«On n'est pas ici pour faire du trouble!»

Les producteurs agricoles veulent la protection «intégrale» de la gestion de l'offre

Hélène Ruel helene.ruel@tc.tc
Publié le 29 septembre 2015

AGRICULTURE. Les producteurs agricoles, surtout laitiers, avaient de bonnes raisons de se réunir dans le stationnement de la Place 4213 de Victoriaville avant la tenue de l'activité électorale Droit de parole de la Chambre de commerce et d'industrie des Bois-Francs et de L'Érable. «Si on se réunit ici, c'est que le candidat conservateur Alain Rayes a de bonnes chances d'être élu dans Richmond-Arthabaska», a affirmé Jean-Luc Leclair, président de la Fédération régionale de l'UPA du Centre-du-Québec.

Il a poursuivi en disant qu'il faisait confiance à M. Rayes, lequel a promis de «défendre bec et ongles» le système de gestion de l'offre. Mais le parti qu'il représente, le Parti conservateur, est le seul qui n'inclut pas le mot «intégralement» dans ses engagements, a précisé M. Leclair.

«Quatre partis sont allés jusque-là, mais pas le Parti conservateur. Et c'est ce gouvernement qui négocie actuellement», a indiqué le président de la Fédération, craignant l'issue prochaine des négociations du Partenariat transpacifique à Atlanta.

Même l'«envolée oratoire» du conservateur Maxime Bernier n'a pas convaincu Jean-Luc Leclair. «Il dit que le gouvernement ne signera pas une entente qui n'est pas favorable aux Canadiens! Ce n'est pas ce qu'on veut entendre. C'est aux producteurs que l'entente doit être favorable!»

Les producteurs appréhendent une nouvelle brèche dans le système de gestion de l'offre, la première étant celle de l'ouverture du Canada à l'importation de 17 700 tonnes supplémentaires de fromages européens.

«On sait que les pressions sont énormes sur le Canada pour qu'il accepte des accès supplémentaires», a indiqué le président de la Fédération de l'UPA, ayant eu vent de la possibilité que le gouvernement accepte une ouverture de 5 à 10% de son marché, les États-Unis n'en ayant mis que 2% à l'enjeu, soutient-il.

Le système de gestion de l'offre - qui ne coûte rien au gouvernement, signale M. Leclair - repose sur trois piliers : le contrôle de la production, le contrôle des frontières et la fixation des prix. Selon le porte-parole syndical, le «gouvernement gosse toujours le pilier du contrôle des frontières de sorte que c'est tout le système qui va finir par s'écrouler». Plusieurs producteurs présents à la manifestation ont parlé de l'importation de substances laitières américaines, disant que leurs normes de fabrication ne correspondaient pas aux exigences canadiennes, la somatotropine, par exemple.

«Forts et unis»

Ainsi, pendant près de deux heures, pancartes à la main, une centaine de producteurs surtout laitiers ont manifesté calmement, attendant l'arrivée de quatre des six candidats invités au Droit de parole.

«On n'est pas ici pour faire du trouble!», a dit Denis Morin, président des producteurs de lait du Centre-du-Québec.

Pas question de dire des bêtises ou de lancer des tomates aux candidats ou aux gens d'affaires, a-t-il prévenu, disant plutôt qu'il fallait obtenir de tous le support nécessaire pour protéger le système de gestion de l'offre, bénéfique tant pour les producteurs que pour les consommateurs.

Le producteur laitier a dit que le système faisait l'objet de beaucoup de critiques, étant d'ailleurs un «caillou dans le soulier de l'idéologie du néo-libéralisme que véhiculent les grands médias». «Si le prix des produits laitiers est plus élevé, ce n'est pas à cause de la gestion de l'offre. Pour un fromage qui se vend 40 $, il n'y a que 7 $ qui revient au producteur de lait», a-t-il expliqué.

Denis Morin a ajouté que dans les pays où on avait mis fin à la gestion de la production, comme en Australie, le secteur laitier avait régressé de 15%, les prix à la ferme avaient chuté de 23% tandis que le prix des produits sur les tablettes avait grimpé de 36%.

D'autres producteurs ont pris le porte-voix, comme la jeune productrice Valérie Fortier qui a dit qu'elle avait pu acheter la ferme de son père grâce au système de gestion de l'offre. Le producteur d'œufs plessisvillois Emmanuel Destrijker a résumé les revendications en disant que les producteurs sous gestion de l'offre ne demandaient pas un sou au gouvernement. «On ne demande que de protéger le système. On est tous des gens d'affaires. On fait tourner des régions. On veut être capables de transmettre nos fermes», a-t-il dit.

Et c'est à des jeunes producteurs que les gens de l'UPA ont demandé de distribuer aux gens d'affaires qui se présentaient à la porte de la Place 4213 des feuillets d'information sur leurs demandes et préoccupations.