«Que nous reste-t-il, sinon la grève?»

Des centaines de travailleurs de l’éducation font la grève

Hélène Ruel helene.ruel@tc.tc
Publié le 28 octobre 2015

GRÈVE. Au cégep de Victoriaville, comme au CIFIT, à l’École nationale du meuble et de l’ébénisterie et devant le centre administratif de la Commission scolaire des Bois-Francs, ils étaient près de 2000 syndiqués du monde de l’éducation mercredi matin à agiter pancartes, petits drapeaux, à jouer de la trompette, à scander des slogans. «Il y a un boutte à toute, M. Couillard! Le gouvernement n’a pas le droit de faire la sourde oreille à nos demandes très légitimes. S’il ne veut pas nous entendre, on va s’organiser pour se faire entendre», a dit au porte-voix la psychologue Louise Côté, vice-présidente du Syndicat des professionnels de la Commission scolaire des Bois-Francs (CSBF).

Elle s’est adressée au millier de manifestants venus de tous les coins du territoire de la CSBF qui s’étaient massés dans le voisinage du centre administratif.

Avant de se regrouper devant leurs porte-parole, les enseignants, professionnels et membres du personnel de soutien formaient une longue haie de part et d’autre du boulevard des Bois-Francs. Leurs sifflets et leurs trompettes appelaient l’écho des klaxons des véhicules qui passaient. Les policiers de la Sûreté du Québec étaient présents et visibles, s’assurant que la manifestation ne déborde pas dans la rue.

Des appuis?

«On sent de l’appui, particulièrement des parents», a dit Nancie Lafond, présidente du Syndicat de l’enseignement des Bois-Francs, même si le mouvement citoyen des chaînes humaines autour des écoles d’ici ne paraît avoir d’effet d’entraînement. «C’est peut-être une question d’organisation», suggère-t-elle.

Encore cette semaine, elle rappelle que 200 travailleurs de l’éducation ont réclamé des commissaires une résolution d’appui par laquelle ils exigeraient du gouvernement un réinvestissement dans l’éducation. «En quatre ans, le gouvernement a effectué des coupes de 1 milliard $. Et c’est faux de penser que ces coupes n’affectent pas les services aux élèves.»

Du côté des professionnels, Louise Côté a mentionné qu’il n’y a, à la CSBF, que 11 psychologues pour 14 000 élèves et que 4 orthopédagogues pour tous les élèves du secondaire. En 2015 seulement, a-t-elle ajouté, le gouvernement a coupé 250 postes. «On est à bout de souffle et bientôt au bout du rouleau», a-t-elle déclaré. Les besoins grandissent, mais les ressources ne suivraient pas, selon elle.

De mémoire – depuis 1987, a précisé Mme Côté – jamais elle n’a vu un tel rassemblement.

Vice-présidente de la CSN, Véronique De Sève a dit que c'était «extraordinaire» cette mobilisation, d’autant que les mandats pour une grève rotative de six jours avaient été confiés avec de forts pourcentages. «Les gens se mobilisent et savent exactement pourquoi ils descendent dans la rue. Parce qu’ils réclament reconnaissance et valorisation de leur travail auprès des élèves. C’est aussi la colère qui les fait sortir. Le mouvement de grève est en gradation pour donner la chance à la négociation.»

Pas d’avancées

Tous les porte-parole syndicaux, incluant Silvie Lemelin, présidente du Syndicat des enseignantes et enseignants du cégep de Victoriaville ainsi que Maryse Métivier, présidente du personnel de soutien et Sonia Éthier, première vice-présidente de la CSQ soutiennent qu’il n’y a aucune avancée à la table des négociations, contrairement à ce que le gouvernement laisse entendre.

«Il a retiré certaines de ses demandes les plus odieuses», souligne Mme Lemelin. Mais les enjeux principaux, les clauses salariales, les conditions de travail et les dispositions pour la retraite demeurent «inacceptables» huit mois après le dépôt des offres patronales. «On nous offre moins que le statu quo».

Elle dit que tous les moyens de pression ont été utilisés depuis, mais que le gouvernement reste de glace. «Que nous reste-t-il, sinon la grève?»

Il s’agissait de la première des six journées de grève qui s’exerceront en front commun, pour les syndiqués de l’éducation et de la santé.

Les manifestants espèrent n’avoir par à recourir aux cinq autres jours de grève (12 et 13 novembre pour les régions Centre-du-Québec, Mauricie, Estrie et Montérégie) et les 1er, 2 et 3 décembre pour tout le Québec.

Une loi spéciale?

La perspective d’une loi spéciale pour imposer les conditions de travail indigne Mme Éthier. «Il serait malhabile juste d’y penser», a-t-elle ajouté.

Au Cégep, tous avaient voté pour le débrayage d’une journée, sauf les professionnels, lesquels ont cependant dénoncé les offres patronales. «Décevant» a été le seul commentaire qu’on a pu recueillir de la bouche des porte-parole syndicales des autres syndiqués du Cégep, Mme Lemelin disant qu’il faudra continuer de travailler ensemble par la suite.

Très tôt le matin, les piqueteurs du Cégep ont reçu la visite… et les beignes du nouveau directeur général Paul Thériault, du directeur des études, Christian Héon et du directeur de la formation continue Patrick Bérubé.