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«Sans la Maison Raymond-Roy, je serais morte»

Joé Otis et Èvelyne Desrochers entourent Richard Leroux.

Joé Otis et Èvelyne Desrochers entourent Richard Leroux.

Claude Thibodeau
Publié le 8 Octobre 2008
Publié le 16 Juin 2010
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«J’étais perdue, j’ai fait quelques tentatives de suicide. Sans la Maison Raymond-Roy, je ne serais pas là aujourd’hui, je serais morte», confie Èvelyne Desrochers. Tout comme Joé Otis, elle a accepté de se livrer pour témoigner de l’importance de la Maison Raymond-Roy, une résidence qui héberge à Victoriaville des jeunes en difficultés âgés entre 18 et 30 ans.

Sujets :
Maison Raymond-Roy , Auberge , Québec , Victoriaville , Paroisse Saint-Christophe

Native de Saint-Christophe-d’Arthabaska, Èvelyne a vécu la dépression à Québec où elle s’était rendue pour étudier, puis travailler. «Même entourée de gens, je me sentais seule, différente. Mes parents m’ont ramenée, mais cela n’a pas fonctionné. La charge émotive était trop forte. J’explosais rapidement et je ne voulais pas faire de mal à mes parents», raconte-t-elle. À un moment, elle a quitté le domicile familial. Un certain soir, Èvelyne se rend à l’hôpital, mais le psychiatre lui suggère de prendre un rendez-vous plus tard, malgré son intention de mettre fin à ses jours.

Elle quitte alors le centre hospitalier pour mettre son projet à exécution. «J’ai sauté dans la rivière, l’eau était froide, se souvient-elle. Mais l’instinct de survie a pris le dessus.»

C’est au presbytère de la paroisse Saint-Christophe qu’elle rencontrera un diacre qui lui parlera de la Maison Raymond-Roy. Èvelyne s’y rend un Vendredi saint. «À mon arrivée, je ne me sentais pas bien. J’éprouvais des difficultés à vivre en groupe. Mais l’intervenante Annie Loichot m’a suggéré d’y aller un jour à la fois. Et j’y suis demeurée sept mois», précise-t-elle.

C’est dans le cadre de son séjour à l’Auberge du cœur de Victoriaville, la Maison Raymond-Roy, qu’Èvelyne rencontre l’homme qui deviendra son compagnon de vie et qui lui donnera un enfant, aujourd’hui âgé d’un an. «La Maison Raymond-Roy nous donne des balises, on nous aide à nous reprendre en main, à redevenir responsable de soi», souligne la jeune femme qui souhaite que la ressource soit davantage connue. «On a tellement besoin de savoir que la ressource existe en cas de besoin. Venez cogner à la porte. Quelqu’un est là pour nous écouter. Ce sont des intervenants au grand cœur. Ils nous connaissent et nous ne sommes pas un numéro», note-t-elle.

Joé Otis, un jeune homme originaire de Saint-Hyacinthe, a connu aussi sa large part de difficultés.

Joé a vécu le rejet de la part de son père. «Je n’ai plus de contacts avec lui. Mon père m’a rabaissé toute ma vie. Vers l’âge de 12 ou 13 ans, il m’avouait qu’il ne me voulait pas comme enfant, que j’étais un bon à rien», mentionne-t-il. À l’école aussi, Joé ne l’a pas eu facile. Victime de méchanceté, il lui arrivait également de se faire battre. «J’en ai développé une peur des gens, une peur d’être jugé et j’ai songé au suicide», dit-il.

Joé Otis a rencontré psychologue, psychiatre et travailleur social qui lui ont proposé différents outils. «Mais je ne savais pas quoi en faire.»

En séjournant un bon jour chez son frère à Victoriaville, Joé apprendra l’existence de la Maison Raymond-Roy. Il s’y présentera en janvier 2003 et son séjour durera 6 mois. «Les premiers temps, j’étais plutôt renfermé, je ne parlais pas. Je n’avais pas le goût de faire «du social», mais les intervenants m’ont incité à m’impliquer. J’ai ainsi connu une belle progression», témoigne Joé.

Aujourd’hui, Joé ne se sent plus seul, se considère mieux outillé et affiche une plus grande autonomie.

L’incendie de son logement en janvier l’a ramené pour quelque temps à la Maison Raymond-Roy. Mais il envisage toujours un retour aux études pour obtenir un diplôme d’études professionnelles. «La Maison Raymond-Roy, ce n’est pas seulement des outils, mais un véritable milieu de vie, un dernier refuge aussi pour bien des gens aux prises avec différentes réalités, problèmes de santé mentale, toxicomanie, violence», signale Richard Leroux, administrateur impliqué avec les intervenants au chapitre de l’empowerment.

Les intervenants de la Maison Raymond-Roy, explique-t-il, travaillent au niveau de trois axes principaux : le réseau social, la réinsertion en logement et la vie socioprofessionnelle. «On ne met pas à la porte un jeune qui ne montre pas de volonté parce que le pouvoir lui manque. Mais au bout d’un certain temps, il faut que ça débloque. On l’amène à ça», précise-t-il.

Chaque jeune, ajoute-t-il, se prépare un genre de plan d’action qu’il élabore à son rythme. «Tous les jeunes ne sont pas au même niveau, fait remarquer Richard Leroux. Ce qu’on vise, c’est que les jeunes se mettent en action sur ce qui les concerne, qu’ils réalisent leur plan d’action.»

La Maison Raymond-Roy a pignon sur rue à proximité de la Place communautaire Rita-St-Pierre sur la rue D’Aston. Elle héberge neuf résidants à la fois et rejoint annuellement une centaine de jeunes.

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