Les élèves de l’école Sacré-Cœur, à Princeville, ont été invités à dessiner un film qui leur a fait peur. L’exercice fait partie des activités de préparation au DÉFI qui leur sera proposé en février. Ce dessin sert aux enfants à exprimer leurs émotions, condition préalable à la prévention de la violence. Pour prévenir la violence, Edupax propose de développer trois compétences chez les enfants : capacité d’expression, sens critique face aux médias, pouvoir d’empathie.
En dessinant leur film, les enfants se libèrent en réalisant qu’ils ne sont pas seuls à ressentir la peur. Ils voient les dessins des autres élèves, ils montrent leur dessin à leurs pairs et cette mise en commun donne lieu à des échanges très animés.
Le nombre de scènes effrayantes dont ils ont été témoins -dans le confort de leur foyer- a augmenté au cours des 25 dernières années. Pourquoi les petits humains sont-ils attirés par les films de peur. Parce que la peur est un étrange phénomène que tous les animaux connaissent. Quand on ressent la peur, on fuit.
Disons plutôt que l’on devrait fuir. Si la peur nous paralyse, on est impuissant devant l’agresseur. Mais dans le fauteuil du salon, devant le petit écran, on continue de regarder le plus longtemps possible, on essaie en tout cas, et puis on s’habitue. Pourquoi fuir puisque le danger dont on est témoin semble inoffensif.
Le monstre, l’assassin, le violeur et l’agresseur semblent rester prisonniers derrière la vitre. Mais l’image terrifiante, elle, sort de la télé et pénètre le spectateur. Les élèves de Princeville ont appris que la scène effrayante véhiculée par la télé cherche à entrer en eux en passant par les yeux et les oreilles. Et où va-t-elle se loger cette scène d’épouvante? Dans leur cerveau.
Certains enfants refusent d’admettre que la peur les habite. Je me souviens de ce petit garçon de 6 ans qui disait adorer les films d’horreur et ne jamais faire de cauchemars. Lorsque je lui ai demandé son secret, il m’a répondu fièrement : «Quand je vais au lit, je laisse la lumière de ma chambre allumée.»
Comme certains autres, ce petit refusait d’admettre qu’il avait eu peur, il cachait sa peur à ses pairs et à lui-même. En vieillissant, les enfants et les ados font l’impossible pour dissimuler la peur que leur ont inspirée certains films. En exprimant leur peur, les enfants se libèrent et prennent confiance en eux. Oui, ils ont eu peur, c’est normal, c’est même sain d’en parler et de la décrire cette peur.
Certains jeunes, plus nombreux qu’on pense, ont développé un autre moyen de fuir la peur. Ils se mettent dans la peau de l’agresseur et commencent à ressentir le même plaisir en s’imaginant imiter ses crimes. Même si les scènes vues sont fictives, la peur ressentie, elle, est bien réelle. Lorsque la frontière entre fiction et réalité disparaît, le jeune cerveau s’évade comme il peut.
L’exposition massive à des scènes de cruauté et de violence désensibilise les petits humains aussi certainement que si on frottait la lame d’un couteau sur un trottoir de ciment. Dépourvu de sens critique, l’enfant risque de poser des gestes dont il ignore les conséquences. La répulsion qu’inspirait naturellement l’acte d’agression s’évapore peu à peu et le danger du passage à l’acte augmente.
La Dr Joanne Cantor a analysé avec rigueur le phénomène de la peur transmise aux enfants par le petit écran et ses conclusions sont utiles autant aux scientifiques qu’aux parents.
www.joannecantor.com
Les dessins réalisés par les enfants révèlent à quel point les films qui font peur aux enfants sont nombreux et …horribles. Pas étonnant que cette peur laisse en eux des traces parfois conscientes, parfois inconscientes. Comme adultes, il est important de savoir que ces traces existent, que ça nous plaise ou non. Le lecteur peut jeter un œil sur des dessins réalisés par les élèves de Princeville.
Les enfants ont eu l’occasion d’apporter leur dessin à la maison pour le montrer à leurs parents et les questionner. Ont-ils vu un film qui leur a fait peur, eux aussi? Les enfants ont besoin de savoir que leurs parents ont déjà vu des films qui leur ont fait peur.
Et le temps passé à échanger sur le sujet permet de démystifier le phénomène tout en favorisant la communication entre parents et enfants. En comprenant que la télé transmet des peurs réelles, nocives et durables, les enfants se préparent à relever un DÉFI qui leur sera présenté au retour du congé des fêtes, un DÉFI qui exigera une grande confiance en soi et l’aide de leurs parents.
Jacques Brodeur, EDUPAX,
Groupe conseil en Prévention de la violence,
Éducation à la Paix, Éducation aux médias
JBrodeur@edupax.org
www.edupax.org