Le grand auditorium de 450 places du Cépep était plein à craquer – des étudiants, mais aussi de gens du public… et de l’extérieur - pour entendre les trois participants à ce débat, le député libéral Claude Bachand, la présidente de Québec solidaire, Françoise David et le député péquiste de l’Assomption, Scott McKay, porte-parole de l’opposition officielle en matière de mines. L’ADQ n’avait pas délégué de représentant.
Mise à part la résolution adoptée en octobre dernier par la MRC d’Arthabaska en faveur d’un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, c’est la première fois que cette question fait l’objet d’une discussion publique dans les Bois-Francs.
Strictement encadrée par l’animatrice Renée Roy, l’activité a permis de camper les positions de chacune des formations politiques. Il a duré un peu moins de deux heures incluant une période de questions pour les élèves et le public… qui en auraient eu bien d’autres.
Tout en disant comprendre les inquiétudes de tout un chacun, le député libéral s’est voulu rassurant quant aux intentions de son gouvernement. À plusieurs reprises, il a voulu «relativiser» les propos de ses «adversaires».
Un moratoire, quel moratoire?
Il serait «prématuré», selon lui, d’adopter un moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. Décréter un moratoire à ce moment-ci serait irrespectueux à l’endroit de ceux qui ont déposé un mémoire et du BAPE dont on attend le rapport à la fin de février. Il dit aussi qu’il faut attendre les conclusions d’un rapport américain.
Il a parlé de ces trois comités formés en vue de formuler un projet de loi sur les hydrocarbures, devant favoriser un encadrement sécuritaire. À plusieurs reprises, il a parlé de «profits équitables» pour aujourd’hui et pour demain alors que des redevances seraient versées à un fonds des générations.
D’ailleurs, le député Bachand ne définit pas le mot «moratoire» comme Mme David et M. McKay. «Un moratoire, c’est un gel», a-t-il dit.
«C’est une pause pour nous permettre de réfléchir, de nous poser des questions», croit, plutôt, Françoise David. «On a appris, en juin, dans Le Devoir que 462 permis d’exploration avaient été octroyés à 27 entreprises, sans étude préalable (…) On a appris que le Québec était à vendre à des entreprises qui n’étaient pas québécoises. On a dit «Wo»! On a besoin d’un moratoire pour se demander, d’abord, si l’on veut produire du gaz naturel et si, oui, à quelles conditions.»
En point de presse après le débat, le député McKay a affirmé que le moratoire réclamé par Québec solidaire visait à plonger le Québec dans l’«immobilisme».
Selon le député péquiste et ancien chef du Parti vert du Québec, un moratoire – d’un ou d’un an et demi, a-t-il précisé - sur l’exploitation et l’exploration des gaz de schiste s’impose, le temps que le Québec modifie sa séculaire Loi des mines, son régime de redevances, élabore des conditions pour assurer la sécurité, la protection de l’environnement et de l’eau, forme des inspecteurs pour surveiller les travaux, «si tant est qu’on va de l’avant». Dans le cadre actuel, il ne serait pas rentable pour le Québec d’exploiter le gaz de schiste, a-t-il affirmé. Toutes les questions que l’on se pose aujourd’hui auraient dû l’être avant la livraison des permis d’exploitation, a précisé M. McKay. «Il n’y a pas eu de débat public, le gouvernement a agi en catimini.» Il a ajouté que le gouvernement se devait de «calmer le jeu» et que toutes les inquiétudes formulées jusqu’ici n’étaient pas le fait d’«écolos fanatiques».
Nationalisation économique
En lançant le concept de «nationalisation économique», le député libéral a surpris le député et surtout Mme David. «C’est un choc», a-t-elle dit, en souriant. M. Bachand n’a pu expliciter, le format du débat ne le lui permettant pas. Il a évoqué le modèle norvégien où l’État détient une certaine mainmise sur l’exploitation de ses ressources naturelles et exerce des opérations de contrôle.
