L'obésité, une pandémie réelle, comment la contrer?



Jacques Brodeur (photo d'archives)

Jacques Brodeur (photo d'archives)

Publié le 21 Janvier 2010
Publié le 17 Juin 2010
 

Après une alerte générale pour contrer la propagation de la grippe A (H1N1), la Communauté européenne va mener une enquête pour vérifier si la peur de ce virus n'est pas le fruit du lobby des compagnies pharmaceutiques auprès de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Mais une autre pandémie, bien réelle celle-là, affecte un nombre croissant de jeunes dans tous les pays du monde.

Sujets :
Statistique Canada , Défi de la Dizaine , Université Stanford , Californie , Québec , Michigan

Ce n'est pas un secret, il s'agit de l'obésité et du surplus de poids.

Partout sur notre planète, on s'est questionné sur les facteurs qui se cachent derrière ce phénomène.

Deux facteurs ont rapidement été identifiés: l'alimentation malsaine et l'insuffisance d'activités physiques. Plus tardivement, on a débusqué un troisième facteur qui touche à la fois l'alimentation malsaine et le peu d'activité physique: la télé. Ou plus généralement, les écrans. Les écrans n'agressent pas les enfants du monde entier seulement avec des scènes violentes. Le temps passé à les regarder contribue à ce problème de santé publique majeur.

Une étude rendue publique par Statistique Canada en juin 2008 confirme qu'un sofa confortable utilisé pour la lecture permet de brûler plus de calories qu'en regardant la télé. Cette étude, rendue publique par Statistique Canada en juin 2008, révèle que la télé favorise le surplus de poids chez les enfants, chez les ados et chez les adultes. L'étude, réalisée auprès de 42 612 personnes, indique une hausse 80% des risques d'obésité quand l'écran cathodique bombarde notre cerveau plus de 5 heures par semaine.

Qu'en est-il de l'écran d'ordinateur? Les hommes qui passent plus de 6 heures par semaine de leur temps de loisir à l'ordinateur courent 20% plus de risques de devenir obèses. La probabilité est plus forte chez les femmes : 30%.

Pourquoi? Les télévores ont des habitudes de vie moins saines : ils ne mangent pas leurs cinq portions quotidiennes de fruits et légumes et font moins d'exercice. Et puis, la télé fait grignoter et la pub nous y incite. Mais ce n'est pas tout. La télé affecte notre métabolisme, notre capacité de brûler des calories.

Le sommeil et la télé sont nos activités les moins énergivores. Quand on dort, notre métabolisme descend à 0,9 et quand on regarde la télé, il bouge à peine et se glisse à 1,0 ; quand on lit, il monte à 1,3 ; quand on joue aux cartes, il passe à 1,5 ; devant l'ordinateur, il s'élève à 1,8 et quand on range l'épicerie, il atteint 2,5. Voilà ce qui fait dire à Madame Julie Mandeville, de Statistique Canada: «Du point de vue de la santé publique, il est plus payant de décourager l'écoute de la télévision que d'encourager la pratique d'activités physiques».

La réduction du temps passé devant l'écran réduit les risques d'obésité mieux qu'un médicament

En 1999, le Dr Thomas Robinson, professeur de médecine à l'Université Stanford en Californie, publie les résultats obtenus grâce au Programme SMART, acronyme de Student Media Awareness to Reduce Television.

http://data.edupax.org/precede/public/Assets/divers/documentation//4_defi/4_015_SMART_Obesity.pdf

Non seulement le programme a-t-il fait diminuer la violence physique et verbale, mais il a permis de réduire les risques d'obésité et de surplus de poids, en plus d'améliorer les résultats académiques des jeunes.

http://data.edupax.org/precede/public/Assets/divers/documentation//4_defi/4_033_Update%20About%20Smart.pdf

Après avoir conquis des écoles en Californie et au Michigan, SMART continue à se mériter des adeptes aux États-Unis. Fantastique non ? Si le programme avait été une pilule, un sirop, un suppositoire ou un vaccin, Robinson serait devenu milliardaire.

Le Défi de la Dizaine sans écrans pour VOIR AUTREMENT

Inspirés par le Programme SMART, Edupax a mis au point en 2002 un projet axé, lui aussi, sur la réduction du temps passé devant l'écran: le DÉFI de la dizaine sans écrans. Depuis 2003, une centaine d'écoles l'ont lancé à leurs élèves au Québec, en Ontario et ...en Alsace. Partout, les bénéfices se ressemblent.

Sans le savoir, les jeunes qui ont relevé ce Défi ont transformé leur masse corporelle en participant à un régime innovateur et enthousiasmant, un arrêt concerté de consommation de petit écran. Et les résultats sont toujours impressionnants. Partout, l'activité préférée des enfants et des ados pour remplacer les écrans est le sport.

