«Lorsque le numérique est apparu dans l’industrie du disque, c’était faux de dire que l’industrie de la musique allait moins bien. On parlait seulement de la vente de disques. Aujourd’hui, on se rend compte que le numérique a amené beaucoup d’éléments positifs et, dans quelques années, on va dire la même chose pour les livres. Nous sommes en période de transformation rapide. C’est plus facile pour certains que pour d’autres, mais le livre n’est pas menacé pour autant», indique Clément Laberge, vice-président Services d’édition numérique chez DeMarque, qui soutient les éditeurs dans la transition vers le numérique.
Même si l’intérêt pour les livres numériques est grandissant, la transition d’un format à un autre peu prendre beaucoup de temps. Le livre papier restera, le temps que les lecteurs se retrouvent dans cette nouvelle technologie. C’est ce que croit Marie Martel, bibliothécaire et blogueuse. «Je pense qu’on va vivre une sorte de cohabitation, de complémentarité. Tous les citoyens ne sont pas encore rendus à cette étape. C’est surtout des gens qui ont une certaine facilité avec les nouvelles technologies, en majorité des jeunes qui ont adopté le livre numérique. Ce sont aussi des usagers en général plus scolarisés», indique Mme Martel.
Et les bibliothèques dans tout ça?
«C’est un âge d’or pour la bibliothèque, autant physiquement que sur le web. Elle est bouleversée, elle a de grands défis à surmonter, car le papier n’est plus la référence. Elle va devoir se repositionner. Elle ne sera plus un entrepôt de livres, croit Mme Martel. Elle présentera des activités de médiation, de formation de promotion des livres».
L’électronique a déjà commencé à s’installer dans certaines bibliothèques, où les gens peuvent s’installer avec des dispositifs et ainsi consulter leurs romans. Un système de prêt de ces livres numériques devrait d’ailleurs voir le jour prochainement. «Nous sommes en train de mettre en place une structure de prêt «chrono-dégradable». Les abonnés pourraient emprunter les livres pendant un certain temps sur leur plateforme individuelle et ne plus y avoir accès lorsque la location du livre est terminée», mentionne Mme Martel.
La bibliothèque de demain
La bibliothèque ne sera plus telle qu’on la connaît aujourd’hui. Ces lieux autrefois pour solitaires laisseront place aux rencontres et aux discussions. «Ça va être de plus en plus des espaces publics, des lieux de rencontres d’auteurs, des événements de lecture publique. Les livres vont se transformer en ce sens, moins de rayons, plus de salles. Une bibliothèque sera comme une agora», pense M. Laberge.
Mme Martel abonde en ce sens. «La bibliothèque deviendra ce qu’on appelle un troisième lieu. Un endroit où les échanges sont favorisés. Un lieu où tout le monde est égal, peu importe ses origines, ses goûts, ses opinions. On pourra partager ses lectures, ses annotations, sa vie, un peu comme le fait Facebook sur le web. Les bibliothécaires seront d’ailleurs présents pour aider les gens à transférer au numérique, elles auront un rôle de formateur», conclut-elle.
