«On a une terre, faut s'en servir!»

L'Idéel s'ouvre à la culture de nouvelles entreprises


Publié le 20 avril 2017

La relève, Rachel Dionne et Olivier Noël qui, par leurs entreprises, élargissent et bonifient l'offre alimentaire de la ferme L'Idéel.

©Photo TC Media - Hélène Ruel

S'inspirant du concept du coworking, la ferme L'Idéel a emprunté une formule peu usitée, la plateforme collaborative, pour devenir un incubateur de nouvelles entreprises agricoles. Au lieu de partager des espaces de bureau, c'est leur terre de 35 hectares que Solange Thibodeau et Julien Dionne partagent avec la relève.

La ferme de Sainte-Hélène-de-Chester produisait déjà du porc, du lapin, de la volaille, des œufs, du miel dans ses installations du rang Allaire.

Avec Mélanie Bibeau et Marc Poirier, les Thibodeau-Dionne ont commencé à élargir et à diversifier leur production en créant la ferme Rubi Fruits, cultivant des petits fruits bios en grands tunnels.

C'était le début de la plateforme collaborative, projet auquel le couple songeait déjà depuis 2012.

Voilà que deux autres entreprises viennent de naître à même la terre (qu'elles louent), les équipements, l'expérience de L'Idéel.

Il y a Les Jardins d'idées de la jeune Rachel Dionne, une des filles du couple qui, ayant adhéré au réseau Équiterre, offrira à partir de la mi-juin ses paniers, garnis au fil de la saison, de la cinquantaine de variétés de légumes de champs et sous abri.

Olivier Noël crée aussi son entreprise «sous abri» de L'Idéel en cultivant dans ses serres OliBio tomates, poivrons et concombres. Par sa production, Olivier pourra aussi contribuer aux paniers de Rachel.

«On ne voulait plus faire de l'agriculture seuls. On a une ferme, faut s'en servir!», a dit Solange Thibodeau.

La création de ces entreprises a nécessité des investissements d'un peu plus de 200 000 $, pour la construction de nouvelles serres ainsi que l'aménagement d'un immense congélateur.

Les quatre entreprises sont autonomes, mais se partagent des équipements, de la machinerie, la facture des intrants, etc. Du temps aussi pour des travaux et pour se relayer à la nouvelle boutique qui sera ouverte sept jours par semaine. «Chacun est seul dans projet, mais ensemble à la ferme.»

De gauche à droite, Solange Thibodeau et Julien Dionne, leurs filles Jeanne et Rachel et Olivier Noël… qui fait presque partie de la famille, lui qui créera son entreprise à l'abri de L'Idéel.
Photo TC Media - Hélène Ruel

«Le contexte politique et économique est un frein pour l'établissement des jeunes en agriculture», affirme Julien Dionne, évoquant le prix des terres, le surendettement auquel la relève doit se confronter.

Et puis, ajoute-t-il, «le modèle de 1850 ne peut plus s'appliquer alors qu'on restait sur la ferme pendant 40 ans sans jamais prendre de congé».

En adoptant ce concept, la ferme Idéel soulage à la fois le quotidien des fermiers tout en assurant la pérennité de l'entreprise.

«Je ne voulais pas partir tout seul dans mon coin», dit Olivier Noël. Originaire de la Côte-Nord, il a étudié en agriculture biologique au cégep de Victoriaville, a travaillé pour diverses entreprises de culture en serre et jusqu'en Ontario, s'est engagé au Marché de solidarité de Victoriaville.

À 23 ans, diplômée en gestion d'entreprise agricole au collège McDonald de l'Université Mc Gill, Rachel Dionne a dit être heureuse de s'établir et de pouvoir travailler avec sa petite sœur, Jeanne.

Rachel souligne que l'autosuffisance alimentaire a toujours été une préoccupation pour sa famille, que c'est d'ailleurs cela qui lui a donné l'impulsion de créer son entreprise. À 80%, l'assiette de la famille Dionne se compose de ce qu'on élève et cultive dans ses champs. Les huit fermiers de famille espèrent d'ailleurs qu'un jour, par la boutique qu'ils s'apprêtent à ouvrir dans le rang Allaire et par leurs divers points de distribution ils permettront à leur clientèle d'y faire presque toute leur épicerie.

La ferme L'Idéel porte bien son nom, elle qui fourmille d'autres idées de production, les champignons s'annonçant déjà comme la quatrième entreprise «incubée». Solange Thibodeau a laissé entendre que d'autres jeunes pourraient s'établir dans des productions comme les huiles, les pommes, les bleuets, d'autres animaux.

Rachel a exprimé sa reconnaissance à l'endroit de la Financière agricole de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec de lui avoir fait confiance en lui attribuant une prime d'établissement de 50 000 $.

Directeur régional de la Financière, Michel Beaulac et la conseillère Danielle Proulx soutiennent que la formule empruntée par L'Idéel pourrait faire naître un mouvement. Parce qu'elle s'inscrit dans l'air du temps, qu'elle permet de faciliter l'établissement de la relève, qu'il y a un engouement pour la production locale. «C'est une façon de diversifier l'agriculture et d'occuper le territoire», affirme M. Beaulac, ajoutant que la Financière encouragera l'adoption d'un tel concept.

Présent lors de l'entrevue, le conseiller municipal de Sainte-Hélène-de-Chester, Pierre Vaillancourt est, depuis longtemps, «vendu» à l'agriculture locale, à L'Idéel qu'il fréquente depuis au moins quatre ans. «On peut acheter à peu près tous ses légumes bios dans les épiceries», a-t-il dit, mais d'entretenir un contact direct avec le fermier prend une tout autre dimension. M. Vaillancourt prend d'ailleurs part aux travaux dans les moments forts de la production.

«La décision qu'on a prise va au-delà des aspects financiers. On souhaite que la relève s'approprie la terre, que même les acheteurs puissent s'impliquer», souligne Solange Thibodeau.

La ferme L'Idéel veut aussi développer tout le volet agrotouristique, s'ouvrant aux visiteurs qui, seuls ou en groupe, veulent en savoir davantage sur les diverses productions.