Un cimetière qu'on ne pourra plus oublier

Le documentaire de Frédéric Metthé sort de son milieu


Publié le 31 janvier 2017

Frédéric Metthé à l'actuel cimetière de Notre-Dame-de-Ham où, par des panneaux d'interprétation, on rappelle la mémoire de ceux dont les restes reposent toujours dans ce qui était le premier cimetière paroissial. C'est dans ce cimetière actuel que repose depuis décembre l'ex-maire de Notre-Dame-de-Ham, Guy Hudon.

©Photo TC Media - Hélène Ruel

Cette œuvre cinématographique de Frédéric Metthé constitue en quelque sorte le legs de l'ex-maire Guy Hudon décédé le 6 décembre dernier. Avec Jules Langlois, M. Hudon tenait à ce que cette dramatique histoire du cimetière de Notre-Dame-de-Ham soit racontée… afin d'éviter qu'elle soit complètement oubliée, comme elle l'a été depuis 1952. Frédéric Metthé en a fait un documentaire qu'il a intitulé «Le cimetière oublié».

Cette triste histoire de cimetière abandonné à Notre-Dame-de-Ham, le réalisateur veut la faire connaître dans tout le Québec. «Parce qu'il y a peu de documentation sur cette histoire, parce qu'elle est impressionnante et parce qu'elle concerne le patrimoine religieux.»

Présenté en primeur à la communauté de Notre-Dame-de-Ham en octobre dernier, le documentaire sera projeté à la salle Les-Frères-Lemaire du Carré 150 de Victoriaville le lundi 20 février à 13 h 30 et à 19 h 30.

Le réalisateur sera présent et disponible par la suite pour un échange d'une vingtaine de minutes animé par Danielle LeBlanc.

En 35 minutes, le documentaire exhume l'histoire du premier cimetière paroissial de Notre-Dame-de-Ham qu'on avait dû déplacer là où il se trouve maintenant en bordure de la route 161. Et à cette époque, «déménager» le cimetière impliquait que les proches déterrent eux-mêmes leurs morts. Certains n'ont pas pu ou voulu le faire. De sorte que 150 sépultures anciennes… et même récentes ont été exhumées pour être transportées vers le nouveau cimetière alors que 350 dépouilles sont restées là où elles avaient été enterrées.

Le legs de Guy Hudon

Les années ont passé, les dernières pierres tombales ont fini par complètement disparaître à la suite du passage du bulldozer, ce qui a fait dire à Guy Hudon qu'on avait «bulldozé nos ancêtres» et qu'il fallait trouver un moyen de réhabiliter leur mémoire. Il n'y a plus trace du cimetière originel, une forêt d'épinettes en recouvre le site.

On verra M. Hudon et on l'entendra dans le documentaire de Frédéric Metthé. «Il a eu le temps de voir le film. Il était en fauteuil roulant, accompagné de toute sa famille», raconte M. Metthé, évoquant la projection à Notre-Dame-de-Ham.

Le documentaire donne la parole à d'autres gens qui ont vécu ou se sont fait raconter l'épreuve de l'exhumation des restes de leurs morts. La projection à Notre-Dame-de-Ham a donné lieu à toutes sortes de réactions, raconte le réalisateur. «Certains étaient bouleversés, pleuraient même. On m'a dit que le film avait cependant quelque chose de salutaire parce que, enfin, on mettait des mots sur ce qui avait été un drame pour certaines familles.» M. Metthé parle entre autres de Jules Langlois qui, enfant, habitait dans le voisinage immédiat du cimetière abandonné… ce qui l'effrayait. C'est toutefois son frère Claude qui, à l'écran, raconte la chronologie des événements.

Du «péché à l'absolution»

L'histoire est bouleversante et malgré le fait qu'elle soit racontée après six décennies, elle demeure d'actualité, soutient encore le documentariste.

Il s'en fermera des cimetières dans l'avenir, prédit-il. «On voit même des columbariums de plusieurs étages, déjà pleins. Que deviendront-ils à l'avenir? Aujourd'hui se dessinent plusieurs autres avenues pour l'inhumation des dépouilles et des cendres. Au moins, on ne demandera pas aux gens de déterrer eux-mêmes leurs morts! Ce serait impensable aujourd'hui.»

Parmi les témoignages qu'il a reçus à la suite de la présentation de son film, le réalisateur a particulièrement retenu celui de Monique Chénard.

«Comme un chef-d'oeuvre à authentifier, votre film, en tout respect et humilité du sujet, comporte une grande valeur morale. Il a non seulement piqué notre curiosité, notre intérêt personnel à la culture et nos racines, mais il a particulièrement touché le point émotif culminant de l'irrespect envers les ancêtres oubliés! Merci à Jules Langlois d'avoir dénoncé le péché. Merci à Guy Hudon d'avoir introduit le pardon. Merci à vous Frédéric d'en détenir l'absolution... Merci à tous ceux, qui par leurs anecdotes et souvenirs, permettent qu'une sérénité respectueuse s'empare honorablement de l'ancien cimetière des ancêtres oubliés de notre village.»

 

On peut en savoir davantage sur «Le cimetière oublié» en se rendant

http://www.lanouvelle.net/actualites/societe/2016/9/26/frederic-metthe-exhume-l-histoire-avec--le-cimetiere-oublie-.html.