Certains critiques peu ou mal informés ont craint qu'il s'agisse d'une forme de censure. Apprendre aux jeunes à maîtriser les écrans au lieu d'en devenir les esclaves se situe aux antipodes de la censure.

D'autres ont pensé qu'on avait acheté la participation des enfants avec des récompenses. L'exploit n'est suivi d'aucune récompense autre que la fierté d'avoir vaincu des adversaires parmi les plus puissants au monde : des professionnels du divertissement, du marketing et des médias électroniques. Trois industries qui, au cours du dernier quart de siècle, se sont accaparé la majeure partie du temps de loisir des enfants au détriment, notamment, du temps passé en famille et avec des amis.

D'autres enfin ont interprété que les parents avaient privé les enfants de télé. Erreur ! Le DÉFI sans écrans est tout sauf une punition. C'est un arrêt concerté, planifié, organisé, et surtout désiré. C'est une activité éducative d'avant-garde, donc tout le contraire d'un retour en arrière. La préparation au DÉFI est un processus pédagogique qui s'étale sur trois mois et qui enrichit la compétence des enfants et des parents en matière de consommation éclairée et responsable.

Pour fermer la télé, faut-il la diaboliser?

Quand nos ancêtres ne comprenaient pas un phénomène, ils l'interprétaient comme un acte des dieux ou des démons. Pour fermer la télé, il faut simplement prendre le temps de comprendre son fonctionnement comme institution. La télé vend des auditoires à des annonceurs qui veulent vendre, elle forme des consommateurs inassouvis. L'école a pour mission de former des citoyens responsables, avisés, organisés.

Pourquoi cibler les écrans de télé, de jeux vidéo et d'ordinateur?

Parce que les enfants y passent en moyenne plus de 30 heures par semaine, - parce qu'un cerveau humain apprend à distinguer entre fiction et réalité entre 7 et 13 ans, - parce que ces écrans exposent les petits cerveaux à 100 000 actes d'agression et 8 000 meurtres avant l'âge de 14 ans, - parce que ces écrans imposent aux jeunes plus 12 000 minutes de pub par année.

Ces 200 heures de bombardement intensif au moyen de messages conçus avec des budgets énormes, servent tous à vanter, avec des moyens de séduction puissants, le dieu de la SURCONSOMMATION, un mirage funeste pour la santé mentale des personnes et la protection des ressources de la planète

Les enfants, les parents et le personnel ont évalué le Défi sans écrans - Les enfants gardent les écrans fermés entre 8 et 9 jours. Les deux tiers réussissant les 10 jours. - 9 parents sur 10 se disent prêts à garder la consommation inférieure à 7 h/semaine suite au DÉFI. - 82% du personnel et 57% des parents constatent une amélioration du sens critique des enfants. - Le DÉFI est jugé utile par 80% des parents, 79% des élèves et 95% des membres du personnel. - Le DÉFI permet de réduire les disputes à l’école et à la maison. - Les paroles méchantes diminuent à l’école et à la maison. - La violence verbale diminue en classe et à la récréation. - Les 2 tiers des parents et du personnel considèrent que le DÉFI permet d’améliorer la santé et le bien-être des enfants. - La pratique d’activités physiques et sportives augmente. - La lecture sert d’activité alternative au petit écran pour un enfant sur deux. - Les devoirs et leçons s'améliorent chez plus du quart des jeunes. - Deux parents sur 5 notent une diminution des disputes avec leur enfant. - Plus des 2/3 des parents passent plus de temps en famille. - Papa et maman réduisent eux aussi le temps passé devant l'écran. - Les relations entre frères et sœurs s'améliorent et 40% des parents disent noter une augmentation de l’aide fournie aux tâches familiales. - L’humeur des enfants s’améliore selon 40% des parents, 56% des enfants et 66% du personnel. - On passe plus de temps avec des amis, les relations entre élèves s'améliorent, la capacité de concentration aussi. - Trois enseignants sur 4 jugent le DÉFI rentable au plan pédagogique. - Les ¾ des parents et la moitié des élèves se disent prêts à reprendre le DÉFI chaque année.

La réduction du temps passé devant les écrans aide à brûler des calories et à prévenir le surplus de poids plus certainement et plus sainement que n'importe quel médicament. Dans un pays ou l'obésité fait des ravages qui coûteront très cher demain, aux individus et à la société, il faut souhaiter que plusieurs parents proposent à l'école de leur enfant le DÉFI de la Dizaine sans écrans.

Jacques Brodeur, Edupax, organisme à but non-lucratif en prévention

493, rue Ste-Julie, Trois-Rivières, Québec

http://www.edupax.org/ <> JBrodeur@edupax.org

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