raconte que «Le silence serait aussi de la musique».
On fait appel à la mémoire de l’auditeur pour qu’il se souvienne des paroles et/ou pour laisser les gens le chanter eux-mêmes, car il y a un espace musical voulu. Ce qui donne ceci, à la toute fin au 37e vers;
37. Seule la lumière pourrait…
38. Où mes doigts pris sur tes poignets
39. Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai.
Dans la vie de tous les jours, nous parlons beaucoup sans vraiment faire appel aux mots, juste avec notre corps et nos gestes. Pourquoi ne pas tenter la même chose avec les textes!
Ce que j’aime de cette figure de style, c’est que nous respectons l’intelligence de l’auditoire, nous lui faisons confiance afin qu’il devine la suite, nous le faisons rêver, participer avec nous à la chanson.
Bonne écriture!