Quand on constate que la violence augmente chez les jeunes, quand on constate les multiples formes que prend cette violence et quand on connaît les causes de cette augmentation, on ne peut pas se contenter de mesures illusoires, éphémères ou superficielles.
Durcir les règlements scolaires, réprimander les récidivistes avec de gros yeux, augmenter la sévérité des peines, suspendre l’enfant de l’école, engager des policiers, de telles mesures peuvent rassurer sur le coup, mais sont des cataplasmes.
Les pédagogues et les psychologues savent que ces mesures ne sont pas des solutions, même si elles peuvent donner l’impression de réduire les dégâts dans l’immédiat. Mais on ne peut pas non plus baisser les bras et attendre que ça passe. Entre les cataplasmes et l’immobilisme, il y a un territoire à occuper, à animer et de jeunes citoyens à outiller.
Rappelons d’abord que dans toutes les situations de violence, on retrouve trois personnages : l’agresseur, la victime et les témoins. L’un des éléments du programme de prévention de la violence en cours d’implantation à l’école Sacré-Cœur de Princeville consiste à proposer aux enfants de Maternelle jusqu’à la troisième année des exercices pour développer leur bravoure. Cette bravoure sera utile aux victimes, aux témoins et aux …agresseurs.
Ces derniers sont souvent convaincus que les abus commis envers leurs pairs sont des preuves d’héroïsme. C’est faux, mais encore faut-il canaliser leurs énergies dans une autre direction. Depuis le début de décembre, les enfants de Princeville peuvent exercer leur bravoure en pratiquant les quatre exercices suivants.
Après chaque période de récréation, les élèves du 1er cycle racontent à leur titulaire les actes de bravoure accomplis. Ils sont simples et faciles à retenir.
Raconter. Chaque fois que je ressens de la douleur, de la peur ou de la colère, je trouve quelqu’un à qui RACONTER. En verbalisant ses émotions et ses sentiments, l’enfant se libère, il améliore sa confiance en soi et évite l’accumulation des frustrations.
Consoler. Chaque fois que je vois quelqu’un souffrir, avoir peur ou être fâché, je cherche un moyen de consoler cette personne. Les enfants apprennent divers moyens de consoler, notamment en s’approchant, en questionnant et en écoutant. Cela évite d’isoler la personne humiliée ou blessée.
Apprendre à répondre. «Aïe, ce que tu viens de faire (ou dire), ça fait mal, c’est assez !» Tout enfant court le risque d’être maltraité et doit apprendre à répliquer sans provoquer l’escalade. La phrase est aussi utile aux témoins. «Ce que tu viens de dire (ou de faire) à cet enfant, ça fait mal. Ça suffit.» C’est une forme d’autodéfense active qui diffère du traditionnel «ne les écoute pas».
Cliquer la peur. Lorsque je regarde un film ou une émission et que je me rends compte que la peur sort de la télé, le plus rapidement possible, «je prends la télécommande et CLIC! Je ne laisse pas entrer la peur dans ma tête.» Ma tête est dure, mais ce n’est pas un caillou. Sous la coquille, il y a mon cerveau et je peux choisir ce qui va entrer dedans. Je ne laisse plus le type qui réalise les films ou celui qui choisit les émissions diffusées décider ce qui va entrer dans mon cerveau.
En bloquant la peur, l’enfant sait qu’il pourra dormir à l’abri des cauchemars. Je ne deviens pas brave en laissant la peur entrer dans ma tête, au contraire, plus j’en laisse entrer, plus je deviens peureux.
Pour permettre aux enfants de s’approprier ces quatre conseils, leur enseignante leur a demandé de se dessiner en train de les appliquer. Le lecteur peut consulter les dessins réalisés par les enfants. Depuis le début de décembre, dans les classes de Maternelle jusqu’en 3e année, les enseignantes valorisent et félicitent leurs élèves qui pratiquent les exercices pour devenir BRAVES.
L’attention n’est pas concentrée sur les récidivistes, mais sur les braves qui racontent, qui consolent, etc. Chaque enfant développe ainsi ses habiletés sociales en apprenant à raconter, à consoler, à répliquer et à cliquer la peur avant qu’elle n’entre dans leur tête.
La pratique de ces quatre exercices permet de briser la loi du silence imposée par les petits tyrans de cour d’école. C’est grâce au silence des victimes et des témoins que certains peuvent étendre leur emprise sur leurs pairs et augmenter leur cote de popularité.
Quand on veut solutionner un phénomène comme la violence, il faut aller à la racine et augmenter la capacité de tous les enfants de se défendre, de s’entraider, de mettre des mots sur leurs sentiments et leurs émotions.
En facilitant la capacité de verbalisation des enfants, on fait reculer le silence nécessaire à la propagation de la violence, de l’intimidation et du taxage.
Jacques Brodeur, EDUPAX,
Groupe conseil en Prévention de la violence,
Éducation à la Paix, Éducation aux médias
JBrodeur@edupax.org
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