144 ans plus tard, les frères du Sacré-Cœur quittent leur «berceau»

Arthabaska a été le premier pied-à-terre canadien de la congrégation

Hélène Ruel helene.ruel@tc.tc
Publié le 21 avril 2016

COMMUNAUTÉ. Ce départ des frères du Sacré-Cœur, il se prépare depuis au moins cinq ans, depuis que la communauté vendait sa maison provinciale d'Arthabaska à Peter Cafaro des Équités Temcap. Dès lors, ils acceptaient le statut de locataires de cet édifice qu'ils ont construit et agrandi depuis 1872.

Le supérieur provincial Yves Granger qui, le 1er juillet, cédera ses fonctions au frère Gaston Lavoie, premier conseiller, acceptent d'échanger avec La Nouvelle Union en compagnie du deuxième conseiller, le frère Yvan Turgeon.

Les frères Granger et Turgeon sont, à ce jour, les deux seuls frères «victoriavillois» à ne pas savoir encore où ils se retrouveront, leurs 27 confrères, eux, connaissant leur destination.

Il faut savoir que le 905, boulevard des Bois-Francs Sud abrite deux communautés de vie distinctes, Sacré-Cœur et Bois-Francs. Il y en avait une troisième qui logeait sur le boulevard des Bois-Francs, dans la maison voisine. La communauté a vendu cette résidence à Michaël Vincent, directeur du Complexe Sacré-Cœur.

Il ne restera plus à Victoriaville, même dans tout le diocèse de Nicolet, que quatre frères du Sacré-Cœur qui logeront au Centre Emmaüs, rue Saint-Louis. Cinq frères du Sacré-Cœur continueront d'animer le camp Beauséjour au lac Sunday dans le diocèse de Sherbrooke.

Un deuil progressif

C'est peut-être parce que ce déménagement se prépare depuis longtemps et qu'ils ont fait vœu d'obéissance que les religieux parlent de leur départ d'Arthabaska avec sérénité.

Il est vrai, reconnaît le frère Turgeon avec un certain sourire, que «nous vivons un deuil progressif». Des deuils du genre, la communauté en vit depuis plus de dix ans ayant quitté des maisons à Rosemère, à Granby, même à Québec. Dans les années 1970, ils étaient 1600 frères du Sacré-Cœur dans sept «provinces» différentes. Les provinces ont fusionné en 2002 pour devenir la «province du Canada» que composent 194 frères dont la moyenne d'âge se situe autour de 77,3 ans très exactement.

Le 14 juin, les frères auront tout déménagé, des reliques de saint Laurent et de sainte Agnès toujours enfermées dans la pierre d'autel de la chapelle jusqu'à leurs archives.

Au total, ils estiment à 6000 le nombre d'artefacts qu'ils apporteront avec eux, ce qui comprend aussi le mobilier, les livres de la bibliothèque, tout ce qui compose leur musée, des statues, et des tableaux. Jusqu'aux bancs de la chapelle qui fera l'objet d'une cérémonie de désacralisation le 8 mai.

Les 6 et 7 juin, les derniers frères auront quitté l'ancien juvénat eux qui, par leurs bureaux administratifs, leurs chambres et quelques salles occupent encore, la presque totalité des troisième et quatrième étages de l'édifice.

Arthabaska, un berceau canadien

Le frère Granger a commencé à rédiger l'allocution qu'il prononcera devant le public lors de la célébration eucharistique spéciale qu'organise la paroisse Saint-Christophe-d'Arthabaska le vendredi 29 avril.

C'est bien davantage un sentiment de fierté que dit éprouver le supérieur provincial. Certes, dit-il, flottera dans le cœur et dans les esprits un sentiment de nostalgie à l'idée de quitter ce qui a été pour plusieurs un lieu de formation. «On s'attache à son alma mater.»

Il faut relire de grands pans des 144 ans de présence des frères du Sacré-Cœur à Victoriaville pour prendre la mesure de la fierté du supérieur provincial.

«Arthabaska a été le berceau de notre communauté au Canada. C'est ici, que d'Europe, les frères ont choisi d'installer leur premier pied-à-terre», rappelle-t-il.

