Maintenant retraité, ce professeur avait enseigné la psychologie à des militaires des États-Unis durant plus de 20 années. Selon lui, les jeux vidéo de type FPS (First Person Shooter) jouent exactement le même rôle que les simulateurs utilisés pour entraîner les hommes à tuer. C'est le quotidien Canadian Press qui rapportait le contenu de sa communication pour le moins alarmante.
Ces jeux produisent une désensibilisation du sujet et développe ce que Dave Grossmann appelle «un réflexe homicide».
«Mettre ces jeux vidéo entre les mains des jeunes, dit le Lieutenant-Colonel Grossmann, revient à les soumettre à un entraînement militaire de haut niveau. On montre en spectacle à ces enfants des êtres humains qui souffrent et qui meurent, tout en leur apprenant à associer ces choses avec le plaisir.»
Il y a, selon Grossmann, des similitudes troublantes entre la pratique des jeux vidéo FPS et le conditionnement auquel on soumet les militaires. Le conférencier est co-auteur d'un ouvrage intitulé «Stop Teaching our Kids to Kill» (Cessez d'apprendre à nos enfants à tuer).
Il estime qu'à priori l'acte de tuer n'est ni spontané, ni facile : pour qu'un soldat devienne capable de tuer, on doit l'entraîner longuement, en l'obligeant à tirer sur des cibles en forme de silhouettes humaines qui surgissent inopinément devant lui.
Il faut l'obliger à répéter cet acte à de multiples reprises pour qu'il devienne un réflexe conditionné. À la suite de ce conditionnement, même lorsque le soldat ressentira la peur, on peut compter que sa formation l'emportera sur sa pensée et sur ses émotions.
Même si peu de gens le savent, les jeux vidéo développent un réflexe conditionné de même nature que les simulateurs de meurtre de l'armée. Cela expliquerait pourquoi, dans les tueries survenues dans des écoles étatsuniennes, certains jeunes assassins continuent à tirer, même après avoir abattu la personne qui les avait irrités. Les jeunes agresseurs ouvrent le feu, puis continuent à tirer comme des robots.
Quand la police leur demande pourquoi ils n'ont pas cessé le feu après avoir abattu les victimes, ils répondent qu'ils n'en ont aucune idée! «Mais nous, ajoute Grossman, nous savons pourquoi : ces jeunes qui n'avaient peut-être encore jamais tiré une seule balle réelle s'étaient déjà longuement entraînés sur des cibles virtuelles et avaient déjà tiré des milliers et des milliers de balles virtuelles sur leur console de jeux vidéo.»
Le Shérif du comté de Jefferson, au Colorado, John Stone, dirigeait les secouristes de Littleton le jour de la fusillade au Lycée de Columbine. Il explique que les deux jeunes meurtriers étaient tous deux passionnés de jeux vidéo FPS. Après avoir tué douze de leurs camarades et un de leurs professeurs, ils ont retourné leurs armes contre eux-mêmes. Leur jeu de prédilection? Doom, un jeu où l'on traque des personnes avant de les assassiner.
Stone prenait la parole après Grossman devant les Chefs de Police. Il raconte ce que des rescapés de la tuerie lui ont déclaré : les deux jeunes tueurs «prenaient un plaisir évident à abattre leurs camarades. Dans la bibliothèque, un étudiant leur a demandé : Mais qu'est-ce que vous faites? Pour toute réponse, l'un des deux tireurs a répondu avec un sourire : On tue des gens. Les témoins ont eu l'impression que pour lui, c'était un jeu.»
Huit jours après Columbine, inspiré par la tuerie du Colorado, un élève de 14 ans abat un de ses camarades et en blesse un autre au Lycée Myers à Taber, en Alberta. Dennis Reimers, l'officier de police qui a désarmé le tireur de Taber, soupçonne que même en l'absence de preuves formelles, ce meurtre semblait avoir été inspiré par des spectacles télévisés.
Deux ans plus tôt, dans l'Etat du Kentucky, un autre massacre avait eu lieu dans une école. Le jeune meurtrier s'adonnait à des jeux vidéo violents ; il aimait aussi les films violents. Les parents des victimes ont intenté un procès aux producteurs et aux distributeurs du matériel en question, réclamant plusieurs millions de dollars de dommages et intérêts.
L'industrie du jeu vidéo invoque le premier article de la Constitution des États-Unis pour proclamer le droit de tirer profit des divertissements violents. Le militaire à la retraite Dave Grossman pense au contraire que la constitution ne garantit pas à des enfants de 5 ans le droit de s'amuser à faire sauter des cervelles. Devant une industrie qui accorde la primauté aux profits des actionnaires au détriment de la santé mentale d'une génération de jeunes vulnérables, l'opinion de Grossman ne fait pas le poids, à moins qu'un jour, une majorité de parents, d'éducateurs et de citoyens responsables s'unissent pour que la société accorde la primauté aux droits des enfants d'être protégés d'une poignée de prédateurs sans scrupules.
Jacques Brodeur
Les jeux vidéo de type FPS préparent les enfants à tuer
Il y a quelques années, le Lieutenant-Colonel Dave Grossman prononçait une allocution percutante devant les chefs de la Police du Canada réunis en Congrès à Vancouver.
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Commentaires
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- Julien Gouesse
- - 19 Juin 2010 à 11:03:30
Les jeux vidéo violents permettent aux gens sains mentalement de décharger leur agressivité sur le jeu et c'est très positif alors que seuls les malades vont essayer de reproduire dans le monde réel ce qu'ils ont fait dans le monde virtuel. Ainsi, prétendre que les jeunes sont entraînés à tuer avec les FPS revient à traiter les jeunes de malades mentaux, c'est un raccourci rapide qui passe complètement à côté des problèmes réels.
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- Julien Gouesse
- - 19 Juin 2010 à 11:03:09
Un affichage clair sur les boitiers de jeux permet de savoir à quel public ils sont adressés afin que les parents puissent faire le tri. Si certains parents achètent des jeux déconseillés au moins de 18 ans pour leurs jeunes enfants, c'est leur problème, ce n'est pas la faute de l'industrie du jeu vidéo, c'est la responsabilité des parents qui est en cause.