Le gel des frais de scolarité n’est pas un caprice, c’est une nécessité pour le bien de la société!



Publié le 25 Novembre 2010
Publié le 25 Novembre 2010
 
Sujets :
La Presse , Parti libéral du Québec , Fédération médicale étudiante du Québec , Québec , Canada , Ontario

Entendons-nous tout d’abord sur certaines choses. Les frais de scolarité de 2007 à 2012 auront augmenté de 30%. Ce «rattrapage» est plus élevé que si les frais avaient été indexés durant le «gel». Deuxièmement, ce «gel» n’en était pas un et c’est mentir à la population que de prétendre le contraire. Certes, le coût des crédits universitaires était gelé, mais pas le reste de la facture universitaire. Les FIO augmentaient chaque année plus vite que l’indexation et faisaient gonfler la facture. Pour imager cette situation, c’est comme si le prix de la douzaine d’œufs était gelé, mais que l’épicier augmentait le prix de la boîte de carton chaque semaine tout en prétendant que le prix de la douzaine reste le même.

Troisièmement, nous sommes conscients du manque à gagner dans le financement universitaire, mais nous ne partageons pas la conviction du gouvernement que l’argent est dans nos poches. Nous déplorons surtout le fait que le gouvernement nous convoque à la rencontre des partenaires, non pas pour parler du financement des universités, mais bien pour parler de la hausse de nos frais.

À quoi bon tenir un sommet si les conclusions sont déjà écrites? M. Choquette écrivait récemment dans La Presse (La Presse 5 novembre 2010) une lettre ouverte demandant quelles sont les alternatives que la gauche met de l’avant pour résoudre les problèmes auxquels fait face le système. Je ne peux parler pour la gauche, mais je peux lui certifier que les étudiants en ont des solutions, encore faudrait-il que le gouvernement accepte de les entendre au lieu d’imposer les siennes comme c’est actuellement le cas.

La proposition Charest-Bachand-Beauchamp

Dans son dernier budget, le gouvernement Charest a annoncé son intention de hausser drastiquement les frais de scolarité universitaires à compter de 2012. Même si les modalités de la hausse restent inconnues pour le moment, les militants du Parti libéral du Québec (PLQ) eux ont clairement fait leur lit : rejoindre la moyenne canadienne des frais. Le gouvernement, malgré son mutisme sur le comment, est clair : il y aura une hausse et la ministre a évoqué deux pistes envisagées pour y parvenir, soit la différenciation par programme ou une hausse de 250%.

La différenciation des frais consiste à moduler la facture des étudiants en fonction du revenu que l’on suppose qu’ils auront à la sortie de leurs études. Non seulement cette mesure oublie que tout au long de leur vie ces personnes payeront plus d’impôts et de taxes étant donné leur salaire plus élevé, mais elle passe sous silence la régression de la mixité sociale des programmes. Ailleurs au Canada, notamment en Ontario, cette façon de faire a été instituée et une étude de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ) a constaté qu’à la suite de la différenciation des frais de médecine à l’Université Guelph, le nombre d’étudiants en médecine provenant de famille à faible revenu ou de la basse classe moyenne avait plus que baissé de moitié.

Avec cette proposition, le gouvernement nous fait reculer au Québec des années 1700, 1800 et début 1900 où on était médecin de père en fils, avocat de père en fils, notaire de père en fils, mais surtout pauvre de père en fils.

L’autre avenue, que nous déplorons également, c’est l’ajustement des frais à la moyenne canadienne, soit une hausse de 250%. Les libéraux semblent oublier que la politique de bas frais de scolarité du Québec tire son origine du retard de diplomation que nous avons par rapport au reste du Canada et que nous commençons à rattraper. N’oublions pas qu’au Québec, un étudiant universitaire sur deux en est un de première génération. On entend souvent qu’ailleurs au Canada les frais sont plus élevés qu’ici et que plus d’étudiants fréquentent l’université.

Ce que ces gens oublient de dire c’est qu’on ne peut comparer nos deux systèmes d’éducation postsecondaire, car nous avons le cégep qui «diminue» la fréquentation universitaire avec les programmes techniques. Notre politique de bas frais de scolarité a aussi comme origine la volonté du peuple québécois de s’assurer qu’un nombre suffisant de contribuables auront les moyens de maintenir les services gouvernementaux dans les années à venir. L’équité intergénérationnelle, c’est une roue qui tourne : les contribuables d’aujourd’hui payent pour les soins de santé des contribuables d’hier et pour la scolarité des contribuables de demain.

