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Un peu plus verts… jusqu’au cimetière

Alain Dumont dans cette partie de l'usine où sont fabriqués les cercueils écologiques

Alain Dumont dans cette partie de l'usine où sont fabriqués les cercueils écologiques

Hélène Ruel
Publié le 2 Octobre 2008
Publié le 16 Juin 2010
Hélène Ruel  RSS Feed

Il y a moyen d’amener ses convictions vertes jusque dans sa tombe! C’est pour répondre à une «demande» que le Groupe Victoriaville vient de lancer la collection Nouvel Air, trois cercueils écologiques, explique son président, Alain Dumont. Une façon de souligner le 60e anniversaire de l’entreprise.

Sujets :
Groupe Victoriaville , Cercueils Vic Royal , Maison funéraire Marc-André Rioux ltée de Rivière-du-Loup , Québec , Ontario , Maritimes

La nouvelle collection fait l’objet d’une présentation lors de rencontres de directeurs de funérailles au Québec, en Ontario, dans les Maritimes et bientôt aux États-Unis.

La Maison funéraire Marc-André Rioux ltée de Rivière-du-Loup, où avait lieu l’une de ces rencontres, s’est empressée de passer une première commande.

Ces cercueils «verts» ont ceci de particulier qu’ils sont fabriqués avec des essences d’arbres (peuplier et érable) qui ne poussent pas très loin et se régénèrent vite, explique M. Dumont. Un des cercueils de la gamme, le Natura, est même fabriqué avec du bois jointé, des morceaux qui se seraient retrouvés, autrement, parmi les résidus de la grande usine. «Jusque dans leur conception, on réduit la quantité de matériaux nécessaires».

S’ils sont «biodégradables», c’est aussi parce que les pièces métalliques sont à peu près inexistantes et que leur intérieur est tapissé de coton naturel. Pour la finition, Cercueils Vic Royal utilise des produits naturels ou une peinture à base d’eau. Et c’est beaucoup parce qu’il y a rareté de ces peintures que l’entreprise ne pourrait envisager de l’utiliser pour tous ses produits.

Le Groupe Victoriaville serait le premier à produire ce genre de cercueils écologiques, un peu plus dispendieux, parce qu'ils sont encore rares et qu'ils requièrent plus d'opérations manuelles. «Il y a quelques manufacturiers qui le font de façon artisanale. Nous sommes les premiers à nous lancer avec une approche globale», précise Alain Dumont.

Toute l’industrie funéraire est appelée à devenir plus verte, croit-il, misant sur l’imminente édiction de nouvelles normes au Québec. «Je peux bien fabriquer le plus beau des cercueils, si, par exemple, les produits d’embaumement ne sont pas biodégradables, on n’aura pas beaucoup progressé.» Mais on est loin de ces «purs et durs», comme les appelle M. Dumont, qui refusent l'embaumement et ne veulent être drapés que d'un linceul avant d'être enterrés… dans une forêt.

Chez Cercueils Vic Royal, on avait déjà l’habitude de fabriquer des produits particuliers, comme ces cercueils destinés à la communauté juive. «Ils ne sont faits que de bois, ne comportent aucune colle animale, ne sont jamais usinés le samedi, et, selon le rabbin, comporte entre 7 et 13 trous pour un contact du corps avec la terre. Je dirais que le cercueil écologique est un hybride entre notre standard et celui de la communauté juive.»

Dans l'industrie du cercueil, il n’existe pas de sceau de certification écologique, admet M. Dumont. Celle que l’entreprise se donne fait écho à certaines normes. D’ailleurs, la collection Nouvel Air ne constitue qu’un des aspects du virage «vert» que le Groupe Victoriaville a entrepris.

Par exemple, 95% du bois utilisé provient de fournisseurs adhérant à un programme de reforestation. Les deux usines (Cercueils Victoriaville étant aussi une entité du Groupe Victoriaville) réemploient leurs résidus de bois (2 300 tonnes par année) comme énergie ou les vendent à des fabricants de panneaux de particules de bois. La combustion de ses résidus leur permet d’économiser près de 3 500 mètres cubes de gaz naturel et produire l’équivalent de 11,5 millions de kw d’énergie propre.

L’entreprise s’apprête également à mettre en marche l’analyse de ses processus pour décrocher la certification Ici on recycle.

Le «vert» après le «noir»

Alain Dumont ne le cache pas, le Groupe Victoriaville émerge d’une période noire.

La perte d’un gros client, la concurrence féroce des manufacturiers américains, chinois et mexicains, la hausse de la valeur du huard, même la baisse des taux de mortalité, ont durement affecté l’entreprise. «On est des bagarreurs, sinon on ne serait plus en vie!», affirme Alain Dumont.

En six mois, le Groupe Victoriaville a dû procéder à 200 mises à pied. Aujourd’hui, quelque 500 employés travaillent actuellement dans les deux usines victoriavilloises et dans les centres de distribution du Québec, d’Ontario et des Maritimes. «Ce n’était vraiment pas drôle. On a fait disparaître le quart de travail du soir, on a modifié la production, on a complètement changé notre modèle d’affaires. L’entreprise est, aujourd’hui, plus petite qu’avant. Mais je pense qu’elle est plus solide. On s’est créé une niche à part et on sera plus difficile à remplacer parce qu’on est revenu à la base. On a mis l’accent sur la qualité, le service de proximité, un nouveau design», croit Alain Dumont.

Il ne croit pas que la ligne des cercueils écologiques occupe beaucoup plus qu’un segment du marché – 5%, estime-t-il – mais ces nouveaux produits contribuent à démarquer le Groupe Victoriaville.

Bon an, mal an, l’entreprise vend quelque 100 000 cercueils ou contenants à crémation au Québec, au Canada et dans une dizaine de pays, aux États-Unis, dans les Caraïbes, en Europe, en Afrique et en Russie.

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