La Chine au secours de l’euro?

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Une chronique de Martin Michaud

Presqu’en catastrophe, la chancelière allemande Angela Merkel a rendu visite aux deux dirigeants chinois les plus influents en ce moment. Son message était assez simple : l’Allemagne veut faire plus de commerce avec vous et vous invite à participer financièrement au fonds de secours et de stabilité européen pour la zone euro.

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La chancelière ajoute également : «nous avons grandement besoin, puisque l’Allemagne ne peut plus en supporter davantage».

Support allemand au fonds de stabilité financière de la zone euro

La contribution du peuple allemand avoisine 30% du total amassé par le fonds de stabilité financière européen. Dans un premier temps, l’objectif du fonds est de sauver les pays en difficulté, comme la Grèce, et le but ultime demeure le sauvetage de l’euro en matière de monnaie de réserve mondiale.

La contribution des Allemands dans le fonds semble primordiale, puisque l’Allemagne s’en tire plutôt bien économiquement malgré la tourmente qui affecte la zone euro depuis plusieurs années. De plus, ses exportations restent en bonne position, son chômage aussi bas que 6,8% donne une stabilité à ses finances publiques qui demeurent en bonne posture.

Imaginez-vous que les créanciers qui financent les pays de la zone euro qui éprouvent des difficultés financières se tournent automatiquement vers le pays le plus fort financièrement, car ils veulent garantir leurs prêts déjà en jeu. Mais le danger d’une telle stratégie se rapporte plutôt à l’Allemagne qui supporte près du tiers de la contribution. Vouloir lui faire garantir encore plus les mauvais crédits des autres pays pourrait fragiliser ses finances et déstabiliser son pays. Les Allemands cherchent de l’aide. Pas n’importe quelle aide, ça prend une organisation ou un pays avec des réserves monétaires abondantes.

La Chine : un candidat idéal

Si l’on examine la liste des prétendants possibles avec la capacité d’apporter plus qu’une aide financière symbolique, son énumération est courte. Les magnats du pétrole restent à l’écart, pour l’instant. Les États-Unis sont eux-mêmes aux prises avec un problème semblable. Il reste les Chinois et le FMI. Incapable de se financer jusqu’à maintenant pour aider convenablement la zone euro à passer à travers les prochains mois de la crise, le FMI essuie les refus de plusieurs grandes économies mondiales de contribuer à renforcir sa capacité d’intervention.

Pour sa part, la Chine ramasse depuis dix ans un pactole sous forme de réserves de change rendu à plus de trois trillions de dollars, selon les données de 2011. Envisager d’investir dans la zone euro les intéresse pour plusieurs raisons :

1-C’est un excellent moyen de diversifier leurs réserves de change composées à 50% de dollars américains.

2- Les bonnes occasions de placement mondiales risquent de manquer à long terme.

3- Il aide un gros partenaire commercial pour continuer à faire des affaires et conserver ses marchés d’exportation.

Préparer la convertibilité du yuan

La motivation majeure pour l’implication de la Chine dans le sauvetage de l’euro est de s’appuyer sur une autre monnaie crédible, forte, influente pour éventuellement rendre le yuan convertible au reste de la planète. Le président de la Banque centrale chinoise annonçait à l’automne 2011 que le yuan sera complètement accessible pour les investisseurs étrangers en 2016. L’appui à la zone euro permettra à la Chine d’avoir un solide partenaire de son côté pour éventuellement concurrencer le dollar américain. Stratégiquement, les Chinois pensent également que cette manière de fonctionner limitera les pressions pour une réévaluation trop rapide du yuan que les Américains et les Européens voudraient bien. Se placer du côté des Européens élimine une source de pression.

Conclusion

Depuis vingt ans, les stratégies économiques et financières chinoises sont inégalées, avec les résultats que l’on connaît. S’il fallait que l’euro sombre d’ici quelques années, cela obligerait certainement les Chinois à retarder le lancement de la convertibilité de leur monnaie. Étant donné que ce scénario pourrait entraîner une ruée incroyable vers les nouvelles obligations étatiques chinoises qui seront émises et ferait en sorte que le yuan subirait une forte hausse immédiatement. Exactement ce que les Chinois veulent éviter à tout prix à cause des effets néfastes sur leurs exportations.

Ce scénario n’est surtout pas une fiction, puisque les investisseurs seraient en quête de diversification d’autres valeurs que le dollar américain.

Organisations: FMI, Banque

Lieux géographiques: Chine, Allemagne, États-Unis

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