Sections

«Gazières, pétrolières, vous ne passerez pas!»


Publié le 18 mai 2017

Les gens du Comité des gaz de schiste se sont manifestés publiquement d'une tout autre manière mercredi soir.

©Photo TC Media - Hélène Ruel

«Gazières, pétrolières, vous ne passerez pas!», ont scandé, mercredi soir, une trentaine de personnes rassemblées devant l'Hôtel de ville de Victoriaville par le Comité gaz de schiste de Victoriaville.

Elles se sont manifestées publiquement à cet endroit juste avant d'entrer à l'Hôtel de ville où se tenait la séance du conseil des maires de la MRC d'Arthabaska.

Ce n'est pas la première fois que les membres du Comité se rendent au conseil des maires, eux qui souhaitent ardemment que la MRC joigne sa voix aux quelque 260 municipalités québécoises ayant adopté un règlement-type sur «le rayon de protection entre les sources d'eau potable et les opérations visant l'exploration et l'exploitation d'hydrocarbures dans le territoire de la municipalité». Ce règlement constituerait une dérogation au règlement du gouvernement qu'on considère insuffisant. On sait qu'il devrait toutefois obtenir l'approbation du ministre.

Les membres du Comité estiment que la MRC d'Arthabaska ne devrait pas faire «cavalier seul» en cette matière et qu'elle devrait emboîter le pas au mouvement provincial. Ce mouvement, croient-ils, gagnerait en force devant le gouvernement du Québec dont ils reconnaissent qu'il a, en ce domaine, tous les pouvoirs.

Ils ont répété qu'ils félicitaient la MRC d'avoir adopté une résolution – deux fois plutôt qu'une d'ailleurs – réclamant un moratoire sur l'exploration et l'extraction. La résolution de la MRC réclame l'augmentation des normes de protection des sources d'eau ainsi que des pouvoirs accrus lui permettant de soustraire des secteurs de son territoire aux activités gazières.

L'inquiétude croît

Pendant une bonne trentaine de minutes – la période de questions ayant été déplacée au début de la réunion plutôt qu'à la fin – plusieurs membres du Comité ont posé leurs questions, laissant entendre que leurs inquiétudes avaient monté d'un cran.

C'est que, comme l'affirme le porte-parole Alain Guillon, également coordonnateur régional du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec, malgré les déclarations du premier ministre Couillard, des gazières comme Questerre annoncent des projets-pilotes de fracturation hydraulique sur les territoires des MRC de Bécancour et de Lotbinière.

Sur leurs pancartes, les membres du Comité ont identifié Sainte-Clotilde-de-Horton, Saint-Valère, Saint-Rosaire, Saint-Samuel, Saint-Louis-de-Blandford, Maddington et Daveluyville comme étant des «municipalités en danger», des secteurs «claimés» où les pétrolières et gazières pourraient effectuer de la prospection.

S'adressant aux maires de ces municipalités, les gens du Comité ont demandé si les élus avaient été approchés par des compagnies. «Non», ont répondu les maires visés.

Est-ce que les municipalités prévoient communiquer avec les citoyens, de quelque façon (lettre, rencontre publique, etc.) pour traiter de protection des eaux et de distances séparatrices? «Non», a répondu le préfet, Lionel Fréchette.

Le préfet ainsi que le directeur général Frédérick Michaud ont expliqué que la MRC maintenait sa position et que, récemment, elle avait aussi donné son appui à la résolution adoptée par la MRC de Lotbinière. Cette dernière réclame aussi des protections accrues des sources d'eau, la reconduction du moratoire sur l'exploitation, des pouvoirs aux municipalités et qu'elles puissent assurer l'acceptabilité sociale des projets gaziers.

Là-dessus, M. Michaud n'a pas manqué de dire qu'il était plutôt «incohérent» d'entendre le discours gouvernemental sur l'autonomie des municipalités alors que le Règlement provincial sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) a préséance sur tout règlement municipal.

En juin, a rappelé le préfet, le gouvernement devrait faire connaître ses nouvelles orientations. La proposition du maire de Warwick, Diego Scalzo, de créer par la suite un comité formé d'élus et de spécialistes pour convenir de la position de la MRC a été retenue par le conseil des maires, a annoncé M. Fréchette.

Bon préfet… et vœu pieux

«Vous êtes un bon préfet!», a dit le maire Scalzo à l'endroit de M. Fréchette, également de Sainte-Hélène-de-Chester.

Car, si, comme préfet, il défend la résolution du conseil des maires, dans sa propre municipalité, Sainte-Hélène, le conseil a adopté le règlement-type proposé par le Comité de pilotage de la démarche commune des municipalités en faveur d'une dérogation au règlement du gouvernement… Exactement ce que réclament les membres du Comité.

Les municipalités de Saint-Rémi, de Saints-Martyrs et bientôt Warwick ont aussi opté pour l'adoption de règlement dérogatoire au RPEP.

Les gens du Comité gaz de schiste avaient d'ailleurs demandé pourquoi ces municipalités avaient adopté le règlement, alors que leur MRC avait pris une tout autre position.

Les réponses sont venues après leur départ. «On a adopté le règlement pour calmer les ardeurs. Mais on sait que c'est un vœu pieux», a admis le maire André Henri de Saints-Martyrs. À Sainte-Hélène, l'adoption du règlement proposé par le Comité de pilotage se serait aussi faite à la demande de citoyens. «C'est un moyen de faire pression sur le gouvernement», a soutenu le maire de Warwick.