Dix mythes concernant le phénomène de l'intimidation



*

*

Publié le 23 Mars 2009
Publié le 17 Juin 2010
 

Le professeur Dan Olweus a enseigné la psychologie à l'université de Norvège à Bergen durant 30 ans. Il est reconnu mondialement comme l'une des sommités, sinon la sommité, en matière de compréhension de l'intimidation, en matière d'analyse du comportement des intimidateurs et des victimes.

Sujets :
école par peur , Safety Center's , école de médecine , États-Unis , Canada , Québec

L'intimidation (que nos voisins anglophones appellent le bullying) est une accumulation d'actions négatives – répétées sur une période de temps prolongée – dirigées contre un élève commises par un ou plusieurs élèves. Ces actions négatives peuvent comprendre des menaces, des agressions physiques, des paroles, des gestes, ou l'exclusion, que nos élèves appellent rejet. Elles sont caractérisées par un déséquilibre entre l'intimidateur et sa victime.

Si les enseignants et toute personne intervenant en milieu scolaire veulent prévenir ou éliminer l'intimidation, ils doivent être au fait des relations entre les intimidateurs et leurs victimes. Selon Olweus, plusieurs des connaissances que nous véhiculons au sujet de l'intimidation sont fausses – conséquemment, plusieurs techniques utilisées pour contrer le phénomène ont souvent compliqué le problème plutôt que de l'améliorer. Les intimidateurs ne sont pas, disent les études, des petits lâches dépourvus d'estimes de soi. Leurs victimes sont rarement choisies à cause de la couleur de leurs cheveux ou de leur peau, ou de la forme de leurs lunettes. Et, plus important encore, l'intimidation ne disparaîtra pas d'elle-même, sans intervention.

Voici 10 mythes identifiés par le professeur Olweus.

Mythe no 1. Les intimidateurs souffrent d’insécurité et de faible estime de soi. C'est pour se donner de l'importance qu'ils s’en prennent à autrui.

FAUX! Les études démontrent que la plupart ont une estime de soi égale ou supérieure à la moyenne. Ils manquent d’empathie, d’encadrement parental et ont un tempérament agressif.

Mythe no 2. Les intimidateurs recherchent l’attention. Ignorez-les et ils cesseront.

FAUX! Les études ont démontré que les intimidateurs cherchent à contrôler. Ils chercheront des moyens d'accroître leur contrôle et continueront à abuser leurs victimes même si celles-ci les ignorent. Ils développeront leur pratique tant que des adultes n’interviendront pas.

Mythe no 3. Les garçons agissent ainsi pour affirmer leur masculinité. Ça va passer.

FAUX! Les études révèlent qu’au lieu de diminuer en vieillissant, l’intimidation change de forme. 60% des intimidateurs au secondaire commettront au moins un crime avant 24 ans.

Mythe no 4. Les enfants sont naturellement cruels et intolérants devant les différences.

FAUX! Les études nous apprennent que les différences physiques jouent très peu. Les victimes sont choisies pour leur sensibilité, leur anxiété, leur vulnérabilité, ou parce qu’elles sont incapables de répliquer.

Mythe no 5. Les victimes doivent apprendre à se tenir debout, à se défendre et à faire face à la situation.

FAUX! Les études indiquent que les victimes sont plus jeunes et plus faibles physiquement. Elles manquent d’habiletés sociales pour obtenir le soutien d’amis. Ces élèves ne peuvent gérer seuls la situation.

Mythe no 6. Les classes nombreuses ou les écoles à forte population contribuent au phénomène.

FAUX! Aucune étude n’a établi de corrélation entre l’intimidation et la dimension de la classe ou de l’école. En fait, on a découvert que dans les écoles plus grosses, les victimes ont plus de chances de trouver des amis pour les soutenir.

Mythe no 7. L’intimidation se produit surtout en dehors du terrain de l’école.

FAUX! Même si des études ont effectivement confirmé l’existence du phénomène hors de l’école, en route vers l’école ou au retour à la maison, elles révèlent aussi que la fréquence des abus est plus élevée en classe, dans les corridors et dans la cour de récréation.

Mythe no 8. L’intimidation touche seulement un petit nombre d’élèves.

FAUX! Les études démontrent que 25% des élèves en sont victimes et que 20% la pratiquent. Les psychologues scolaires des États-Unis estiment à 160 000 par jour le nombre d’enfants qui s’absentent de l’école par peur d’être intimidés.

