Denys Hunter, une carrière de 45 ans comme pompier volontaire et chef du Service incendie de la Ville de Princeville.
Le «chef» Hunter se retire après 45 ans
Service incendie de la Ville de Princeville
Le 23 mai 1962, les pompiers bénévoles de Princeville sont appelés à intervenir pour un début d’incendie à la résidence de M. Odilon Plante située dans le 10e rang Est. «Je m’en souviens très bien. Nous sommes arrivés sur les lieux avec notre camion de 450 gallons d’eau. Nous avons vite manqué d’eau et il n’y avait pas de borne fontaine ni de lac pour nous réapprovisionner. Toute la maison devait y passer. Dans ce temps-là, notre travail consistait davantage à sauver les meubles que les maisons. Même que la compagnie de téléphone nous donnait 1 $ pour chaque téléphone qu’on rapportait», de raconter le directeur du Service incendie de la Ville de Princeville, Denys Hunter, qui se retire après 45 ans de loyaux services.
Denys Hunter a grandi à Princeville. Très jeune, il a été mis à rude épreuve. Son père André, qui n’avait que 35 ans, se tuait accidentellement lors d’une banale excursion de chasse en sa présence et celle d’un oncle. Il n’avait que 12 ans lors de ce terrible drame qui allait bousculer sa vie.
Deux ans plus tard, il arrêtait l’école pour devenir soutien de famille. Il le fallait bien lui qui avait un frère et quatre sœurs et aussi deux demi-frères, sa mère s’étant remariée. Il se trouvait un premier emploi pour le boucher-épicier Armand Chrétien. «J’ai revu M. Chrétien il y a quelques semaines et m’a montré un talon de paye. Je gagnais 15 $ pour un travail de 50 heures», de rigoler M. Hunter.
Après avoir travaillé un an comme bûcheron, M. Hunter se déniche un autre emploi à 18 ans à l’usine de bas et tricots appartenant à Roger Baril. Il y travaillera jusqu’en 1968. Il se retrouve ensuite chez Accessoires d’auto jusqu’au moment de sa retraite en 2002.
Il s’est marié en 1960 à Denise Boivin avec qui il a deux fils, Rock et Jocelyn, qui lui donneront quatre petits-fils, Keith et Félix, ainsi que William et Thomas. Sa mère, Cécile Lecompte, est toujours vivante. Elle est âgée de 88 ans et habite les Résidences du Couvent à Victoriaville.
Une passion
Avant de rentrer membre de la brigade incendie, Denys raconte qu’ils étaient une «p’tite gang» qui se tenait au garage. «Le conducteur était l’un de nos amis et lorsqu’il ramenait le véhicule après un incendie, nous lui donnions un coup de main pour nettoyer et décharger le camion et faire sécher les boyaux. Dans ce temps-là, les pompiers accomplissaient leur tâche bénévolement et notre aide était la bienvenue. C’est de cette façon que j’ai pris goût à vouloir devenir pompier».
L’année suivant son entrée dans le Service incendie, soit en 1963, la Ville de Princeville se dote d’un hôtel de ville et d’une première caserne officielle. C’est à ce moment que les pompiers «bénévoles» commencent à être rémunérés pour leurs services et deviennent des pompiers «volontaires».
Il devient en 1964 l’un des deux pompiers de garde pour répondre aux alarmes. Terminée l’ère des sirènes de la Ville qui sonnent l’alerte. «Mais on devait rester près du téléphone. Je ne pouvais même pas sortir pour aller au jardin quand j’étais de garde, car si je sortais je ne pouvais pas entendre la sonnerie. Et le cellulaire, on ne connaissait pas ça. On m’avait également installé un téléphone à mon travail». C’est au cours de cette même année qu’il vivait son premier gros feu. Il s’agissait de l’hôtel des Érables qui était situé sur le site du HLM actuel.
Nommé assistant au directeur Clément Béchard en 1966, Denys Hunter lui succède en 1990. Cette fois, c’est l’hôtel Manoir qui y passe. «Le Manoir était un monument à Princeville. Ce fut le feu le plus stressant de ma carrière. La propagation a été tellement intense que nous n’avons rien pu faire pour le sauver».
Pendant ses 45 ans de service, il est arrivé à M. Hunter d’intervenir à deux reprises sur les lieux d’incendie mortel. «La première fois, nous avons découvert deux frères qui ont été calcinés par les flammes. L’autre incendie, un des trois enfants d’une même famille est décédé. Ce sont des événements qui nous marquent à jamais».
M. Hunter se réjouit cependant qu’aucun incendie mortel ne soit survenu pendant qu’il soit directeur du Service incendie. «Nous faisons aujourd’hui plus de prévention, les systèmes de chauffage sont plus modernes, l’utilisation du détecteur de fumée ne nuit pas et les gens sont mieux informés».
L’ajout du service de Premiers Répondants est également une belle initiative, selon M. Hunter. «Vraiment une bonne acquisition pour sauver des vies car une équipe de pompiers est sur place seulement quelques minutes après l’alerte. C’est très apprécié de la population qui nous le fait savoir par des lettres de remerciement».
Pour durer aussi longtemps, M. Hunter parlera de passion et de l’appui de son épouse Denise. «Il faut aimer ça car ce n’est pas toujours facile. Heureusement, j’ai toujours travaillé pour de bonnes équipes. J’ai également eu la chance de compter sur un adjoint, Pierre Chagnon, pour diriger les pratiques ce qui m’a permis de continuer à concilier mon travail à celui de directeur du Service incendie. Mon épouse a également été très conciliante. C’était tout un stress de me voir partir la nuit pour combattre un incendie sans savoir si j’allais revenir. Les autres familles de pompiers vivent aussi la même chose».
On ne pouvait terminer l’entrevue sans raconter une anecdote savoureuse du «chef» qui a d’ailleurs fait l’objet d’un sketch par le théâtre Parminou. «Je reçois une alerte en pleine nuit et en me précipitant hors du lit j’attrape le dentier de mon épouse au lieu du mien. J’en ris encore aujourd’hui», de terminer M. Hunter officiellement en retraite depuis le 31 décembre.
Au cours de la prochaine année, M. Hunter demeurera néanmoins attaché au Service incendie alors que la Ville de Princeville, désirant conserver son expertise, a retenu ses services à titre de consultant.