On les avait déjà rencontrés une première fois il y a deux ans. Yvon Bourque et sa conjointe Lise Payeur habitent, avec leur fils, dans le haut du 4e Rang à Sainte-Sophie-d’Halifax aux limites de l’ex-Vianney. De chez eux, ils aperçoivent déjà le poste de transformation en construction et verront ultérieurement 23 éoliennes du Parc éolien de l’Érable. De plus, la ligne à 120 kV, que devra construire Hydro-Québec, pourrait aussi traverser leur propriété.
Leur maison est à vendre avec leur terre et tout ce que cela comprend. S’ils ont leur prix, ils sont prêts à quitter. «Éoliennes de l’Érable devrait nous acheter. Notre propriété serait l’endroit idéal pour y construire leur Étoile de l’Érable. Ils pourraient tout montrer aux visiteurs (éoliennes, postes de transformation, ligne électrique)», de dire M. Bourque sur un ton en disant long sur son impuissance à combattre le géant.
«Ce que nous vivons aujourd’hui, nous ne souhaitons ça à personne. C’est le rêve de toute une vie qui est sacrifié. C’est mettre à terre tout ce que nous y avons bâti depuis 20 ans. On est atteint physiquement et surtout moralement. Pour moi, investir en milieu rural, c’est terminé. On se croyait protéger, mais ce ne fut pas le cas. Pendant des années, nous avons respecté les réglementations des autorités. Puis la grosse compagnie arrive et on lui donne tous les droits».
«Nous n’avons tout simplement plus de qualité de vie. Il n’y a plus rien de drôle. On se lève en cr…, et on se couche en cr…», explique à son tour Mme Payeur au bord des larmes. Va-et-vient quotidien des camions 10 roues, travaux de dynamitage lors de la construction du poste de transformation et inondation d’une partie de leur propriété (plantation d’épinettes et érablière) provoquée par l’écoulement des eaux en provenance des nouveaux chemins d’accès construits pour les éoliennes. Leur petit lac à la truite, où ils aimaient se retrouver pour pêcher, est devenu qu’un vulgaire trou de vase.
Le couple au tout début de la soixantaine avoue que ce qui lui fait le plus mal, c’est l’irrespect à leur endroit qu’il provienne des élus, de gens qu’ils côtoient, de la compagnie que des travailleurs appelés à œuvrer sur les divers chantiers de construction.
«Jamais nous ne serons d’accord avec ce projet en milieu habité, mais aujourd’hui nous devons vivre avec tous ses impacts. Est-ce qu’on pourrait demander un minimum de respect à notre égard? Nous avons toujours à nous débattre pour tout et pour rien que ce soit pour notre propre respect ou pour la sécurité et la signalisation dans nos rangs», avance M. Bourque. «Mon mari a même failli se faire écraser à cause de l’absence d’un stop dans le nouveau chemin d’accès construit en face», de renchérir Mme Payeur.
M. Bourque donne par exemple qu’il a fallu qu’il se débatte pour qu’on ne dynamite pas près de son puits ou pour qu’on ne puisse se stationner à sa proximité pour éviter sa contamination. «Il a même fallu que je me débatte pour qu’on ne ferme pas le pont du haut du 4e rang pour qu’on puisse circuler pendant la période de sucres. Les travaux du pont débuteront donc après».
Le couple Bourque-Payeur déplore également la division sociale que ce projet a amenée avec lui. «Ce n’est pas vrai que ce projet réunit les gens. On s’entendait très bien avec nos voisins et il y avait de l’entraide entre nous. Aujourd’hui, c’est fini tout ça. Ce bon voisinage ne reviendra jamais», d’ajouter M. Bourque qui, au cours des derniers mois, affirme avoir vécu des situations d’intimidation en public et à la maison en plus de subir du vandalisme et mêmes des appels harassants laissant entendre qu’on mettrait le feu à sa «cabane».
«Je serai toujours frustré que nos élus n’aient jamais tenu compte de l’aspect humain dans ce projet. Et si seulement aujourd’hui, ils pouvaient nous témoigner un peu d’égard au lieu de fuir», de terminer M. Bourque.
Une autre résidante«Ce que nous vivons aujourd’hui, nous ne souhaitons ça à personne. C’est le rêve de toute une vie qui est sacrifié» - - Yvon Bourque
Pour sa part, Brigitte Rivard est une autre résidante du secteur. Celle-ci habite avec son conjoint dans le 3e Rang Nord de Saint-Ferdinand (ex-Vianney). «Ça fait deux ans et demi que notre propriété est à vendre et nous n’avons reçu aucune offre. On y habite à temps plein depuis 2008. C’était notre projet de retraite».
Elle dit vivre l’enfer depuis le début de la construction du projet, la maison étant située à quelques mètres seulement de la route. Bien évidemment, le couple est grandement affecté par le bruit des camions et de leurs vibrations à chaque passage.
Mais ce qui la fâche plus particulièrement, c’est d’être obligé de se débattre elle aussi pour que le projet se fasse dans le respect. «Pourquoi avons-nous été obligé de faire les démarches pour qu’on applique de l’abat-poussière quand ça fait déjà partie des obligations du projet? Pourquoi devrons-nous nous débattre encore pour qu’on réduise la vitesse dans nos rangs pour notre propre sécurité et pour qu’on interdise les freins à moteur pour la réduction du bruit?», de s’interroger Mme Rivard.
«Si vous étiez à notre place, est-ce que vous vous battriez vous aussi pour votre qualité de vie. Qu’on nous montre un peu de respect même si nous ne sommes pas nombreux», soutient Mme Rivard.
Les citoyens de la région qui souhaiteraient en savoir davantage sur la lutte de résidants contre l’implantation du Parc éolien de l’Érable auront à nouveau l’occasion de visionner le documentaire des cinéastes Jean et Serge Gagné intitulé «Les pales du mal» qui sera notamment présenté le 20 février à la salle communautaire de Saint-Ferdinand et le mardi 28 février au Centre communautaire de Plessisville à compter de 19 h.