Mythe no 9. Les enseignants vont facilement se rendre compte si un élève de leur classe en intimide un autre.

FAUX! Les études révèlent que l’intimidation pratiquée en classe s’exerce à l'insu du titulaire. La plupart des victimes hésitent à porter plainte par timidité ou par crainte de représailles. La plupart des intimidateurs vont nier les faits ou tenter de justifier leur comportement.

Mythe no 10. Les victimes doivent laisser passer les paroles blessantes comme le canard laisse glisser l'eau sur son dos.

FAUX! Les études révèlent que les victimes souffriront toute leur vie de faible estime de soi. Ils sont sujets à la dépression, au suicide et à divers problèmes de santé mentale.

Comprendre pour prévenir

Le professeur Olweus considère que c'est à la maison que sont formés les intimidateurs, par une combinaison de facteurs, tels que :

- le manque de chaleur familiale ou d'attention parentale, - un faible encadrement,

un comportement agressif,

un tempérament impulsif ou hyperactif.

Par contre, c'est dans la classe et à l'école que les victimes sont recrutées et produites. Les attitudes, comportements et habitudes de l’enseignant jouent donc un rôle déterminant dans la culture de l’intimidation. Il s’agit d’un phénomène que les écoles peuvent -- et doivent -- contrôler.

Aux États-Unis, 269 élèves, enseignants et personnel de soutien ont trouvé la mort dans des incidents violents entre septembre 1992 et mai 2000. (National School Safety Center's Report on School Associated Violent Death)

Ces décès ne représentent qu'un faible pourcentage des milliers d'incidents violents commis chaque année dans les écoles des États-Unis et celles du Canada et du Québec.

Bien que le phénomène ne puisse être attribué à un facteur unique, les chercheurs pointent le doigt vers les trois suivants. - Relations malsaines au sein de la famille. - Discorde et méfiance entre la famille et le personnel de l'école. - Exposition répétée à la violence dans des émissions de télévision, films, et jeux vidéo.

Sylvia Rimm, qui enseigne la psychiatrie et la pédiatrie à l'école de médecine de la Case Western Reserve University, affirme: «Tous les enfants qui expriment leur colère de façon violente ont été victimes de moqueries plus souvent que la moyenne». Bref, selon elle, tous les enfants violents ont été des victimes d'intimidation. «Évidemment, les répercussions de l'intimidation – même elles ne conduisent pas à des meurtres – ne se limitent pas aux seules victimes immédiates,» précise le Dr Olweus. Les élèves qui fréquentent des écoles (ou des classes) où se pratique l'intimidation se sentent inquiets et ont un faible sentiment d'appartenance. Les élèves qui vivent dans un milieu où l'intimidation et les comportements violents sont ignorés auront tendance à devenir plus agressifs et moins tolérants. L'intimidation affecte le climat social – et les conditions d'apprentissage – de toute la classe.

L'initiation à la citoyenneté propose de développer chez les enfants du primaire les 5 thèmes suivants: l'honnêteté, la compassion, le respect, le sens des responsabilités et le courage.

Jacques Brodeur, Edupax, organisme à but non lucratif avec expertise en

Prévention de la violence, Éducation aux médias, Éducation à la Paix

www.edupax.org <> Jbrodeur@edupax.org

Écrire un commentaire

Écrire un commentaire

Ce formulaire ne sert pas à envoyer l’article à un ami. Svp, utilisez le lien «Envoyer à un ami» en haut de la page pour ce faire.

La Nouvelle Union n'est pas responsable des commentaires ci-dessous. Veuillez par contre, rester poli et respecter le sujet de la discussion. Si vous êtes membre, connectez-vous.

(Nous gardons les courriels privés)
Accord

Nous prions les internautes de rester polis. Il est interdit de soumettre du contenu discriminatoire, insultant ou inapproprié, qui pourrait être retiré du site à notre discrétion. Nous ne sommes pas responsables des opinions ou du contenu soumis par les internautes. L'utilisation de ce site ainsi que la propriété du contenu qui est soumis sont régies par nos Conditions générales d'utilisation et le Politique de confidentialité.

Les organismes membres doivent promouvoir des activités légales et à but non-lucratif. Tout organisme faisant la promotion d'activités illégales ou de services / produits commerciaux sera retirée du site.

J'accepte ces conditions.

Publicité

loading...

Infolettre

Inscrivez votre courriel et recevez nos nouvelles dès leur parution !

Inscription aux nouvelles en direct

Publicité