«Car surfing» : une jeune femme évite la prison

Claude Thibodeau
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Une jeune femme de Saint-Christophe-d’Arthabaska, Caroline Gaudreau, âgée de 19 ans, évite l’emprisonnement, elle qui avait reconnu, en mai, sa culpabilité à une accusation de conduite dangereuse causant des lésions en rapport avec un événement survenu le 21 juillet 2011 sur la rue Dunn à Victoriaville et que la poursuite considère comme une variable du phénomène connu sous le nom de «car surfing».

(Photo d'archives)

«Il n’est pas nécessaire de l’incarcérer, a précisé le juge Lambert à l’endroit de la poursuite qui réclamait une peine ferme de six mois de détention. Mais il serait contraire à l’intérêt public d’accorder, comme le souhaitait la défense, une absolution conditionnelle. Je vais donc surseoir au prononcé de la peine.»

Le magistrat a plutôt prononcé une ordonnance de probation de trois ans, assortie de la réalisation de 240 heures de travaux communautaires à effectuer dans un délai de 12 mois.

Caroline Gaudreau doit se soumettre également à un suivi probatoire d’un an. La Cour lui interdit aussi de conduire tout véhicule pour une période de 15 mois. «Je vous souhaite bonne chance», lui a dit le juge en concluant l’audience.

Les faits

L’accusée, Caroline Gaudreau, avait 18 ans au moment des événements résumés par le juge Lambert en faisant connaître sa sentence.

C’est la victime, un adolescent de 17 ans, à ce moment, qui a demandé à la jeune conductrice de le tirer alors qu’il se trouvait sur une planche à roulettes.

Caroline Gaudreau a d’abord refusé. Mais elle s’est finalement laissé convaincre par la victime et deux autres amis.

«Au départ, l’accusée roulait à 20 km/h, mais la victime lui a demandé d’augmenter la vitesse, a rappelé le magistrat. À 47 km/h, le jeune homme a lâché l’aileron droit du véhicule. Il a chuté et sa tête a percuté la chaussée.»

L’adolescent a subi un violent traumatisme crânien. «Il a subi cinq interventions chirurgicales. À un moment, les médecins prévoyaient même son décès dans les 24 heures», a indiqué le juge.

L’accident a bouleversé la vie du garçon. «Il n’a plus de mémoire à court terme, n’a plus d’odorat et il se fatigue rapidement. Sa mère a raconté aussi qu’il se montrait peu patient et impulsif», a mentionné le président du Tribunal.

Témoignant aussi pour la poursuite lors des représentations sur la peine, le jeune homme a reconnu qu’il «pétait sa coche» plus souvent. Il a aussi fait savoir la peine qu’il éprouvait pour l’accusée. «Le jeune homme se sent en partie responsable de ce qui lui arrive», a continué le juge.

«Il n’est pas nécessaire de l’incarcérer, mais il serait contraire à l’intérêt public d’accorder une absolution conditionnelle» Le juge Guy Lambert

En défense, la mère de l’accusée a confié que sa fille a vécu ces événements très difficilement, vivant des crises de panique, s’isolant beaucoup et s’en faisant beaucoup pour le jeune homme. «Elle a eu la leçon de sa vie, selon la mère», a souligné le juge.

Plaidant pour sa cliente lors des représentations sur la peine, le criminaliste Me Jean-Claude Hébert avait insisté sur la responsabilité partagée dans cette affaire. «Il n’est pas nécessaire de l’incarcérer pour satisfaire les facteurs de dénonciation et de dissuasion», a-t-il fait valoir alors.

L’individualisation de la peine

En rendant sa décision, le juge Guy Lambert n’a pas caché son étonnement devant l’ampleur que prend ce phénomène appelé «car surfing».

«Il s’agit d’une activité extrêmement dangereuse. Le législateur est d’ailleurs intervenu rapidement en amendant le Code criminel. Le Tribunal, a-t-il noté, dénonce avec vigueur ce genre de délit.»

Cela dit, le magistrat a expliqué les règles de conduite entourant l’imposition d’une peine qui doit être personnalisée et tenir compte du principe de proportionnalité, la peine devant s’appuyer sur la gravité des faits et sur le degré de responsabilité.

Le Tribunal a certes évalué les facteurs aggravants, les séquelles subies par la victime.

En revanche, le juge Lambert a examiné aussi les facteurs atténuants. «L’accusée n’a aucun antécédent judiciaire. Il s’agit d’un geste isolé. Elle s’est laissé convaincre par d’autres. Elle est une femme rangée et non téméraire et elle exprime beaucoup de remords et du chagrin. L’accident a eu un impact important sur sa vie et elle a même exprimé un besoin de changer de ville», a observé le juge tout en faisant remarquer aussi que personne, dans cette affaire, n’avait consommé ni alcool, ni drogue. «Il n’y a, non plus, aucune préméditation. La jeune femme représente un actif pour la société et le risque de récidive est à peu près nul», a-t-il ajouté.

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