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«C’est notre histoire!»

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Article mis en ligne le 15 septembre 2007 à 0:11
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«C’est notre histoire!»
La troupe au grand complet. L’auteur, Andrei Parjo, porte un chandail rayé dans la rangée du devant et France Labonté, la metteure en scène, est la première à droite.
«C’est notre histoire!»
«Mon pays» a été joué par 13 comédiens d’origines colombienne et québécoise devant un auditoire composé de 150 Québécois et Colombiens.
Ils n’avaient jamais joué la comédie en espagnol, leur langue maternelle, mais ils l’ont fait en français, leur langue d’adoption, pour expliquer ce qui les a amenés à quitter leur pays et décrire leurs difficultés d’adaptation.

L’histoire est celle d’une famille composée d’un père, d’une mère et de trois enfants. La peur, qui fait partie de leur quotidien, s’amplifie quand le père reçoit des menaces pour qu’il cesse ses activités syndicales. Les policiers ne peuvent les protéger. Décidé à partir, le père se fait tuer en allant chercher ses objets personnels à son bureau. On voit le crime se perpétrer derrière un drap sur lequel le sang gicle.

Après les funérailles, la veuve et ses enfants font une demande d’asile politique à l’ambassade du Canada. C’est avec l’espoir de vivre une vie normale qu’ils partent en laissant une partie de leur cœur en Colombie. Lors de l’escale au Mexique, ils doivent remplir formulaires après formulaires puis c’est l’avion jusqu’à Montréal où ils reçoivent un lunch et un manteau d’hiver, car on est en décembre.

Arrivés à Victoriaville, ils s’installent dans un logement et inscrivent la petite dernière à l’école. Le décor change mais le drap taché de sang reste, triste souvenir de leur passé qu’ils traîneront à jamais.

Tout est nouveau: la neige, la TPS, la TVQ et la nourriture. La langue de bœuf, très prisée en Colombie, n’est pas un met recherché au Québec. La petite dernière se fait traiter de «petite Noire poche» et la grande sœur voudrait bien se trouver un mari. La mère qui était directrice d’une école, le fils professeur et la fille infirmière doivent refaire leurs études après avoir appris la langue s’ils veulent pratiquer leurs métiers.

En guise de conclusion, le fils de la famille, qui croit mourir suite à des engelures, proclame qu’il préfère mourir de froid plutôt qu’assassiné comme son père.

Daniel Botello, qui est aussi sculpteur, a conçu les décors avec des moyens très réduits. Une jeune Péruvienne a fait une prestation de samba et l’auditoire a été convié à une dégustation de mets colombiens pour terminer la soirée.
«C’est notre histoire»
Andrei Parjo a signé le texte. «C’est l’histoire de notre vie. Nous connaissons tous des proches qui se sont fait tuer. Mon professeur de français à l’école Monseigneur-Côté, Claudia Guillemette, a corrigé mon texte et nous a encouragés de même que France Labonté et l’intervenante d’emploi Québec. C’est grâce au support de ma femme et des mes trois fils que je me suis rendu jusqu’au bout. J’ai écrit un texte que j’ai ensuite transformé en pièce de théâtre. Je suis fier de moi et de ceux qui m’ont suivi dans cette aventure. Nous ne sommes pas des acteurs, juste des gens ordinaires.»

Professeur d’histoire, spécialisé dans la révolution française, il espère, après avoir obtenu son diplôme de cinquième secondaire, reprendre ses études à l’université pour pratiquer à nouveau sa profession. «Je suis prêt à enseigner l’espagnol pour en arriver à enseigner l’histoire plus tard. Si je suis venu ici avec ma famille c’est pour avoir une vraie vie dans le respect et la considération. Nos racines sont là-bas mais nous sommes ici pour rester.»

Il considère que, même si la plupart des Québécois sont accueillants, ils doivent affronter deux sortes de discrimination. «Il y a la discrimination directe, surtout pour les enfants qui subissent des moqueries, et l’intellectuelle. J’ai plein d’amis installés un peu partout au Québec qui sont de bons professionnels qui ne sont pas reconnus. Être reconnu demande beaucoup de démarches et la reprise d’études déjà faites.»
Victoriaville après le Cirque du Soleil
France Labonté a fait cette mise en scène bénévolement pour apporter un peu de baume sur la plaie du déracinement afin qu’elle cicatrice. «Ce sont des gens qui sont venus de loin avec la tristesse au cœur et leur sac à dos pour adopter mon pays et sa culture. Je suis fière d’avoir travaillé avec eux. Nous avons eu du plaisir ensemble et amorcé des discussions qui nous ont permis de nous comprendre et de nous connaître. Pour ce peuple tout est d’une égale importance, ce qui était déroutant pour moi et a apporté beaucoup d’instabilité dans nos répétitions. Nous avons improvisé afin d’atteindre un autre niveau et qu’ils gardent leur identité.»

Originaire de Drummondville, France Labonté a vécu à Montréal et aux États-Unis, dont 15 ans comme maître de piste pour le Cirque du Soleil, avant de revenir, par amour, dans sa région natale. Elle enseigne l’art dramatique trois heures par semaine depuis six ans à l’école Monseigneur-Côté, la seule école au Québec à offrir ce cours aux adultes.

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Francis Laroche

Commentaire mis en ligne le 17 septembre 2007
C'est une belle initiative, pour laquelle je félicite toutes les personnes impliquées.

Pas facile de demeurer à l'abri du racisme, puisque des éléments et des gens le suggèrent fortement; on n'a qu'à penser à ces histoires d'accomodements raisonnables. Ce sont de belles histoires comme celles-là qui réconcilient avec l'immigration, et qui rappellent que ce ne sont pas tous les individus qui sont pareils, et que le jugement est sûrement trop vite arrivé et trop facile.

Encore bravo !

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