À un moment, le juge Richard Grenier est même intervenu, enjoignant l’avocat de la défense de ne pas entrer dans le détail des condamnations.
André Lauzon a reconnu qu’il connaissait Réal Lemieux depuis 1994, qu’il a déjà vendu des stupéfiants, essentiellement de la cocaïne, pour la victime. «J’en vendais parfois par moi-même, mais «Tom» n’aimait pas ça», a-t-il indiqué.
Quant au vol survenu au bar des Vallons, le témoin ne tenait plus le même discours. «A-t-on la preuve que Alain Émond l’a fait?», a interrogé Me Bouchard.
André Lauzon a dû reconnaître qu’il n’en avait pas. «Tom m’a dit que c’est lui (Émond). Il a même déjà pensé que c’était lui et moi qui avait commis le vol», a indiqué Lauzon qui a déjà hébergé l’accusé pendant deux mois. «Il se cachait de Tom», a-t-il dit.
André Lauzon, qui partage maintenant la vie de l’ex-conjointe de la victime, a été confronté aussi sur différentes déclarations à savoir pendant combien de temps il s’adonnait à la vente de stupéfiants.
L’avocat Bouchard s’est aussi questionné à savoir pourquoi on apprenait pour la première fois aujourd’hui (mardi) que la victime gardait toujours sur lui des sommes variant entre 30 000 $ et 50 000 $.
Alors que les discussions s’éternisaient sur le mode de vie de la victime, le juge Grenier a cru bon intervenir. «Le jury aura compris qu’il n’était pas un citoyen modèle. Il n’est pas en voie d’être béatifié à Rome. Il n’est pas sur le même plan que le frère André», a souligné le magistrat.
À la suite de ce contre-interrogatoire d’une heure, deux autres témoins civils ont défilé à la barre.
Barmaid au bar Saint-Calixte depuis trois ans au moment des faits, Manon Bernard a raconté que, le jour du drame, une jeune femme que «Tom» avait engagée le matin même, Valérie Grenier (Vicky Laflamme en réalité), a téléphoné au bar vers 14 h 45 parce qu’elle souhaitait visiter un logement à l’étage.
«Le matin, «Tom» lui avait payé une bière. Elle a quitté en disant qu’elle allait dîner avec une amie et qu’elle allait repasser pour visiter le logement dans l’après-midi», a-t-elle signalé.
Selon la barmaid, Vicky Laflamme serait arrivée environ cinq minutes après le coup de fil.
En contre-interrogatoire, Me Bouchard a relevé les antécédents judiciaires de la femme, notamment sa condamnation pour fraude et parjure en 1995.
«Je n’ai jamais vendu de stupéfiants pour «Tom» Lemieux», a-t-elle affirmé. «Êtes-vous sûre?», a poursuivi l’avocat, cherchant la contradiction.
Mais le magistrat s’est interposé. «Vous avez oublié une question», a-t-il fait savoir au procureur.
La dame a alors admis que, oui, elle a servi fréquemment d’entremetteuse pour les clients désirant des stupéfiants. «C’était des services offerts dans les bars de M. Lemieux», a observé le juge Grenier.
La deuxième journée du procès s’est achevée par le témoignage de Claude Blain, un ami de 30 ans de «Tom» Lemieux avec qui il a travaillé et reconnaissant être un petit consommateur de stupéfiants. «Je payais mes comptes et ça allait bien», a-t-il dit.
Blain a également vécu trois ou quatre mois avec Émond dans un logement voisin du bar Saint-Calixte.
Le témoin a raconté qu’il s’était rendu prendre un café au bar Saint-Calixte le matin du meurtre et que «Tom» lui avait notamment présenté la jeune fille qu’il venait d’engager (Vicky Laflamme).
Claude Blain serait demeuré au bar environ 30 minutes. Mais en après-midi, Réal Lemieux le contacte pour qu’il transporte un tiroir-caisse au bar des Vallons à Sainte-Sophie-d’Halifax. «Il était environ 14 h 15. J’étais en retard, le bar des Vallons ouvrait à 14 h. Mais «Tom» m’avait dit de ne pas partir avant qu’il ne revienne, comme s’il y avait quelque chose d’important», a-t-il indiqué.
Blain attend environ 15 minutes, puis décide d’aller faire la commission. Il sort par la porte arrière, donnant sur le stationnement. «En sortant, j’ai vu la jeune fille (Vicky Laflamme) qui fumait une cigarette et qui regardait l’escalier. En montant, elle m’a demandé si je cherchais «Tom» Lemieux tout en ajoutant qu’il n’était pas là. Elle l’avait vu partir, a-t-elle dit, avec deux autres personnes», a-t-il fait savoir.
En début de contre-interrogatoire, comme il l’avait fait avec le témoin Lauzon, Me Bouchard a questionné Claude Blain sur son dîner passé avec deux autres témoins assignés à la cause, dont Lauzon qui venait de témoigner en avant-midi.
Blain a juré qu’il n’avait pas été question de la cause dans les discussions.
Interrogé par la défense, Blain a aussi parlé du caractère, du tempérament de la victime et des disputes qui survenaient. «Mais le lendemain, ça revenait sur la coche», a-t-il observé, qualifiant aussi son ancien patron de «magouilleux». «En fait, je le trouvais «wise». Il était là où il y avait de l’argent à faire», a-t-il conclu.
Le procès reprend mercredi à 9 h 30.
Meurtre de Réal Lemieux : la défense cherche des contradictions
Réal Lemieux, assassiné d’un tir dans le dos, dans un logement au-dessus du bar Saint-Calixte à Plessisville le 31 octobre 2008.
En contre-interrogeant André Lauzon, gérant du bar des Vallons à Sainte-Sophie-d’Halifax au moment de la mort violente de «Tom» Lemieux, Me Dominic Bouchard, représentant l’accusé Alain Émond, a vraisemblablement voulu attaquer la crédibilité du témoin, s’efforçant de trouver des contradictions et évoquant son passé criminel.
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