Consentement et agression sexuelle : la mission de Linda Vaillancourt

Claude Thibodeau claude.thibodeau@tc.tc
Publié le 19 octobre 2016

Linda Vaillancourt, jeune femme engagée qui souhaite, avec ses collègues, sensibiliser et changer des choses.

©TC Media - Claude Thibodeau

Linda Vaillancourt, une jeune femme de Victoriaville, sait de quoi elle parle en matière d'abus sexuel. Ayant été victime d'abus dans son enfance, cette «survivante» comme elle se définit plutôt, a entrepris une croisade avec d'autres jeunes femmes pour changer des choses et des mentalités au sujet des agressions sexuelles, du système judiciaire et pour démystifier la notion de consentement.

Comme point de départ de la «mission» de Linda Vaillancourt, les procédures judiciaires contre son agresseur, processus qui s'est éternisé sur quatre longues années de 2012 à 2016. «J'ai trouvé ça long et pénible. Quatre ans et, en plus, il a plaidé coupable. Il y a eu trois procureurs au dossier et la perte d'informations. On se sent un peu comme une pile de dossiers de la façon que ça a été mené», note-t-elle, tout en déplorant avoir appris dans les médias la peine imposée à son agresseur, condamné à  un emprisonnement de 18 mois dans la collectivité.

«Les lois ne sont pas assez sévères pour les agresseurs. Une tape sur les doigts pour l'abus d'un enfant, ça ne marche pas», souligne la jeune femme victime de trois abus entre l'âge de 5 et 12 ans. «Une seule fois est une fois de trop, on ne touche pas à un enfant», poursuit-elle, disant souhaiter secouer les représentants du système judiciaire et du gouvernement pour que les choses changent.

Pour dénoncer le fonctionnement de la justice, Linda Vaillancourt, originaire de Québec, a mis en ligne une vidéo le 11 septembre 2016. Un mois plus tard, elle a accordé une  première entrevue au Journal de Québec. Le soir même, 11 octobre, Denis Lévesque l'a reçue sur son plateau de télé à TVA.

Dès le lendemain, 12 octobre, Linda a créé, avec sa collègue Pascale Godbout, la page «Justice pour les victimes d'abus à caractère sexuel».

«Il n'y a pas meilleure personne pour comprendre une victime qu'une personne qui l'a été. Nous recevons sur notre page beaucoup de messages. Certains nous écrivent des histoires épouvantables. Il est important d'en parler. Crie-le haut et fort et va chercher de l'aide», lance-t-elle.

Les deux femmes ont ensuite rejoint le groupe de «Québec contre les violences sexuelles» formé de Mélanie Lemay, Ariane Litalien et Kimberley Marin.

Les 13 et 14 octobre, la jeune femme a multiplié les entrevues radiophoniques à Québec, en Beauce et à Sherbrooke avant de se retrouver avec ses coéquipières à Tout le monde en parle à ICI Radio-Canada télé, dimanche dernier.

Si Mélanie Lemay, Ariane Litalien et Kimberley Marin s'occupent davantage des jeunes femmes victimes d'abus sur les campus universitaires, Linda et Pascale, pour leur part, gèrent plutôt la page Justice pour les victimes d'abus à caractère sexuel. «Ce que je voulais en faisant ma sortie à Denis Lévesque, c'était de dénoncer surtout les longues et pénibles procédures judiciaires pour les victimes. Il faut rendre plus humain le processus judiciaire. J'ai vécu un enfer, je cherche à me reconstruire. Je ne suis pas un numéro», plaide-t-elle.

La jeune femme, qui mettra au monde bientôt son premier enfant, une petite fille, n'a pas hésité à participer, le 15 octobre, à la Marche blanche de Sherbrooke pour réclamer un registre public des délinquants sexuels.

«Un tel registre vise la protection de nos enfants, explique-t-elle. Il n'est pas question d'aller cogner aux portes des agresseurs. Mais je veux savoir où va ma fille. Je veux savoir qui l'entoure.»

Le registre fait aussi partie de la peine des agresseurs, fait remarquer Linda Vaillancourt. «Comme adulte, si tu poses ces actes, c'est que tu es prêt à recevoir les conséquences qui vont avec. Mais ces conséquences sont beaucoup plus sévères pour nous que pour les agresseurs. Si ce registre existe, c'est pour que ça se sache», souligne Linda.

Dans les écoles

Linda Vaillancourt se donne aussi pour mission de conscientiser les enfants en bas âge par des conférences dans les écoles primaires et secondaires.

«Oui, cela se fait déjà, mais peut-être pas assez souvent pour rappeler dans la tête des enfants les notions de consentement, rappeler ce qu'est une agression sexuelle et ses différentes formes, comment reconnaître les personnes qui peuvent profiter de toi et la façon de se protéger. Plus on prend l'enfant jeune, plus il sera conscientisé. Les enfants doivent comprendre tôt que certaines choses ne se font pas», observe-t-elle.

La Victoriavilloise, qui s'exprime avec aisance, mise sur son expérience, son vécu pour sensibiliser, mais elle aimerait bien se faire accompagner de spécialistes, comme un psychologue lors des rencontres.

Elle a d'ailleurs sollicité le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) pour obtenir si possible le soutien d'une intervenante.

«J'ai approché aussi la commission scolaire. J'attends des nouvelles, mais on semble ouvert à l'idée», dit-elle.

L'importance d'agir

Linda Vaillancourt agit pour sensibiliser, pour faire une différence, pour tenter de changer des mentalités. «Me faire dire en 2016 que l'habillement d'une femme peut mener au viol n'a pas sa place. Quand c'est rendu qu'on met la faute sur la femme s'il y a agression, il y un problème. La femme peut s'habiller comme elle veut, garde les mains sur toi», lance-t-elle avec conviction.

Importance d'agir, oui, parce que les agressions ruinent des vies. Linda en sait quelque chose, elle qui a vécu la consommation, la mauvaise estime de soi, le besoin d'attention.

«Les survivantes vivent un long processus. On prend toute une vie à guérir. Cela restera toujours dans notre tête», conclut-elle.