De la résurrection des Nordiques au retour du hockey junior à Laval et à Trois-Rivières



Michel Bergeron

Michel Bergeron

Benoît Plamondon
Publié le 18 Mars 2010
Publié le 16 Juin 2010
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Dans une présentation teintée d'humour, Michel Bergeron était l'invité de la Chambre de commerce et d'industrie des Bois-Francs et de l'Érable, qui lui a déroulé son traditionnel Tapis Rouge, mercredi soir, à la salle 4213.

Sujets :
Ligue de hockey junior majeur du Québec , Nordiques de Québec , Canadien de Montréal , Trois-Rivières , Laval , Chemin de Sherbrooke

Le Tigre a, notamment, déploré le fait que la Ligue de hockey junior majeur du Québec ne soit pas installée à Laval, ni même à Trois-Rivières, lui qui a aidé les défunts Draveurs à remporter la coupe du Président en 1978 et en 1979. Ceux-ci avaient pris le chemin de Sherbrooke en 1992, puis de Lewiston en 2003.

Le coloré personnage a aussi dit souhaiter farouchement le retour des Nordiques de Québec, qu'il a dirigés au plus fort de la rivalité avec le Canadien de Montréal au cours des années 80. «La LHJMQ est un tremplin extraordinaire pour les entraîneurs d'ici. Peut-être qu'avec de la compétition, le Canadien serait porté à regarder un peu plus dans notre cour», a-t-il expliqué, lançant également des fleurs à l'organisation des Tigres au passage. «On m'a dit au début de la soirée que les Tigres ont établi une nouvelle marque d'équipe au chapitre des victoires et des assistances cette saison. Il s'agit d'une franchise en santé, qui va de l'avant. Le hockey junior est un beau produit. Il fallait qu'il demeure à Trois-Rivières. C'est aussi incroyable qu'il ne soit pas à Laval», a-t-il poursuivi.

Sur une note plus sérieuse, M. Bergeron a parlé des «négligés» qu'ont été les membres de sa famille au plus fort de sa carrière. «Lorsqu'on mène un tel train de vie, il y a toujours des négligés. Dans mon cas, ce fut ma famille. Dans le milieu sportif et aussi chez les gens d'affaires, on est souvent imprégné de par ce que l'on fait. On oublie souvent les personnes qui sont les plus importantes autour de nous. Au hockey, les entraîneurs mettent beaucoup d'heures à préparer leur équipe, que ce soit lors de séances vidéo ou n'importe quelle autre facette. Il y a peut-être deux ou trois heures qui sont perdues en bout de ligne et qui auraient permis de passer un peu plus de temps avec la famille. Je n'ai pas de regret, mais peut-être que si j'avais passé 40 heures de qualité au travail au lieu de 50, le résultat aurait été le même pour l'équipe et j'aurais été davantage avec mes proches. Moi, je suis un passionné fou. Il y a toutefois moyen d'être un passionné raisonnable. Je l'ai compris tard, mais j'ai fini par le comprendre», a-t-il raconté, disant que la crise cardiaque qui l'a terrassé 1990 lui avait, en quelque sorte, donné une leçon.

Le Tigre, durant cette conférence, a mis ses talents de conteur à profit lorsqu'il a expliqué son cheminement de carrière, de son premier poste d'entraîneur à Rosemont au niveau midget, jusqu'à son rôle d'analyste à la télévision au cours des années 90. «Ce n'est pas qui tu es qui compte, mais avec qui tu travailles», a-t-il lancé d'entrée de jeu, disant de lui qu'il ne savait pas «coacher» à ses débuts, mais qu'il savait s'entourer. «Je prenais des expressions que j'avais entendues la veille à la télé ou dans les journaux pour répondre aux journalistes», a-t-il raconté sur un ton humoristique. «Le journaliste me posait une question et je lui répondais : «Je ne peux pas te le dire», comme je l'avais vu à la télé. En fait, c'est que je ne connaissais pas la réponse.»

