Cet automne, elle devrait camper dans sa grande maison un gîte touristique de trois chambres (une quatrième devant s’ajouter plus tard), offrant couette et petit-déjeuner.
«J’ai acheté ma retraite», dit celle qui, pendant plus de trente ans, a pratiqué tous les métiers dans le domaine des soins aux âgés, tant comme préposée, infirmière, directrice des soins infirmiers. En retraite progressive, elle travaille désormais deux jours par semaine comme conseillère en santé et sécurité au travail au CSSS de Drummondville.
Les cinq autres jours de la semaine, avec son compagnon, Richard Grenier, un commerçant de Québec, ses deux garçons, Alexandre et François, leurs conjointes, même ses petits-enfants, elle s’affaire à redonner à la maison son allure d’antan.
Elle aurait été construite – mais on n’en est pas tout à fait certain – vers 1867. Elzéar Ouellet en a été le premier propriétaire et occupant. Originaire de Saint-Roch-des-Aulnaies (1830), il s’était installé à Arthabaskaville au début des années 1860, participant aussi à la fondation du journal L’Union des Cantons de l’Est. Son magasin général (puis sa mercerie) s’abritait dans une partie du bâtiment (à gauche si l’on y fait face). Lui, son épouse, Claire Hudon, et sa famille habitaient dans l’autre partie de la maison. Mort à 55 ans (en 1886), Elzéar Ouellet a été inhumé au cimetière de Saint-Christophe-d’Arthabaska où l’on peut toujours repérer sa stèle.
Le 5, rue Laurier a également abrité la Banque de Montréal (au cours des décennies 1940, 1950 et 1960) et, en «grattant» murs, plafonds et planchers, Marie Robert a trouvé d’anciens bordereaux qu’elle conserve précieusement. Une boutique de forge s’y est également installée. Ces dernières années, une famille accueillait des personnes présentant une déficience intellectuelle.
Avant de l’acquérir – en novembre 2007), Mme Robert admet qu’elle n’avait pas été «attirée» d’emblée par la maison. «L’âge de la maison, l’ouvrage que sa grosseur nécessitait m’ont d’abord rebutée. Mais, c’est quand j’ai vu l’intérieur que j’ai eu mon coup de cœur. Et ça, dès l’entrée. J’ai tout de suite vu la beauté des boiseries.»
Pas une seconde, par la suite, elle n’a regretté de l’avoir acquise, même si elle admet qu’il faut avoir un brin de «masochisme» pour se lancer dans une telle aventure. «Il faut de la patience, de la persévérance et beaucoup de respect pour le patrimoine.» Et un peu de sous, la propriétaire estimant avoir investi un peu plus de 200 000 $ pour acquérir et rénover le vieux bâtiment. Il faut dire que les travaux sont l’œuvre de toute la famille de Mme Robert.
La maison ne leur a pas réservé trop de mauvaises surprises. Certes, il a fallu sacrifier le déclin pourri du revêtement extérieur exposé au nord. Et on n’a pu, comme on l’aurait souhaité, décaper le déclin de bois de l’enveloppe extérieure, dissimulé sous le ciment-amiante blanc des dernières années. «On a tenté de reproduire le vieux déclin de bois. Celui qu’on a installé est teint en usine du même gris bleu qu’à l’époque; et il est garanti 50 ans!»
Dans l’ensemble, la structure de la maison était en fort bon état, observe sa propriétaire. «Et puis, elle nous a menés de découverte en découverte.»
C’est que la longue chaîne de propriétaires du 5, rue Laurier a aussi été respectueuse de l’esprit du bâtiment. Un peu comme si l’histoire s’était écrite par couches successives sur les planchers, les murs et les plafonds de la maison. «C’était comme un jeu pour nous d’essayer de retrouver la maison originelle, capée dans une autre maison.»
Les planchers de bois franc dormaient sous d’innombrables couches de prélarts, de contre-plaqué, de jute et de goudron. «Et je me souviens de ce que j’ai ressenti quand on a enlevé les tuiles en papier mâché et qu’on a découvert des moulures victoriennes!»
