M. Morin a participé, mercredi, à Grondines, à la mise sur pied de cette nouvelle association – qui n’a pas encore de nom – destinée à représenter les artisans-fromagers (lait, vache, brebis).
Cette association «indépendante», précise le fromager de Sainte-Élizabeth, veut revendiquer auprès des instances gouvernementales un système de contrôle de qualité et de traçabilité des produits. Elle veut aussi participer à l'élaboration des protocoles d'intervention. «À l’Agence canadienne, les programmes de rappel sont font intelligemment et sans donner de grands coups médiatiques!», note Jean Morin.
La création de cette association survient au moment même où, de son côté, la Société des fromages du Québec remet sa mission en question (voir le texte intitulé «Crise des fromages : comme au surlendemain du grand verglas»).
«Par la bande», précise Jean Morin, il reconnaît qu’en jetant les assises d’une nouvelle association, les artisans-fromagers du Québec désavouent, d’une certaine façon, la Société des fromages actuellement présidée par Lucille Giroux. «Au départ, les artisans-fromagers étaient au cœur de la Société. Mais elle s’est élargie avec la présence de consultants, de transformateurs. De sorte que si elle n’a pas failli à son mandat lors de la crise de l’automne, elle n’a toutefois pas représenté adéquatement les micro-fromageries, selon M. Morin.
Elle n’aurait pu le faire, poursuit-il, parce qu’elle a les mains liées, financée par le ministère de l’Agriculture. «Comment pourrait-elle aller au front et dire au ministre qu’il a mal agi. On ne peut pas mordre la main qui nous nourrit! La nouvelle association veut pouvoir faire pression sans gêne, en toute liberté. Pas question de demander du financement au ministère de l’Agriculture.»
Jean Morin ne participera pas à l’assemblée générale prévue en février par la Société, puisqu’il a décidé de s’en retirer. «Oui, nos intérêts auraient pu être convergents en ce qui a trait au contrôle de la qualité. On ne veut pas «défaire» la Société, mais on sait qu’en la quittant on va l’affaiblir puisque les artisans-fromagers en étaient le centre. On veut aller de l’avant avec des moyens plus appropriés», commente le producteur disant, par ailleurs, partager, avec son amie de La Moutonnière son analyse de l'après-crise. «C'est sur les moyens à prendre que l'on ne s'entend pas.»
Potentiellement, dit encore le fromager de Sainte-Élizabeth, le nouvel organisme pourrait réunir une cinquantaine de membres, ce qui représenterait la majorité des micro-fromageries québécoises.
«Hier (mercredi), lors de la réunion, on sentait bien autour de la table ce grand besoin que nous, les petites entreprises, avions de parler, de partager, d’être écoutés. On est souvent isolés. Jusqu’ici, on a eu l’impression de ne pas avoir été entendus ni des uns, ni des autres.»
Décidément, la crise de la listériose et les interventions du ministère auront créé de gros remous dans la filière fromagère. «Cela témoigne de notre adolescence!», dit Jean Morin.
Et tout ce brouhaha pourrait avoir des répercussions sur le prochain Salon des fromages, la nouvelle association ayant d’ailleurs l’intention de d'adresser certaines recommandations à l’organisation warwickoise, laisse entendre Jean Morin.
Les artisans-fromagers créent une association «indépendante»
Ouvrant une brèche au cœur de la Société des fromages
Pour se donner une voix et surtout être entendus, notamment du ministère de l’Agriculture, une trentaine d’artisans-fromagers du Québec viennent de créer une nouvelle association. «Rien ne nous permet de croire que si un autre épisode de listéria survenait, le ministère agirait autrement qu’il l’a fait l’automne dernier. Et là, ce serait vraiment la catastrophe!», dit Jean Morin, de la Fromagerie du Presbytère à Sainte-Élizabeth-de-Warwick.
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