Au boulot à vélo, malgré les «hostilités» hivernales

Hélène Ruel helene.ruel@tc.tc
Publié le 3 mars 2014

Été comme hiver, beau temps, mauvais temps, Geoffroy Ménard et François Gendreau-Martineau enfourchent leur vélo pour se rendre au travail. Militants environnementalistes? Écologistes à tout crin? Athlètes? Amoureux de cyclisme alors? Ils réfutent toutes les étiquettes. Peut-être, reconnaissent-ils, que leur fonction d’agroéconomistes au CETAB+ les a formés à «calculer» que le moyen de transport le plus «efficace» pour se rendre au Cégep était le vélo.

Après tout, disent-ils, ils habitent Victoriaville, à quelques kilomètres seulement de leur lieu de travail, la Résidence des étudiants du Cégep où logent les bureaux du Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+).

C’est au rez-de-chaussée de la Résidence qu’on les rencontre, eux qui viennent d’arriver, à vélo, évidemment, chaudement habillés, gantés et presque masqués.

On prend le temps de jeter un coup d’œil à leur «véhicule».

«Ça prend de bons pneus!», conviennent-ils d’emblée, mais les deux ne s’entendent pas sur la largeur nécessaire. Ceux du vélo de François sont plus minces… pour «couper le banc de neige». Ceux de la bicyclette de Geoffroy ont l’avantage d’être cloutés.

Une chose est sûre, pour rouler sur la glace, dans la neige mouillée ou dans la «sloche», inutile d’avoir une bécane à 5 000 $ qui ferait pousser les hauts cris à la moindre apparition d’une tache de rouille. Un vélo de route ou un vélo hybride au cadre d’acier fera l’affaire. «Les gens pensent que c’est difficile. Ce ne l’est pas… et pour commencer, ils peuvent utiliser un vélo à assistance», conseillent-ils. Autre petite recommandation en passant : savoir tout au moins changer un pneu crevé. Pas besoin d’être un mécano du vélo pour le reste… comme on n’a pas besoin d’être mécanicien pour rouler en voiture!

Malgré les avaries

Geoffroy, 31 ans, arrive du quartier de Sainte-Famille, à 2 kilomètres de là. Il a encore emprunté avec circonspection la dangereuse traverse piétonnière de la rue Notre-Dame face à la rue Lafrance où il a été renversé par une voiture en août dernier.

Quant à François, 27 ans, il a roulé ses 3 kilomètres, partant de l’ouest de la Ville, empruntant l’étroite rue Notre-Dame où il craint chaque fois que, garé au bord du trottoir, un automobiliste ouvre brusquement sa portière devant lui. François a aussi, été heurté par une voiture, le printemps dernier, alors que la priorité de passage aurait dû lui être accordée.

Malgré ces accidents… et les contusions subséquentes, les deux agroéconomistes persistent et pédalent, matin et soir pour se rendre à leur travail. «Bouger me réveille», dit François. «Ça me dégourdit», ajoute Geoffroy.

Et puis, disent-ils, pour l’avoir expérimenté, le vélo est plus rapide que la marche et beaucoup plus économique que la voiture. «C’est un choix personnel, une question de valeurs. L’argent que j’économise, je peux le réinvestir dans l’économie locale, dans de la bonne bouffe bio par exemple», explique Geoffroy racontant que depuis toujours, il s’est débrouillé… sans jamais dépendre des «lifts» de ses parents.

Oh!, disons-le tout de suite, les deux agroéconomistes possèdent chacun une voiture. Ils s’en servent en dernier recours, pour aller visiter leurs proches dans leur région d’origine, François étant originaire de Sainte-Agathe-de-Lotbinière, Geoffroy étant né à Montréal et ayant grandi dans l’Estrie. Lorsqu’ils doivent quitter leurs bureaux pour des réunions ou des rencontres de travail, ils covoiturent ou utilisent le véhicule hybride du CETAB+. L’habitude de se véhiculer à vélo est aussi bien ancrée pour François, remontant à l’époque de ses études collégiales.

Questions de coûts

Les «coûts d’opportunité» du transport actif sont très simples à calculer, expliquent les agroéconomistes. En moyenne, il en coûte 10 sous du kilomètre pour faire rouler sa voiture… et on génère 2 kg de gaz carbonique dans l’atmosphère par litre d’essence.