Ses succès au hockey mineur l'ont rapidement fait connaître sur la scène du hockey junior québécois, si bien qu'il a reçu, en 1974, un coup de fil du président des Draveurs de Trois-Rivières, Sylvain Cinq-Mars, pour lui offrir le poste d'entraîneur-chef de l'équipe, et ainsi prendre la place de Claude Dolbec derrière le banc trifluvien. «Mon bon ami Richard Morency (actuel gouverneur des Screaming Eagles du Cap-Breton et président de la Ligue de hockey junior AAA du Québec) m'a accompagné. Je l'ai fait passer pour mon agent, histoire de paraître plus «big». Richard était loin d'être mon agent. Il annonçait aux Expos», a raconté le Tigre, ce qui n'a pas manqué de faire rire les nombreux convives réunis à la salle 4213. «On m'a offert un contrat de deux ans. 18 000 $ la première année et 20 000 $ la deuxième. Ce n'était pas cher payé, n'est-ce pas, coach?», a-t-il lancé à la blague en regardant l'actuel entraîneur-chef des Tigres, Yanick Jean, qui assistait au souper-conférence. «J'ai perdu mon premier match avec les Draveurs 7 à 0, contre les Remparts de Québec, que vous (les Tigres) affronterez au deuxième tour éliminatoire cette saison», a-t-il renchéri, encore avec humour.

Bergeron qualifie ses six années avec les Draveurs d'exceptionnelles. «Quelqu'un m'a rappelé en début de soirée que j'avais échangé Raymond Bourque (aux Éperviers de Sorel) à l'époque. Cette saison-là, nous avions perdu huit matchs seulement, dont deux sur la route. Nous nous sommes inclinés en finale de la coupe Memorial. Si j'avais gardé Raymond, nous l'aurions sans doute gagnée», s'est-il rappelé en plaisantant.

Il a, par la suite, parlé de son passage avec les Nordiques, se souvenant des frères Stastny, de Dale Hunter, de la montée de la rivalité avec le Canadien, où «le monde vivait presqu'uniquement pour cela dans la province», et, sept ans plus tard, de la transaction qui l'a amené à New York en retour d'un choix de premier tour et de 100 000 $ pour diriger les Rangers.

Il s'est souvenu d'avoir été apprécié par certains, comme John Vanbiesbrouk et Guy Lafleur, et contesté par d'autres au sein du vestiaire. Congédié par Phil Esposito deux ans après son arrivée dans la Grosse Pomme, il s'est retrouvé une dernière saison avec les Nordiques avant d'amorcer une carrière d'analyste à la télévision et à la radio. «Seize ans après avoir gagné ma vie comme entraîneur, j'ai fait le saut dans le monde des médias. Pat Burns était l'entraîneur du Canadien à l'époque. Je me souviens qu'il me trouvait tellement malheureux de ne plus être derrière un banc. Je me cherchais un poste. J'ai même contacté le gérant des Tigres pour relancer ma carrière avec Alexandre Daigle. Mon ancien joueur Pierre Aubry dirigeait l'équipe. Je ne pouvais pas lui faire cela, a-t-il dit à la blague. Devant les caméras, j'ai commencé avec 13 mots de vocabulaire. Des personnes m'aidaient en me fabriquant des cartons disant qu'il ne fallait pas dire «si» et «rais» dans la même phrase. Ça n'a pas toujours été facile, mais j'ai aimé mon expérience. Aujourd'hui, me revoilà embarqué dans cette rivalité entre Montréal et Québec. Jamais je n'aurais cru que ce serait aussi intense.» Il n'a pas manqué de tourner à la blague l'un des matchs de cette série téléréalité où on l'entend lancer quelques jurons à l'officiel Ron Fournier. Il précise, toutefois, que rien n'est mis en scène dans la série.

Il a, en terminant, souhaité la meilleure des chances aux Tigres en éliminatoires. «Je l'ai dit à Patrick (Roy) récemment et j'aurais dit possiblement la même chose si j'avais parlé à Richard Martel dernièrement. Tout cela pour dire au directeur général et à l'entraîneur de l'équipe de profiter de cette expérience incroyable. On vit, dans le hockey junior, des moments qui nous marquent pour le restant de notre vie», a-t-il conclu.

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