Selon François Gardner, de la Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec, les commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor se sont permis beaucoup de commentaires personnels.(Photo : Ghyslain Bergeron)
La Commission Bouchard-Taylor a créé la peur des immigrants
Malgré l'espoir d'un dialogue rassembleur
Avant même la Commission Bouchard-Taylor, un groupe d'immigrants et d'intervenants de la région avaient été sondés par le Carrefour du développement social de la MRC de Drummond. Son but : connaître les besoins des gens issus de l'immigration. Ce n'est qu'en dernier lieu que le sujet des accommodements religieux était ressorti.
«Ce n'est pas un sujet qui a été amené rapidement. Il a fallu l'amener sur le tapis», a transmis Sylvain Saint-Onge, président du Carrefour, dans le cadre de la Commission Bouchard-Taylor à Drummondville, le 6 novembre.
Selon l'agente de recherche, Sylvie Allie, c'est d'abord le type d'emploi qu'ils occupent qui déçoit les immigrants. «Ils sont plus scolarisés que la moyenne de la population locale», a spécifié M. Saint-Onge.
Cette présente démarche, qui a évolué en un «Chantier immigration», a amené le Carrefour à s'interroger sur cette réalité. Quelles sont les réalités vécues par la communauté immigrante? Quelles sont les difficultés les plus importantes qui nuisent à leur intégration? Comment pouvons-nous mieux accueillir la communauté immigrante? Comment assurer une meilleure cohabitation? Voilà les questions de base qui ont amené cette réflexion.
«Et comment les immigrants trouvent-ils qu’ils sont accueillis?», a donc demandé Gérard Bouchard.
Au dire de Mme Allie, la réalité est maintenant brouillée par la présente Commission, où les gens en sont venus à confondre la réalité du milieu et celle des grands centres.
D'après l'agente de recherche, la perception des Québécois de souche de la région est maintenant biaisée : «On constate une très grande ignorance de la population. Elle éprouve tout à coup une crainte d'être assimilée».
Au-delà de la crainte, un débat positif
Dans son mémoire, la Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec y voit du positif. Il est clair que le débat résulte d'un malaise de l'identité québécoise.
L'organisation estime donc que l'incertitude actuelle touchant l'avenir collectif est une étape constructive, permettant de se remettre en question, de revoir ses priorités et de corriger le tir.
Ainsi, la Société recommande la création d'un comité d'élus et de citoyens responsable d'écrire une constitution québécoise qui mettrait l'accent sur la vie citoyenne au sein de la collectivité.
Elle souhaite aussi l'augmentation des budgets pour l'intégration des immigrants et un meilleur soutien à la fête nationale.
Le mémoire demande également une politique claire sur la présence de symboles religieux dans les établissements d'enseignement.
Ces recommandations, toutefois, ne semblent pas avoir convaincu les commissaires. «Il y a beaucoup d'éléments qui avaient déjà été présentés par la SSJB d'autres régions. Par contre, on a amené un élément distinctif, soit l'idée du comité de citoyens neutre qui représenterait la société québécoise», a mis en contexte le directeur de la SSJB du Centre-du-Québec, François Gardner.
Cependant, la suggestion de cette instance, appelée à trouver des solutions en matière d'accommodement raisonnable, n'a pas retenu l'attention. «Le rapport final nous le dira», a-t-il commenté.
Celui qui représentait, avec le président Yvon Camirand, l'organisation la plus nationaliste du Centre-du-Québec, lors du passage de la Commission à Drummondville, affirme d'ailleurs avoir été frappé par le peu d'objectivité des commissaires.
«Ils ont utilisé le micro pour émettre beaucoup de commentaires personnels», a laissé tomber M. Gardner, se disant aussi sceptique de l'application pratique qui en découlera. Il trouverait dommage que ce rapport, comme bien d'autres, se retrouve sur les tablettes.
De son côté, l'auteur du Manifeste canadien pour un Québec souverain, Sylvain Marcoux, s'est offusqué en pointant le panneau identifiant la Commission.
«C'est rempli de beaux mots : pluralisme, intégration, interculturalisme, etc. Mais on ne parle jamais de nationalisme!», a-t-il déploré.
Finalement, l'agent de pastoral Yves Grondin a partagé une réflexion que lui a inspirée le forum citoyen à Drummondville, la veille.
«Nous commençons à balbutier la langue du dialogue interculturel et interreligieux. Nous ne savons pas encore où placer les accents. J’ai confiance que dans notre ville, avec les hommes de bonne volonté, nous saurons trouver la langue qui nous fera descendre de nos tours de Babel», a finalement communiqué ce petit-fils d’immigrant américain.