Cette «philosophie» de vie, Mme Hidalgo l’a intégrée… et tente de la propager autour d’elle, accueillant, comme sa tante le fait encore, de nouveaux compatriotes, les aidant à s’établir chez nous, à se faufiler dans le tissu social, culturel et économique des Bois-Francs.
D’ici quelques mois, elle et la vingtaine de Péruviens d’origine résidant à Victoriaville créeront une association.
Loin de Mme Hidalgo l’idée de fonder un regroupement vindicatif. «Il serait l’antithèse d’un mouvement de revendication. On veut, au contraire, démontrer qu’il est possible de s’épanouir dans son milieu d’accueil. L’association nous servirait à démontrer que l’immigration, en ce qui nous concerne, c’est du donnant donnant. On a reçu de la société québécoise et on veut donner en retour.»
Les Péruviens sont des gens fiers, dit encore Mme Hidalgo et elle parle de ses compatriotes et de ce qu'ils font chez nous. Parmi le groupe, il y a des enseignants, un comptable, un entrepreneur, une éducatrice spécialisée, des agentes de voyage, etc.
En dehors de Montréal et de Sherbrooke, aucune autre ville n’abrite une association péruvienne. Celle de Victoriaville constituerait une première, une sorte de phare, un modèle pour les nouveaux arrivants d’origine péruvienne, espère celle qui est devenue une femme d’affaires engagée dans la communauté victoriavilloise.
L’association serait un lieu d’entraide, d’informations, d’échanges et d’activités amicales, histoire de mieux se débrouiller dans son nouveau milieu de vie.
Si la métropole est plus attrayante pour les immigrants avec l’existence de diverses communautés ethniques, la diversité de ses infrastructures et de ses services, reste qu’il est plus facile pour un immigrant de s’imprégner de la culture québécoise lorsqu’il habite dans une petite ville, croit-elle.
Elle raconte que par «respect» pour sa patrie d’adoption, toujours, à l’extérieur de sa maison, elle parle français, mange de la poutine et danse du rock’n’roll. «Libre à moi de parler espagnol chez nous, de danser la salsa et de servir du Pisco Sour (un cocktail péruvien).»
Elle fait l’éloge de la qualité de vie à Victoriaville où se retrouvent, en microcosme, les caractéristiques propres aux Québécois, dit-elle. Et elle évoque l’entraide, la générosité, la sociabilité.
Jamais, dit-elle, elle n’a été victime de «racisme». Un mot trop fort, selon elle, trop grave pour être utilisé au Québec. «Je parlerais plutôt, parfois, d’incompréhension culturelle, de problèmes de communications. Et j’ai toujours pensé que cela dépendait beaucoup de nous, les immigrants. J’ai fait ma petite enquête auprès des autres Péruviens d’origine et ils partagent ce point de vue.»
L’an dernier, alors que le débat sur les accommodements raisonnables faisait rage, Marisol Hidalgo raconte que lors d’une rencontre, les réflexions d’une femme d’affaires l’ont particulièrement touchée.
«Elle disait qu’elle trouvait que les immigrants prenaient trop de place. À l’épicerie, par exemple, elle s’était butée à une famille où les deux parents et les quatre enfants occupaient toute la largeur de l’allée, pas pressés et jasant en espagnol. Ça m’a dérangée ; je ne voulais pas me sentir visée et pourtant ça me rendait inconfortable. C’est un détail, mais je me disais que sans le vouloir cette famille avait fait une gaffe de ne pas avoir compris qu’ici, dans un supermarché, il faut dégager une allée pour laisser passer les autres. Ici, les gens sont toujours si pressés!»
S’il existe des mécanismes d’accueil pour les nouveaux arrivants, il n’y a pas toujours d’aide et de suivi qui permettrait de les accompagner dans le quotidien, déplore Mme Hidalgo. L'association servirait aussi à cela, à soutenir les immigrants à s'imprégner de la culture québécoise, faite de mille détails.
«Certains demandent tout à la société, qui donne d’ailleurs beaucoup aux réfugiés : un appartement, de l’argent, des cours de français. Il y a des gens qui reçoivent plus ici qu’ils auraient pu en rêver dans leur pays d’origine. Mais un jour, il faut se demander ce que, en retour, ils sont prêts à faire pour la société.»
La femme d’affaires convient que son itinéraire est bien différent de celui d’un réfugié politique.
Elle a choisi, il y a 21 ans, de s’établir à Victoriaville, son frère et sa tante y résidant déjà. «J’étais venue pour l’aventure et les vacances... et j’y suis toujours», raconte-t-elle. Elle y a trouvé un amoureux québécois avec qui elle vit toujours et dont elle a eu deux enfants.
Détenant une formation universitaire en administration touristique, elle parlait déjà quatre langues lorsqu’elle est arrivée ici, l’espagnol, le portugais, l’anglais et le français – qu’elle est allée parfaire entre ses deux grossesses. Rapidement, elle a trouvé du travail, d’abord à la réception du Colibri où sa connaissance des langues constituait un excellent atout. Puis, elle a travaillé dans diverses entreprises (Sani-Marc, Soucy) avant de devenir sa propre patronne, ayant acquis les Communications SRP il y a un peu plus de trois ans.
Elle admet avoir été une immigrante «privilégiée», comprend que son sort a pu être différent de celui qui doit fuir son pays. «Le réfugié est déboussolé quand il débarque ici. Il n’a pas eu le choix. Mais, après un certain temps, il a le devoir de s’adapter et le pouvoir de travailler à faire son bonheur.»
Marisol Hidalgo exprime certaines craintes quant à la capacité des petites villes, comme Victoriaville, à intégrer de grosses vagues d’immigration. «Il faudrait que l’immigration se passe plus progressivement pour favoriser une meilleure intégration.» Sinon, craint-elle, il pourrait y avoir un choc entre les nouveaux arrivants et la communauté d’accueil.
«Et il pourrait malheureusement se créer des ghettos.»
Même si, dans son entourage, on décrit Marisol Hidalgo comme «la plus latino des Québécoises», elle avoue ne pas s’identifier à une Québécoise. «Je ne serai jamais Québecoise, parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour me faire penser que je ne suis pas d'ici», dit-elle, sans amertume.
Son impeccable français se teinte encore d’un léger accent. Et lorsqu’elle retourne visiter ses parents au Pérou, ils lui font aussi remarquer que son espagnol n'est plus tout à fait le mêmel! Péruvienne, elle l'est par ses racines. Pour le reste, le statut identitaire qui lui colle le mieux, c’est celui d'immigrante. «Je suis une immigrante et tout immigrant ressent cela, je crois, même s’il habite ici depuis longtemps.»