Et c'est d'ici, poursuit-il, que les frères ont rayonné, non seulement au Canada, mais ailleurs dans le monde. «Dire que c'est d'Arthabaskaville qu'on ouvrait une première mission à Madagascar en 1928!»

Frère Granger dit encore qu'il y aurait beaucoup de livres à écrire au sujet de la maison des frères d'Arthabaska, un lieu «fécond» qui a vu passer de grands hommes, des musiciens émérites comme Léopold Lemieux, Herménégilde Tellier (frère Justin), des supérieurs provinciaux comme Maurice Ratté et Jean-Charles Daigneault.

Des pages et des pages d'histoire

L'histoire n'oubliera pas que les frères du Sacré-Cœur sont à l'origine de ce qui est aujourd'hui le cégep de Victoriaville.

Le Collège Sacré-Coeur avait été construit dans les années 1940 afin de loger ce collège commercial qui se trouvait dans ce qu'on a connu comme l'Ermitage (une partie de l'Office municipal d'habitation aujourd'hui). Ce collège construit par les frères en 1905 avait été réquisitionné par le gouvernement du Québec pour en faire une école d'aviation. Ce deuxième bâtiment avait été construit parce que le 905, boulevard des Bois-Francs Sud était devenu trop petit pour y loger à la fois les juvénistes et les élèves du cours commercial. À même leur maison provinciale d'Arthabaska, les frères ont également abrité le Collège d'Arthabaska (de 1975 à 1999) et géré l'école publique l'Académie Saint-Louis-de-Gonzague (disparue aujourd'hui).

Ayant mis leur grande maison en vente, les frères ont cédé leur immense terrain (dont le verger) à la Ville de Victoriaville en 2009.

Il leur reste à régler les dernières modalités pour céder à la Compagnie des cimetières catholiques des Bois-Francs la gestion et l'entretien de leur cimetière si particulier où, lors d'une cérémonie privée, les frères se réuniront pour déposer des fleurs devant certaines des 330 sépultures, des religieux ayant marqué l'histoire, note le supérieur provincial.

Au revoir!

Vingt-neuf frères auront quitté Victoriaville le 7 juin

Iront à Sherbrooke les frères Jacques Aubry, Armand Boisvert, Clément Brodeur, Fernand Desmarais, Gérard Desmarais, Guy Dussault, Jean-Claude Éthier, Marcel Gagnon, Henri Gélinas, Pierre Giroux, Raynald Hince, Jean-Paul Labrecque, Gaston Lavoie, Bruno Légaré, René Martel, André Richer, André Tétreault et Gaston Turgeon.

Le frère Conrad Pelletier partira pour Granby.

Du Centre Emmaüs partiront Daniel Charland et Paul Myles, deux des quatre frères résidant rue Saint-Louis. Ils seront remplacés par les frères Alain Labrie et Léon Lussier.

Partiront à Québec les frères Donat Bédard, Patrice Demers, Jean-Louis Dion, Laurent Lefebvre, Yvon Rousseau et Léon-Maurice Tremblay.

Les frères Yves Granger, actuel supérieur et Yvan Turgeon, ex-supérieur provincial ne connaissent pas encore leur destination ni leurs futures fonctions.

Des activités publiques… et privées

29 avril (publique)

 

Célébration eucharistique spéciale à 18 heures à l'église St-Christophe d'Arthabaska, rue Laurier. Mgr André Gazaille, évêque du diocèse de Nicolet présidera cette messe. Ce sera l'occasion de saluer et de remercier les frères du Sacré-Cœur pour leur œuvre d'éducation.

1er mai (pour les fidèles)

 

Une dernière messe d'Action de grâces sera célébrée à la chapelle des frères au 905, boulevard des Bois-Francs. Une centaine de fidèles s'y recueillaient toutes les semaines.

8 mai (privée)

Les frères se réuniront pour une dernière messe à la chapelle qui sera, par la suite désacralisée par Mgr Gazaille. Elle sera fermée au public le lendemain.

18 et 19 mai (privée)

Une succession d'opérations de déménagement s'amorce avec l'ameublement de l'administration provinciale, puis les archives et le musée.

6 et 7 juin

L'ensemble des frères auront quitté l'ancienne maison provinciale. Les archives les suivront le 14 juin.