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«On n'est jamais déçu par l’art ou par le travail»

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Article mis en ligne le 7 octobre 2007 à 12:03
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«On n'est jamais déçu par l’art ou par le travail»
La sculpteure Anne Renard avec quelques-unes de ses œuvres
«On n'est jamais déçu par l’art ou par le travail»
Elle a travaillé à immortaliser Frontenac, Charles de Gaule, Félix Leclerc et René Lévesque. Cette femme c’est Anne Renard de la Fonderie d’Art d’Inverness.
Anne Renard est née près d’Avignon en France dans une famille où l’art occupait une place privilégiée. Son père était médecin, mais également poète et musicien. Les membres de sa famille ont hérité du gêne artistique car on constate que les artistes y sont très nombreux : peintres, sculpteurs et musiciens, et tous sont de grands amateurs d’art.

Insatisfaite de sa formation de décoratrice, Anne Renard s’est inscrite aux Beaux-Arts de Paris et d’Avignon où elle a étudié avec de grands maîtres. Elle a pris part à 18 expositions en France et en Allemagne de 1968 à 1989.

«En 1988, mon conjoint et moi voulions nous expatrier. Nous avons appris par l’ambassade qu’un certain Gérard Bélanger du Québec cherchait un maître fondeur pour partir une fonderie d’art à Inverness. J’ai accompagné mon conjoint qui avait signé un contrat pour une durée de trois ans. Quand le contrat a été renouvelé pour trois autres années, nous sommes retournés en France et nous avons tout vendu pour nous installer définitivement à Inverness. Nous nous sommes portés acquéreurs de la Fonderie d’Art vers 1992 et c’est à partir de cette date que je me suis impliquée totalement.»

L’aventure s’est révélée aussi laborieuse qu’exaltante. «C’était difficile car, comme c’était nouveau, tout était à faire. En même temps, c’était tellement stimulant car les gens voulaient connaître, apprendre et bâtir quelque chose. En 1988, il n’y avait pas de bronze au Québec. Les pièces des sculpteurs québécois étaient coulées en France ou à Toronto. Les grosses pièces coûtaient 60 000 $ et demandaient un an de travail. La plupart sculptaient en céramique à cause des coûts exorbitants et il n’y avait pas de bronze dans les galeries.»

Les coûts sont moins élevés maintenant que les pièces sont coulées au Québec, mais le bronze reste un médium onéreux. «Il y a plusieurs artistes qui abandonnent s’ils ne vendent pas rapidement. Certains doivent attendre de vendre une pièce avant d’avoir les fonds pour en faire couler une autre. En même temps, on fait de plus en plus d’objets utilitaires qui apportent une touche de raffinement inégalée dans la décoration : des vases, des cadres pour des peintures ou des photos et des poignées de porte.»
Une page d'histoire
Anne Renard et son conjoint Serge Gérard sont, avec le sculpteur Gérard Bélanger, des pionniers qui ont écrit la grande histoire du bronze d’Inverness. Le travail colossal qu’ils ont abattu au cours des 20 dernières années ne leur ont pas laissé le temps de s’ennuyer.
Tout en travaillant sur les pièces des autres, Anne Renard a continué à sculpter et à prendre part à une vingtaine d’expositions au Québec, en Ontario et en France. Aujourd’hui, alors qu’elle songe de plus en plus à réduire la cadence, elle est en mesure de s’arrêter et d’évaluer le chemin parcouru avec un regard critique.

«Ce qui a été le plus difficile dans l’adaptation, c’est le manque de choix pour la nourriture. Je faisais plein de commandes spéciales à l’épicerie du village. Maintenant, on trouve de tout. Nous avons coupé les hivers longs et froids en passant un mois dans le sud de la France, d’où nous sommes originaires, à tous les ans.»

Sur le plan professionnel, c’est avec une grande satisfaction qu’elle regarde ce qui a été accompli. «La Fonderie d’Art d’Inverness a acquis une belle réputation basée sur la qualité et cette réputation s’est toujours maintenue. Nous n’avons jamais privilégié la production industrielle car nous tenons à prendre le temps d’être à l’écoute de l’artiste afin de lui donner entière satisfaction.»

Plus de 250 œuvres ont été coulées à la Fonderie d’Art. Plusieurs ont été expédiées, par bateau ou par avion, en Belgique, en France et en Afrique. «Avec Internet, les sculpteurs peuvent faire faire des soumissions partout dans le monde. Le prix du produit fini ici est moins cher que le seul prix de la matière première en France. C’est pour cette raison que les fonderies françaises ferment les unes après les autres. Au Québec, le bronze est extrait des mines Noranda; il est transformé aux États-Unis et nous revient en lingots.»

On retrouve encore de nos jours des outils, des armes, des instruments de musique et des armures qui remontent à 2000 ans avant notre ère, à l’âge du bronze. Il y a donc de fortes chances qu’Anne Renard ait contribué à créer des portions d’éternité à partir d’Inverness.

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