Comme l’exploitation des gaz de schiste nécessiterait trop de conditions environnementales et de sécurité, Françoise David militerait davantage pour qu’un nouvel organisme public, Énergie Québec, développe de nouvelles sources renouvelables et non polluantes rentables pour l’ensemble des Québécois plutôt que pour des actionnaires d’entreprises. «Ça ne prendra pas deux ou trois ans, mais quinze ou vingt», a-t-elle dit, avant de réduire notre dépendance aux énergies fossiles.
La venue de Lucien Bouchard
Aucun des débatteurs n’a parlé de l’accession de l’ex-premier ministre péquiste, Lucien Bouchard, à la présidence de l’Association gazière et pétrolière du Québec, nouvelle fraîchement annoncée la veille.
Aux questions des journalistes après le débat, Scott McKay a parlé des talents de négociateur de M. Bouchard. «Espérons qu’il saura convaincre les gens de l’industrie gazière de prendre une pause.» Il a ajouté que la tâche de M. Bouchard serait difficile. «C’est quelqu’un qui a à cœur les intérêts collectifs des Québécois, qui veut voir le Québec progresser et ses richesses bénéficier à l’ensemble. Il va constater les mêmes choses que nous. Il pourra amener du bon sens et empêcher le gouvernement à continuer de foncer tête baissée.»
Quant à Françoise David, elle a réagi en disant que même le meilleur des communicateurs ne changerait rien à la «problématique».
Tant au micro du public qu’à celui des étudiants, les inquiétudes, les incertitudes voire l’indignation perlaient à travers toutes les questions.

Malheureusement je n'ai pu assisté au débat. La première question serait de savoir exactement ce qu'est le gaz de shiste. La deuxième, à quoi servira-t-il? À remplacer le mazout (huile à chauffage) l'essence pour les véhicules ou le gaz naturel. Plusieurs autres restent sans réponse comme: Combien pourra-ton en exploiter? Les redevances demandées sont-t-elles suffisantes? Et à quel prix? (Probablement la plus importante. Est-ce que ça vaut la peine au point de risquer de détruire notre environnement dèjà passablement en danger?) En supposant qu'il n'y ait pas de risques (ça va se faire correctement ou ça ne se fera pas??? dixit M. Charest, son ministre de l'environnement et même notre député libéral), ce qui est loin d'être prouvé pour l'instant, pourquoi ne serait-il pas possible de créer un genre de PPP? Un partenariat 50%-50% des revenus. Le gouvernement, c.-à-d. nous, fournissons NOTRE sol et les Cies Pétrolières (amis de nos politiciens) le capital et le risque. Ainsi le deux pourraient s'enrichir, sans compter que le gouvernement s'assure d'un certain contrôle et que nous, nous nous protègeons d'un autre produit qui, sans cela, serait sûrement surtaxé comme l'essence, l'alcool et le tabac. Et si toutefois cela ne faisait pas leurs affaires (les Cies), qu'elles aillent ailleurs. Dernières questions. Qui a nommé M. Bouchard, l'ex-premier ministre péquiste, à la présidence de l'Association Gazière et Pétrolière du Québec? Doit-on voir là un geste pour refroidir l'opposition officielle? Toute une stratégie! Chose certaine, s'il y a possibilité de faire de l'argent, de la grosse argent, soyez certains que nos politiciens auront recours à tous les moyens pour nous faire avaler la pilule. Il nous faudra être très avisés et méfiants. Comprenez moi bien, je ne dis pas que cette énergie n'est pas souhaitable. Bien au contraire. Mais assurons-nous d'abord de ne pas mettre notre avenir en péril. M.Bachand demande "quel moratoire?" Pour lui ce serait un gel en ce sens que cela signifirait l'arrêt des travaux et comités en cours. Sur ce point, je suis en accord avec lui à la condition qu'après il ne soit pas trop tard.