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Daniel Rommelaere, l'ardoisier voltigeur


Publié le 13 juillet 2017

Daniel Rommelaere devant le Grand Union en restauration. L'ardoise de la tourelle et des brisis constitueront une formidable carte de visite pour lui.

©Photo TC Media - Hélène Ruel

En voyant travailler Daniel Rommelaere tout en haut du Grand Union, les passants lui expriment deux types de réactions. Soit ils s'étonnent de ses talents de voltigeur évoluant parfois sans attache. Soit ils examinent avec attention comment il pratique son métier traditionnel, celui d'ardoisier.

Parce que les toitures d'ardoise comme celle à laquelle il travaille depuis quelques semaines, elles ne courent pas les rues à Victoriaville, comme c'est le cas en Europe. Là où le métier s'enseigne.

Belge d'origine, installé au Québec depuis 2000, d'abord à Inverness, puis à Victoriaville, Daniel Rommelaere a appris son métier à Liège.

Maçon d'abord, ayant poursuivi ses études en toitures, c'est un «extraordinaire professeur», un artisan ayant travaillé à des monuments de Versailles qui lui a, pour ainsi dire, donné la piqûre du métier d'ardoisier. Il s'y est formé par un cours de deux ans et des stages de compagnonnage où il a pu parfaire son «art» jusque sur la cathédrale moyenâgeuse Saint-Lambert de Liège.

Déjà, à l'époque, l'artisan adorait les hauteurs. «Comme si on s'élevait au-dessus des contingences.»

Du haut du Grand Union – bien moins élevé qu'une église, souligne-t-il – il aime éprouver ce sentiment de domination – sans connotation péjorative, signale-t-il - admirer le panorama à ses pieds, observer la circulation, les gens tout petits. «Et ici, la majorité des toits sont plats», remarque-t-il.

L'artisan couvreur aime les hauteurs. L'an prochain, il devrait travailler plus haut encore… à l'église de Chesterville.
Photo TC Media - Benoît Plamondon

En Europe, dit-il, les artisans ne s'attachent pas. «Ils sont libres et responsables». Il ne cache pas que les gens de la Commission de la santé et de la sécurité au travail sont passés… l'invitant à se harnacher, ce qui l'embarrasse, mais ce qu'il comprend aussi. Autre pays, autre culture, autre habitude.

Daniel Rommelaere a dû se harnacher, ce qui l'embarrasse. Rencontré le 10 juillet, il estimait qu'il lui faudrait encore deux semaines pour finir son travail… à moins que la pluie continue de le freiner.
Photo TC Media - Hélène Ruel

Le contrat qu'il a obtenu pour le Grand Union ne constitue pas son premier à Victoriaville, lui qui est davantage appelé à travailler sur des édifices anciens et même modernes à l'extérieur de la région, Sherbrooke, Montréal, Westmount, Québec.

Mais, parce que l'édifice est emblématique à Victoriaville, son travail deviendra une formidable carte de visite, se réjouit-il. «Et c'est un plaisir de faire ça chez soi», soutient-il, puisqu'il réside à quelques pas de l'édifice centenaire.

Il souligne que de vouloir conserver l'édifice est tout à l'honneur des nouveaux propriétaires Guy Aubert et Max Sévégny. Il aurait été moins laborieux et onéreux pour eux de tout raser et de reproduire l'édifice disparu, commente l'artisan.

Le couvreur de 61 ans y met grand soin et confie qu'il ne s'agira pas de son contrat le plus lucratif. Pour plusieurs raisons.

Parce qu'il lui a d'abord fallu retirer les anciennes tuiles d'ardoise et réparer. «Les anciennes tuiles étaient plus minces, plus friables et elles avaient été peintes.»

Et puis, si de s'affairer jusqu'à la tourelle l'«élève au-dessus des contingences» comme il le dit, les pluies fréquentes l'ont maintes fois contraint à s'arrêter.

L'ardoisier a créé des motifs tant sur la tourelle que sur les brisis de l'ancien hôtel.
Photo TC Media - Hélène Ruel

Enfin, il s'est permis de créer des motifs dans la pose de ses tuiles d'ardoise de huit millimètres, tant sur la tourelle que sur les brisis. «Les garnitures viennent tromper l'apparence du bardeau d'asphalte. Parce qu'on ne pourrait créer ces garnitures avec les bardeaux d'asphalte.»

L'artisan manie le traditionnel marteau du couvreur, celui qui permet de tailler l'ardoise, d'y piquer un trou pour faire passer le clou et bien sûr de l'enfoncer. Et comme le marteau commun, il sert à arracher des clous.

Inscrit au répertoire du Conseil des métiers d'art du Québec, M. Rommelaere s'affiche comme le «couvreur dévoué». «En Belgique, on disait souvent qu'il y avait toujours un plombier dévoué. Ça nous faisait rire.» Il a importé l'expression, l'adaptant à sa pratique.

Son seul métier d'ardoisier ne pourrait faire vivre le couvreur. L'ardoise naturelle est chère. «Mais elle est durable», souligne-t-il. Il s'agira de jeter un coup d'œil tous les deux ou trois ans afin de vérifier que chacune des dalles de pierre n'a pas subi de dommages; le cas échéant, on peut alors la remplacer.

Québécois d'adoption, Daniel Rommelaere ne retournerait pas vivre en Belgique. «J'ai pris racine ici et mes deux enfants vivent ici au Québec.» Il ponctue sa réponse en illustrant que les quelque 10 millions d'habitants de la Belgique habitent un pays qui pourrait tenir entre Québec et Montréal. Daniel Rommelaere aime les hauteurs… et les grands espaces.