«Un projet de fou!» C’est de cette façon que le principal organisateur, Bruno Fréchette, qualifie l’aventure dans laquelle il s’est lancée depuis six mois.
«Sérieusement, il faut foncer sans trop savoir dans quoi on s’embarque», admet-il.
Tout a commencé lorsqu’il s’est offert un voyage à Cuba, avec des copains, pour fêter le 20e anniversaire de sa compagnie. Désirant un hôtel pas trop dispendieux, mais à la fois confortable, il fixe son choix sur l’hôtel de Santa Lucia, un endroit parmi des centaines d’hébergements offerts dans cette destination voyage par excellence.
Comme le hasard fait bien les choses, c’est dans cet établissement hôtelier que le groupe Marakason offre des prestations à longueur d'année. Avec un horaire basé sur onze journées de travail consécutives, suivis de trois jours de congé, le quatuor accompagne musicalement les vacanciers sur l’heure du dîner, du souper et les fait danser en soirée.
«Dès que je les ai entendus, je suis tombé en amour avec leur musique. J’ai été marqué par leur talent et leur façon d’interpréter les chansons du répertoire traditionnel cubain. Ainsi, on les a rencontrés, on a joué de la musique sur la plage avec eux. Bref, on a développé une belle amitié», explique le Victoriavillois.
De retour au Québec et toujours charmé par le groupe, M. Fréchette a raconté à tous ses amis ce qu’il avait vécu et surtout entendu.
«Je trouvais cela inconcevable que les gens du monde entier ne puissent pas avoir la chance d’entendre cette musique extraordinaire. C’est de là que l’idée m’est venue de les amener au Québec», explique l’organisateur.
Cependant, penser et réaliser sont deux choses complètement différentes, et le Victoriavillois l’a rapidement réalisées.
«Je n’avais aucune expérience dans le monde du spectacle ou dans la gérance d’artistes. Je suis tout simplement un gars ordinaire qui veut faire quelque chose d’extraordinaire», admet-il.
Après qu’il soit retourné deux fois les revoir, en 2006 et 2007, il a décidé de se plonger dans cette «belle folie».
Le fait que la mentalité soit complètement différente entre les Cubains et les Canadiens a obligé M. Fréchette à investir le double d’efforts dans la démarche, déjà à la base, assez complexe.
Au Canada, pour conclure une entente, les deux parties font un contrat, le signe et le tour est joué. Par contre, à Cuba, c’est une tout autre histoire, explique-t-il.
«Tu investis beaucoup de temps pour remplir sans erreur plusieurs formulaires. Cependant, à chaque fois, il te rappelle pour te dire qu’il manque des choses et tout est à recommencer. Honnêtement, j’ai failli tout abandonner à deux reprises, car je pensais qu’il riait de moi», confie l’organisateur.
Cette réalité illustre l’une des embûches que le Victoriavillois a rencontrées dans son aventure. Par contre, il a toujours gardé en tête son rêve, ce qui lui a donné de l’espoir dans les moments les plus sombres.
«Il faut y croire, être persévérant et surtout, mettre beaucoup de temps. On a organisé le voyage comme si cela n’allait pas marcher, car on ne sait jamais à quoi s’attendre. C’est une démarche très frustrante», admet-il.
La preuve, les quatre musiciens ont reçu leur visa à seulement une semaine du 31 juillet, date du grand départ vers le Québec, où ils repartiront le 18 août.
À travers toutes les péripéties et les moments inoubliables, M. Fréchette est surtout fier d’avoir réussi à respecter l’objectif principal, soit que les Cubains retournent dans leur pays avec la fierté d’avoir eux-mêmes payé leur voyage, soutient-il.
«Avant tout, ce n’est pas un projet de charité. Tout l’argent qui est amassé lors des quatre spectacles sert à payer les billets d’avion, la nourriture et toutes les autres dépenses. C’est un moyen de récompenser leur talent», explique-t-il.
C’est pour cette raison que l’organisateur a pris le temps d’établir un budget afin de s’assurer que les musiciens saisissent bien la réalité.
«Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours. Ils ont appris à vivre ici en s’autosuffisant et en agissant comme des professionnels», conclut le Victoriavillois.
Selon M. Fréchette, même si les membres de Marakason sont de passage au Québec en plein cœur de la saison estivale, ils ont trouvé que le temps était très froid et certains ont même mis un foulard autour de leur cou pour protéger leur voix. De plus, l’organisateur admet que c’était spécial de les voir s’étonner sur des choses qui semblent, pour les Québécois, bien normal. «J’ai redécouvert mon propre pays à travers les yeux d’autres personnes. Par exemple, il trouve la ville très propre et les gens disciplinés au volant, en respectant la signalisation. Également, ils étaient bouche bée lorsqu’ils n’ont pas entendu de bruit après 23 h, puisque les Cubains fêtent souvent jusqu’aux petites heures du matin», explique-t-il. En ce qui concerne le côté musical, les musiciens de Marakason jouent ensemble depuis 10 ans. N’interprétant que des chansons dans le répertoire traditionnel cubain, le groupe estime à environ soixante, les chansons qu’il peut jouer. «Les chansons parlent de la réalité quotidienne de Cuba avec des thèmes comme le travail et la fête. Pour le contenu, j’oserais le comparer à Beau Dommage, puisque leur musique est empreinte d’histoires et d’anecdotes», raconte Bruno Fréchette. Le groupe profitera de son passage au Québec pour enregistrer les pistes sonores de leurs chansons pour un éventuel album. Le groupe était de passage à Victoriaville, dimanche dernier, alors que la salle de spectacle du Pavillon Arthabaska était pleine. Ne parlant évidemment pas le français, l’une des membres du groupe, Yaumara Lopez, a tenu à ce que Bruno, qui a agi comme traducteur tout au long de l’entrevue ajoute ceci: «Pour nous, c’était un rêve de venir au Canada et aujourd’hui, nous le réalisons grâce à Bruno», conclut-elle.