Ces derniers payeront demain pour les soins de santé de ceux qui ont financé leur éducation aujourd’hui et pour la scolarisation de ceux qui payeront leurs soins de santé demain. Nous, les étudiants, sommes conscients du défi démographique qui nous attend et nous ne demandons que les outils pour l’affronter et assumer, une fois sur le marché du travail, nos obligations de solidarité envers les autres générations.

Quelle est la priorité du gouvernement?

Le gouvernement nous a d’abord dit que sa priorité c’était la santé et il nous répète maintenant ad nauseam que sa priorité c’est l’économie. Nous partageons les inquiétudes de la population sur ces deux sujets et nous leur disons : la solution passe par l’éducation postsecondaire. En moyenne, un diplômé universitaire paiera toute sa vie plus de taxes et d’impôts que les autres contribuables.

Dans les faits, pour chaque dollar que l’État investit en éducation, c’est 5,30 $ qu’il percevra en taxes et impôts divers. Avec cet argent, il pourra investir dans les soins de santé pour nos aînés. C’est également les diplômés postsecondaires qui occuperont les emplois de demain. Nous ne pourrons pas faire compétition aux pays comme la Chine pour les emplois manufacturiers. Notre économie en sera une du savoir ou ne sera pas et c’est aujourd’hui que nous devons collectivement prendre les décisions qui seront déterminantes pour demain.

Les gouvernements font souvent miroiter que l’aide financière aux études (AFE) contrebalancera les effets négatifs d’une hausse. Rien n’est moins certain. L’AFE est déjà en crise par cause de mauvaise gestion gouvernementale. Certaines dépenses n’ont pas été indexées depuis des années. Le calcul suppose encore qu’avec 7 $ par jour un étudiant peut manger trois repas équilibrés. Une épicerie de 50 $ par semaine… essayez pour voir. L’AFE calcule aussi qu’une famille dont le revenu avant impôts de 30 000 $ peut et doit contribuer au financement de la scolarité des enfants. Le salaire commun de deux adultes travaillant au salaire minimum à temps plein est de 40 000 $ avant impôts, on se rend compte que ça n’a pas de sens.

Faisons-nous confiance au gouvernement?

«Il n’y a pas d’argent au Québec!». Je suis écœuré d’entendre ça, ce n’est pas vrai. Quand le gouvernement applique une politique duplessiste par laquelle on donne pratiquement nos ressources naturelles aux multinationales, il nous prive de millions de dollars. Quand le gouvernement refuse d’enquêter sur l’octroi de contrats gouvernementaux, il engraisse les amis du parti et nous prive de millions de dollars. Quand le gouvernement utilise 750 M $ de transferts fédéraux en éducation pour baisser les impôts des plus riches, il asphyxie les universités. Quand il coupe la taxe sur le capital pour les banques, il nous prive de revenus importants. Quand le gouvernement voit l’éducation comme une dépense, il nuit à son économie.

Il est temps qu’on se réveille au Québec : l’éducation n’est pas la deuxième plus grosse dépense du gouvernement, c’est son principal et meilleur investissement! C’est pourquoi nous disons non à la hausse libérale des frais de scolarité et oui à un vrai plan d’avenir en éducation!

Guillaume Raymond

Étudiant au premier cycle

Université de Sherbrooke

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Steve Provencher
    - 17 Janvier 2011 à 15:45:48

    Bonjour Guillaume, peut tu m'envoyer un émail, j'aimerais bien discuter avec toi. Steve.provencher@hotmail.com

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  • Nom de l\'usager
    Julien
    - 1 Décembre 2010 à 06:28:29

    Je voulais simplement savoir si on avait affaire à un autre de ces gauchistes qui excellent dans le populisme politique. J'ai eu ma réponse.

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  • Nom de l\'usager
    Steve Provencher
    - 30 Novembre 2010 à 14:55:35

    Merci Guillaume pour cet article, je le trouve vraiment intéressant et il tombe à point dans ce dossier, qui est beaucoup méconnu. Merci de m'apporter des arguments de taille, et en particulier celui de l'AFE. Steve

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  • Nom de l\'usager
    Julien
    - 26 Novembre 2010 à 07:06:02

    Guillaume, tu es étudiant au premier cycle, mais en quoi???

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    • Nom de l\'usager
      Guillaume Raymond
      - 29 Novembre 2010 à 14:44:11

      Études politiques... mais je ne vois pas ce que cela apporte au débat sur la question des frais de scolarité.

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