Oui, tel qu’ils le décrivent dans la brochure relatant la programmation du festival, le «gourou de la musique actuelle» est indéniablement l’homme des extrêmes. Si l’on se fie aux propos rapportés par notre collègue Manon Toupin, «The Dreamers» était une berceuse mélodieuse pour nouveau-né à côté de cette tempête de sons et de rugissements aussi ahurissants qu’impressionnants. D’ailleurs, bien que tous les inconditionnels soient restés cloués sur place, ébahis par tant d’intensité, certains spectateurs aux conduits auditifs plus sensibles ont préféré se retirer après seulement quelques pièces.
Quoi qu’on en dise, qu’on aime ou non, cette cérémonie musicale un brin funèbre aux accents primaires, tirée probablement de l’obsession de Zorn pour les rites kabbalistiques et l’occultisme, dérange.
Il est toujours plus facile, pour donner une image aux lecteurs, d’utiliser certaines analogies. Si je vous disais d’imaginer un croisement entre un Rob Zombie aphasique et un Georges de la Jungle sur l’acide, ce serait trop pour vous, non? Disons que ça décoiffe.
Il est certain que l’influence hardcore apportée par son compère Mike Patton, le leader du groupe Fantômas, n’est pas étrangère à l’atmosphère obscure et déconstruite proposée par ces vignettes musicales qui, peut-on lire sur certains sites web dédiés au compositeur, seraient inspirées directement d’un poème d’Antonin Artaud (un écrivain français ayant passé neuf ans de sa vie dans différents instituts psychiatriques). À moins que ce ne soit la fascination de Zorn pour un certain Aleister Crowley qui donne à l’ensemble un son à ramener les morts d’outre-tombe ?
N’empêche, pendant que Patton geint et s’époumone comme un pauvre diable dans l’eau bénite, les spectateurs semblent s’attacher au personnage qui lui, joue à être fasciné par l’empilement de décibels qui jaillissent de la batterie de Joey Baron et par le martèlement répétitif de son collègue de Fantômas, le bassiste Trevor Dunn.
«Moonchild», qui s’apparente plus à une expérience «très écrite» (comme le dit si bien le responsable des communications du FIMAV Steeve Gagné) qu’à un laboratoire sonore, s’est présentée en trio sur la scène du Colisée, mais l’oeuvre est également disponible sur disque depuis mai 2006.
À consommer sans modération pour tous ceux qui détestent les préliminaires. Pour les autres, il est possible qu’ils connaissent le même sort qu’Antonin Artaud. L’avertissement est lancé.
L’événement bat son plein depuis jeudi et celui-ci connaît jusqu’ici un achalandage fort prometteur.
D’ailleurs, la foule extraordinaire qui patientait dans le stationnement du Colisée Desjardins vendredi soir témoignait bien du côté cosmopolite du rassemblement. Ici les accents anglophones américains se mêlaient à l’accent francophone québécois et européen.
«En 2004, nous avons effectué un sondage qui révélait qu’au moins 15% du public assistant au spectacle provenait de l’extérieur», l’extérieur comprenant la province, le pays et le monde entier, en fait, comme le confirme le directeur du marketing et des relations publiques du FIMAV Steeve Gagné. «La plupart proviennent des États-Unis (la Côte Ouest) et du Canada anglais, mais aussi du Japon et de l’Europe.»
Au moment du dernier sondage, celui-ci révélait également que l’événement avait des retombées économiques s’élevant à 1,5 millions de dollars pour la région. Les organisateurs du festival en sont cependant à recueillir de nouvelles données qui devraient être disponibles dès septembre prochain.
Au menu de la journée vendredi, les fidèles du FIMAV ont notamment eu l’occasion d’apprécier le talent du guitariste et compositeur Fred Frith et de son nouveau groupe «Cosa Brava», au Cinéma Laurier. Un concert, donné juste avant celui de Mr. Zorn, qui fut très couru et grandement apprécié, selon les organisateurs.
En après-midi, les festivaliers ont pu aussi se familiariser avec la musique actuelle aux côtés des Tim Brady et Martin Messier. Sous l'entité BradyWorks, ils ont présenté leur projet intitulé «Switch», durant lequel la guitare, le piano et le saxophone flirtaient avec les traitements numériques poussés par l’échantillonneur. Le concert a également été une occasion pour le jeune vidéaste Martin Messier de présenter en première partie, pour la première fois, un montage vidéo éponyme.