Depuis octobre, toutes les semaines, dans son personnage de Luluberlue, Lucie Cormier, affublée d’un nez rouge, coiffée d’un képi, vêtue d’un sarrau blanc et portant sa petite valise, se rend dans la chambre de résidants du Foyer Étoiles d’or de Warwick, des résidences du Chêne et du Roseau de Victoriaville pour partager des moments précieux.
Retraitée de l’enseignement depuis deux ans, Lucie Cormier est la première clowne thérapeutique de la région. Et elle souhaite ne pas rester la seule, tant, dit-elle, auprès des «sages» comme elle les appelle que des enfants malades, le clown thérapeutique peut faire du bien.
Une prescription… de tendresse
Formée par Francine Côté de Docteur Clown, Lucie a adopté la philosophie de cet organisme montréalais. «Je donne des prescriptions de tendresse», dit-elle.
Bien différent du performant clown de cirque, de l’amusant et divertissant clown commercial, le clown thérapeutique ne donne pas de «spectacle» à un auditoire.
Luluberlue rencontre un à un les résidants de centre d’hébergement que lui ont désignés les récréologues. «Ce sont d’ailleurs les récréologues Josée Binette, Joanne Lemelin et Martin Laroche qui m’ont ouvert les portes des CHSLD», souligne Lucie, avec beaucoup de reconnaissance dans le sourire… et la gestuelle.
Avec sa liste de personnes à visiter, Luluberlue frappe à la porte de la chambre… et improvise, selon le moment et surtout selon l’humeur du résidant qu’elle rencontre. Souvent, la «prescription de tendresse» est allouée à une personne dont on sait qu’elle ne participe pas à des activités de groupe, qui ne sort pas beaucoup de chambre ou qui ne reçoit que peu de visiteurs.
Être plutôt que faire
«On est dans l’instant, dans l’être plus que dans le faire.» Luluberlu puise dans son cœur, le truc qui réconfortera, rassurera, fera sourire la personne qu’elle rencontre.
Depuis octobre, elle a déjà collectionné des moments chers. Elle a ému un résidant en lui chantant La vie en rose, lui rappelant son mariage. «Muet, il me tenait la main comme si j’étais sa fiancée.»
Avec une autre qui pleurait constamment, Luluberlue s’est tue, se contentant de rester assise sur sa valise et d’«être juste là» à côté de la dame si chagrine. Au contact de Luluberlue, cette autre dame affligée de la maladie d’Alzheimer s’est rappelé avec plaisir l’époque où elle dansait le charleston. «Avec les personnes atteintes d’Alzheimer, on est vraiment dans l’ici et le maintenant.»
Prudente, Lucie Cormier se défend d’être une thérapeute. «Le clown thérapeutique n’est pas un soignant. Mais, si, pour un moment, il peut faire rire et sourire, il peut avoir des effets thérapeutiques.» Souvent, dit Lucie, le médecin, l’infirmière, l’aide soignante se met de la partie, profitant du passage Luluberlue.
Oser la légèreté
L’ex-enseignante de 57 ans pourrait se rendre, sans nez de clown, au chevet des personnes âgées. «En Luluberlue, c’est très différent. La clowne ne vit essentiellement que dans ses émotions et peut se permettre le jeu, la légèreté.»
Les gens se laissent davantage aller devant le personnage de Luluberlue, explique encore Lucie. Le personnage éveille en eux leur côté artistique. «Et les gens se permettent de dire à Luluberlue ce qu’ils n’oseraient pas dire à Lucie.» Il lui est arrivé d’avoir un entretien sur un sujet aussi triste que la mort avec une résidante.
L’aspect thérapeutique de ces rencontres a aussi profité à Lucie Cormier. «Grâce au clown, j’ai retrouvé ma joie de vivre.»
Ceux et celles qui connaissent Lucie depuis longtemps ne s’étonnent pas de la voir «retrouver» c’est le cas de le dire, la clowne en elle.
Originaire de Saint-Grégoire, ayant résidé à Montréal pour ses études en mime et jeu d’acteur, elle s’est installée dans les Bois-Francs au début des années 1980. Déjà, elle se passionnait pour l’art clownesque, formant avec Eve Benjamin, le duo Fo et Lie. À l’époque, les deux jeunes femmes recevaient des subventions du ministère québécois de la Culture pour offrir des ateliers de clowns aux jeunes et aux adultes et présentaient des spectacles, des numéros.
Après avoir obtenu son baccalauréat en enseignement, Lucie a gagné sa vie dans diverses écoles de la Commission scolaire des Bois-Francs, surtout à Warwick. Pendant une bonne vingtaine d’années, Lucie avait enfoui sa clowne.
C’est en présentant à ses élèves le film de Patch Adams il y a cinq ans qu’a ressurgi sa passion pour le clown. «C’est ce médecin, qui, il y a une trentaine d’années, a été le précurseur des clowns thérapeutiques. En voyant le film, je me suis dit que c’est ce que j’avais toujours voulu faire… et que je ferais à ma retraite.»
Par sa nouvelle formation et ses stages, elle a dû «recycler» sa clowne d’autrefois pour faire émerger Luluberlue, d’abord engoncée dans un uniforme de la Garde paroissiale de Saint-Médard-de-Warwick.
«Luluberlue a un côté maîtresse d’école et son petit ton autoritaire n’est pas vraiment pris au sérieux, parce qu’elle ne mesure pas cinq pieds!»
Lucie nourrit plusieurs projets, celui de créer un mouvement régional de clowns thérapeutiques avec une compagne de la région de la Mauricie. L’organisme Clowns sans frontières l’a également sollicitée afin qu’elle le représente dans la région. «Je suis déjà allée au Guatemala pour faire du clown dans des orphelinats. J’aimerais bien une autre mission.»
Et puis, elle souhaiterait convaincre l’unité de pédiatrie de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska afin d’approcher les enfants malades. Et c’est en duo qu’elle voudrait continuer de travailler… à temps partiel.
Lucie tient un blogue (http://foetlie.blogspot.com), entretient une page Facebook et au foetlie@hotmail.com on peut aussi lui écrire pour obtenir plus d’informations.

Merci à monsieur ou madame Hébert vous avez compris le sens de mes prescriptions de tendresse. lu