Reprise du combat Mulroney - Schreiber



Reprise du combat Mulroney - Schreiber

Reprise du combat Mulroney - Schreiber

Richard Cléroux
Publié le 3 Avril 2009
Publié le 15 Avril 2010
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Saurons-nous vraiment ce qui est advenu de ces centaines de milliers de dollars que Brian Mulroney a reçues de Karlheinz Schreiber dans des chambres d’hôtels à New York et Montréal?

Sujets :
Thyssen Industries , Commission d’enquête , Commission au projet de chars , Ottawa , Canada , Québec

Dans le grand hall de verre et de béton de ce qui était autrefois l’hôtel de ville d’Ottawa, des dizaines des meilleurs cerveaux juridiques au pays se sont assemblés devant le juge Jeffrey Oliphant du Manitoba pour décider une fois pour toute, de la réputation et du sort d’un certain Martin Brian Mulroney.

C’est la même pièce qui avait servi au juge John Gomery lors des premières audiences de sa commission qui a quasi détruit le parti Libéral, il y a quatre ans.

Au début, Mulroney souhaitait cette enquête pour blanchir sa réputation. Stephen Harper beaucoup moins, craignant des débordements politiques dans les mains d’un juge trop zélé.

Mais entre temps, il y a eu un comité parlementaire - forcé par l’Opposition - qui a fait toute une jobbe de bras sur Mulroney et son ancien ami, le vendeur d’armes Schreiber.

La conséquence? Mulroney est beaucoup moins intéressé maintenant à cette commission d’enquête. Trop tard. Harper a limité l’étendue de la commission au projet de chars blindés de Thyssen Industries et a défendu au juge de fouiller dans l’affaire Airbus, ce qui aidera à Mulroney, si le juge respecte les conseils de Harper.

Il y a deux semaines le juge Oliphant a carrément refusé par une demande de délai de la part de Mulroney. C’est la preuve que ce juge ne se laissera pas bousculer par qui que ce soit.

Les principaux acteurs dans ce drame, Mulroney et Schreiber, n’ont pas encore témoigner, mais ils sont d’accord sur certains faits.

Il s’agissait d’une compensation pour du travail de lobbying pour un projet de chars blindés de Thyssen Industries qui devaient être construits au Québec ou au Cap Breton et vendu au ministère de la Défense nationale.

Tous deux admettent que Mulroney a reçu des centaines de milliers de dollars en petites coupures lors de réunions secrètes avec Schreiber dans des hôtels à New York et à Montréal.

Mulroney dit qu’il s’agissait d’une somme de 225 000 $; Schreiber

dit 300 000 $. Un détail.

Mulroney dit que le lobbying devait avoir lieu à l’étranger; Schreiber affirme que c’était du lobbying au Canada. Passons.

Le témoin-surprise de cette première semaine fut sans aucun doute Marc Lalonde, ancien ministre sous Pierre Trudeau.

Entre septembre 1993 et octobre 1995 Lalonde aurait été lobbyiste pour Schreiber pour la vente de chars blindés auprès du gouvernement de Jean Chrétien qui venait d’arriver au pouvoir.

Lalonde travaillait à 325 $ de l’heure pour Schreiber pour un total de 55 000 $ obtenus pour vanter les mérites des chars blindés légers de Thyssen Industries.

Selon Lalonde jamais Schreiber ne l’aurait payé comptant – toujours par chèque ou par traite bancaire – jamais de réunions dans des chambres d’hôtels et toujours avec factures et reçus.

Lalonde a affirmé que tout le temps qu’il a travaillé pour Schreiber, jamais n’a-t-il vu, su ou entendu dire que Mulroney travaillait comme lobbyiste aussi.

Lors de sa comparution devant le Comité parlementaire il y a un an, Mulroney a témoigné sous serment qu’il avait fait du lobbying à l’étranger y compris en Russie et en Chine communiste. « Inconcevable » a répondu Lalonde parce que la loi canadienne ne permettait pas la vente d’armes militaires ni en Russie, ni en Chine. À un certain moment on a demandé à Lalonde qu’est-ce qui aura pu assurer le succès du projet de chars blindés de Thyssen.

Lalonde a été clair. Trois choses :

Premièrement, le coût des chars aurait dû être compétitif avec ceux des autres soumissionnaires, y compris le gagnant éventuel, GM de London, Ontario.

Deuxièmement, il aurait fallu que le Gouvernement canadien s’engage à acheter au moins 200 de ces véhicules.

Et troisièmement, il aurait dû y avoir de vraies possibilités de faire des ventes à l’étranger de ces chars blindés fabriqués au Canada.

Quel cadeau sorti de la bouche de Lalonde pour aider à Mulroney, bien évidemment, car c’est précisément ce que Mulroney qu’il faisait – des ventes de chars blindés à l’étranger.

Ces paroles de Lalonde n’ont pas été sans échapper à la vigilance de l’avocat de Mulroney, Guy Pratte, lors de son interrogatoire de Lalonde. Juste parce que Schreiber n’a jamais dit à Lalonde que l’ancien premier ministre travaillait outremer pour lui, ne veut pas nécessairement dire que Mulroney ne travaillait pas pour lui.

Il y a bien des choses que Schreiber ne racontait pas à tout le monde au sujet de ses affaires.

Il restera à Mulroney de reprendre cette maille et de tirer aussi fort qu’il peut - sans défaire le tricot - lors de son témoignage plus tard cette année.

Cette enquête est loin d’être finie.

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