Aujourd’hui, reconnaissent-ils, ils se sentent perçus comme des marginaux de faire ainsi le choix du vélo pour se rendre au travail. Et en hiver, outre les conditions climatiques et l’état des chaussées, tout prend la forme d’obstacle. «L’hiver, on sent bien plus l’hostilité des automobilistes à notre égard!», constate Geoffroy.

Sans vouloir se lancer dans le prêchi-prêcha, les deux agroconseillers du CETAB+ croient toutefois qu’un jour viendra où il sera mal vu de prendre son auto pour franchir quotidiennement deux misérables kilomètres.

«Ce sera un gros défi de changer les habitudes!», dit François, ajoutant qu’une combinaison de facteurs nous y mènera, dont le réchauffement climatique, la hausse du prix de l’essence.

Il faudra une volonté politique pour «verdir» le transport, renchérit Geoffroy. Le véhicule électrique ne constitue pas «la» solution magique, puisqu’il requiert encore une source d’énergie, précise-t-il. «Et parce qu’on ne règle pas, de cette manière, les problèmes de congestion et les espaces de stationnement qui coûtent cher.»

Il y a peu d’incitatifs actuellement, autres que la conscience personnelle sociale et environnementale, pour recourir au transport actif, tout au moins, au transport collectif pour se rendre au boulot, soutiennent-ils.

Geoffroy croit que le gouvernement devra songer à mener des campagnes de sensibilisation comme il l’a fait contre le tabac, l’intimidation et l’alcool au volant. «Et puis il y a le Code de la route qui date et qui est mal adapté à la cohabitation vélo auto…»

François ajoute que les villes n’ont pas été conçues pour le transport actif. Victoriaville possède plusieurs voies cyclables, reconnaît-il. «Mais ce sont beaucoup de pistes à caractère récréatif. Il y a une mentalité à changer. Ça m’énerve autant de voir un cycliste rouler à 50 kilomètres sur la piste cyclable et louvoyer à travers les gens à pied, en patins, en triporteur que de devoir me retrouver à vélo au milieu des chars dans les rues.»

Les employeurs devront aussi mettre l’épaule à la roue, pour ainsi dire, afin de faciliter la vie à ceux qui font le choix du transport écoresponsable. «En installant, par exemple, des supports pour protéger les vélos et des douches pour ceux qui doivent se changer en arrivant», soutient François. Au CETAB+ en tout cas, ces valeurs sont prisées. «On s’encourage entre nous c’est tout à fait cohérent avec les valeurs et l’image du Centre.»

Ce choix du transport actif, les agroéconomistes l’ont fait par conviction personnelle, sachant pertinemment que leurs coups de pédale quotidiens ne représentent qu’une «goutte d’eau», une infime contribution, à la réduction des gaz à effet de serre. «Mais on préfère faire partie de la solution plutôt que de continuer à faire partie du problème!», concluent-ils.

Transport durable?

D'après des données de Statistique Canada sur l'estimation du kilométrage parcouru par la population entre leur domicile et leur lieu de travail, en 2006, les Victoriavillois et les Drummondvillois parcouraient respectivement une distance médiane de navettage de 3,1 km et de 3,8 km. En comparaison, la distance médiane de navettage des Montréalais était de 5,8 km.

On compte 0,67 véhicule de promenade par habitant au Centre-du-Québec et plus de 85% des travailleurs centricois se rendent au travail seul au volant de leur voiture.

Selon le CAA, en 2012, les coûts moyens d'utilisation annuels d'une Honda Civic LX se situent à plus de 8 700 $ (stationnement non inclus) pour une distance parcourue de 18 000 kilomètres, soit 0,48 $/km. Ces coûts grimpent à plus de 10 400 $ (0,58 $/km) dans le cas d'une Toyota Camry LE.

En 2008, plus de 43% du bilan québécois des émissions de GES est attribuable au seul secteur du transport. Plus de 77% des émissions de ce secteur proviennent du transport routier. * Ces données proviennent du document Analyse du potentiel de développement de la mobilité rurale des travailleurs au Centre-du-Québec réalise en octobre 2012 dans le cadre du projet «Au boulot sans ma voiture» (http://www.crecq.qc.ca/adnbase/js/wysiwyg/plugins/ExtendedFileManager/uploads/crecq/ABSV/Analys_potent_MD_V13.pdf) -30-