Pour s’être abondamment documentée sur l’architecture et l’histoire, avoir questionné l’agente municipale Mélanie Pinard sur Elzéar Ouellet et la maison, Marie Robert dit que tous les gestes ont été guidés par la maison elle-même.
«Et j’ai retenu ce que le conférencier Jean-Pierre Chartier nous avait conseillé. Il avait dit qu’avant de rénover une vieille maison, il fallait choisir une époque. J’ai décidé qu’on reculerait jusqu’aux origines.»
La propriétaire de la maison Elzéar-Ouellet – puisque c’est ainsi qu’il faut désormais l’appeler – connaît le poids des mots. Elle ne parle pas de restauration, ce qui l’aurait obligée à retrouver les matériaux d’origine. Mais on pourra dire qu’elle a restauré l’esprit de ce bâtiment patrimonial.
Elle chérit et conserve tout ce qui peut l’être, ces arches dans les pièces, ces portes intérieures à multiples carreaux, des poignées de porte en verre, etc. Elle a refait la fenestration, optant pour les fenêtres à crémone comme cela pouvait être en 1867, choisissant des papiers peints s’apparentant à ceux de l’époque.
Guidés par une bien vieille photo, elle et toute sa famille d’«entrepreneurs» ont reproduit les poteaux de la galerie qui ceinture presque toute la maison. Ils ont également refait un plafond en planches embouvetées dans la chambre du magasin général. D’ailleurs, chacune des quatre chambres du gîte rappellera sa vocation originelle : la cuisine d’été, la chambre québécoise et la chambre victorienne, la maison étant de style québécois surtout par ses trois lucarnes, mais avec certains ornements de goût victorien.
Au cours des derniers mois, le chantier a constitué une attraction, surtout lorsque, à l’extérieur, il a fallu travailler à bord d’une nacelle, dénudant le bâtiment, repeignant la toiture de métal.
Il y a encore fort à faire dedans et dehors. Marie Robert trouve encore du plaisir à bricoler… jusqu’à ces fleurs de lys rouges qu’elle s’apprête à apposer ça et là sur le revêtement extérieur de la maison.
Décaper une maison… jusqu’à l’âme!
Un gîte touristique à la mémoire d’Elzéar Ouellet
Déjà aguerrie à ce type de travaux, Marie Robert, la propriétaire de cette maison patrimoniale sise au 5, rue Laurier à Arthabaska, commence à peine à émerger d’un énorme chantier visant à retrouver l’«âme» de ce qui fut, à l’origine, la résidence et le magasin général d’Elzéar Ouellet, un notable d’Arthabaskaville. Malgré l’ampleur de l’ouvrage qui lui fait renifler plus que sa part quotidienne de poussière, Mme Robert garde le sourire.
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Commentaires
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- Stéphane Michaud
- - 19 Juin 2010 à 11:04:16
BRAVO POUR LA RÉNOVATION...QUAND J'ÉTAIS JEUNE MON ONCLE ET MA TANTE Y HABITAIENT.J'Y AI GARDER DE MERVEILLEUX SOUVENIRS MALGRÉ LE FAIT QUE J'ÉTAIS TRES JEUNE(2 ANS) JE CROIS...
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- Lise Pouliot
- - 19 Juin 2010 à 11:04:02
Bravo! Mes Grands Parent (Wilfrid Pouliot) ont fait l'acquisition de cette maison le 1er juin 1944. Ensuite mon père (Benoit Pouliot) a fait l'acquisition en 1973 et vendu en 1977. 33 ans de beaux souvenirs.
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- Léonard Ouellet
- - 19 Juin 2010 à 11:03:59
J'aimerais avoir des renseignements sur l'ancêtre Elzéar Ouellet, s.v.p. Merci Je suis de Québec.
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- DENISE HOULE
- - 19 Juin 2010 à 11:03:47
TRES TRES BEAU TRAVAIL. CA ME FAIT PLAISIR DE VOIR CELA.QUAND J ETAIS JEUNE J ALLAIS LA CHEZ LES DEMOISELLES DENAULT AVEC MA MERE.
