Votre position ferme dans l’affaire Jonathan Roy a soulevé, Mme Courchesne, beaucoup d’espoir chez tous ceux qui ont lutté sans trop de succès pour extirper la sous-culture de violence qui règne encore aujourd’hui au hockey.
J’ai cependant l’impression que vous ignorez dans quelle galère vous vous êtes embarquée. Accepteriez-vous quelques conseils d’un vieil éducateur qui a consacré une grande partie de sa carrière universitaire à humaniser davantage le hockey et à en améliorer la qualité?
Sachez, Mme la ministre, que la culture de violence qui règne encore dans les ligues de hockey junior majeur est fondée sur trois croyances difficiles à éradiquer. Premièrement, les propriétaires des clubs estiment que la violence est rentable. Sinon, ils l’auraient depuis longtemps éliminée. C’est pourquoi ils sont les premiers responsables du maintien de ces spectacles déshumanisants dans nos arénas.
Deuxièmement, les propriétaires et les entraîneurs pensent qu’on peut compenser le manque de talent d’une équipe par l’agressivité. La force brute, l’intimidation et la violence deviennent alors une stratégie rentable si elles font gagner des parties.
Troisièmement, le hockey conditionne les jeunes joueurs qui aspirent à jouer un jour chez les professionnels à intégrer cette sous-culture de la violence qui régit ensuite leurs comportements comme l’a si dramatiquement démontré, entre autres, Jonathan Roy.
Mme la ministre, tant que les propriétaires, les entraîneurs et les joueurs estimeront que la violence est rentable autant sur le plan financier que sportif, ils n’auront aucun intérêt à l’éliminer. Vous en avez eu la preuve lors de votre conférence de presse lorsque M. Courteau a dit publiquement : «Je ne crois pas que nous allons éliminer les batailles».
Or, c’est à ce subordonné des propriétaires que vous avez demandé de vous soumettre des règlements non pas pour abolir les bagarres, mais pour mieux les encadrer. C’est déjà là une concession inacceptable. C’est comme confier aux renards la tâche d’établir les lois qui régiront leurs comportements dans les poulaillers.
Guy Lafleur a raison lorsqu’il dit que ce ne sont pas seulement les bagarres qu’il faut abolir au hockey, mais surtout sa sous-culture de violence.
Ce qu’il demande en fait, c’est de civiliser davantage le hockey en éliminant non seulement les bagarres, mais également les mises en échec dangereuses et les coups vicieux avec le bâton ou les patins pour le bien-être des hockeyeurs. Or, cette décision relève avant tout des propriétaires.
Jacques Tanguay, président et copropriétaire des Remparts de Québec, vous a déjà tendu un piège, Mme la ministre, en disant que votre décision «devra être prise en conformité avec ce qui se passe ailleurs au Canada». En d’autres mots, si vous voulez extirper la sous-culture de violence au hockey, commencez par convaincre les 52 propriétaires des clubs dans les trois ligues de hockey junior majeur du Canada ou vos pairs des autres provinces. Je doute que vous réussissiez ce tour de force d’ici septembre prochain.
Il y a cependant un moyen, Mme la ministre, d’échapper à cette excuse que les propriétaires ont toujours utilisée pour maintenir une culture de violence au hockey. Vous avez affirmé que «comme ministre, je peux sévir moi-même… ».
Et c’est vrai. Vous n’avez qu’à faire appliquer la loi dans les arénas comme elle l’est partout ailleurs au Québec. C’est uniquement en vous attaquant à l’image et au portefeuille de ceux qui estiment que la violence est rentable que vous réussirez à faire en sorte que le hockey cesse de transmettre une culture de violence à nos jeunes.
Quand les joueurs qui agressent sans raison un adversaire seront accusés par le ministère de la Justice de voies de fait, la violence disparaîtra de nos arénas du jour au lendemain.
Il va falloir que nos politiciens cessent d’avoir peur de cette vache sacrée que sont devenues les entreprises de hockey. Leur devoir est de faire respecter la loi surtout là où des jeunes sont supposés se divertir et se former.
Gaston Marcotte
Professeur associé
Département d’éducation physique
Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval
Président-fondateur du Mouvement Humanisation
Conseils à Mme Courchesne
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