L'urgentiste David Poirier dans une salle de traumatologie de l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska
La traumatologie... sous surveillance continue
Si le nombre de décès des blessés graves traités à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska a chuté de 51,8% à 8,6% entre 1992 et 2002, c’est beaucoup en raison de l’amélioration de la sécurité, de l’évolution des connaissances, des pratiques, des technologies, mais aussi, croit le chef de l'urgence, Dr David Poirier, en raison de l’instauration, au Québec, du programme de traumatologie.
Depuis 1992, tous les quatre ans, pour conserver son statut de centre de traumatologie de niveau secondaire, l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska devait se soumettre à une visite d’évaluation et, surtout, appliquer les conditions exigées par le comité provincial.
Désormais, ce programme fera l’objet d’une évaluation continue et tous les centres hospitaliers détenant le statut de centres de traumatologie devront procéder à une mise à jour de leurs pratiques, protocoles et procédures de façon tout aussi continue.
La coordonnatrice de l'urgence, Diane Labrie, explique que tous les centres de traumatologie verseront sur le Net leurs statistiques, protocoles et procédures, constituant une banque de données que tous les centres hospitaliers pourront consulter en tout temps et surtout, sur laquelle le ministère et la Société d'assurance-automobile du Québec garderont l'œil.
«Ce sera plus facile pour nous et pour le ministère, ajoute la coordonnatrice. Cette banque de données nous mettra en perpétuel échange. Au lieu d'attendre la visite aux quatre ans, on pourra, rapidement modifier nos protocoles selon les consignes données par le ministère. Par exemple, on pourrait nous demander de modifier le nombre de massages pour la réanimation cardiorespiratoire. Les recherches scientifiques progressent rapidement.»
Des changements depuis 2002
C’est le comité provincial qui, en 2003, par exemple, exigeait qu’un technicien en radiologie soit présent à l’hôpital 24 heures sur 24. Le récent aménagement d’une salle de radiologie à l’urgence a également contribué à améliorer et à accélérer le traitement des patients souffrant de diverses lésions, remarque le docteur Poirier.
C’est aussi le comité provincial qui avait recommandé la création d’un corridor de services entre l’Hôtel-Dieu et le Centre hospitalier régional de Trois-Rivières pour les cas de neurotraumatologie. «Là encore, le corridor étant établi, on accélère le transfert, puisqu’on peut traiter directement d’urgentologue à urgentologue.»
Un autre corridor de services devrait bientôt être établi pour transférer des patients devant être opérés à la colonne vertébrale vers le Centre hospitalier Enfant-Jésus de Québec, l’un des deux seuls au Québec à détenir le statut de centre de chirurgie tertiaire.
Bon an mal an, l’urgence accueille quelque 300 patients polytraumatisés (affligés de lésions multiples) à la suite d’un accident de la route, d’un accident de travail, d'une chute, d’une agression, etc.
Depuis 1992, le comité de traumatologie, composé du chef et de la coordonnatrice de l’urgence, du coordonnateur des soins intensifs (Denis Belhumeur), de médecins, de spécialistes, d’une infirmière et d’un ambulancier, a beaucoup travaillé aux protocoles entourant la prise en charge du patient dès le moment où les ambulanciers arrivent sur les lieux de l'accident. «Le patient est vite vu, vite opéré.»
L’heure qui suit l’arrivée du polytraumatisé à l’urgence, la golden hour comme on l’appelle dans le milieu, est déterminante pour le patient. «On vise à assurer les meilleures chances de survie avec le moins de séquelles possible», renchérit Diane Labrie.
Et c’est avec cette préoccupation qu’on est à élaborer un projet pour accélérer la réadaptation du patient polytraumatisé et cela, dès son séjour à l’unité des soins intensifs. «On pourrait penser à la création d’un poste d’infirmière de liaison qui, pour un accidenté de la route par exemple, établirait les contacts préliminaires en nutrition, en travail social, en physiothérapie, en ergothérapie», précise l'urgentiste.
Il poursuit en disant que plus un patient est immobilisé longtemps, plus il maigrit, plus il ankylose et met du temps à reprendre le fil de sa vie. «On dit que pour une personne de 70 ans et plus, chaque journée d’immobilité nécessite une semaine de réadaptation», précise le docteur Poirier.
L’infirmière de liaison pourrait même, selon le médecin, intervenir auprès du patient dès son arrivée à l’urgence.
En traumatologie, comme en chirurgie, on continue de vouloir réduire le séjour hospitalier. En 2005, il était, ici, de 14,8 jours en 2005, comparativement à 13 en moyenne dans les autres centres de traumatologie.
Mais le docteur Poirier se fait particulièrement insistant, déplorant le fait que malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, le nombre d’accidents de la route augmente de façon effarante. Au total, en 2005, l'urgence de l'Hôtel-Dieu accueillait 355 patients polytraumatisés, comparativement à 306 en 2004 et 302, l'année précédente.
Parmi les objectifs du programme de traumatologie de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, s’inscrit, en tête de liste, le mot «prévention».