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Il y a ces voiles «visibles», d’autres, «invisibles»

Françoise David

Françoise David

Hélène Ruel
Publié le 9 Mars 2010
Publié le 16 Juin 2010
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Aux yeux de la féministe Françoise David, il y a les voiles «visibles» qui suscitent perplexité et discussions. Mais il y en a tellement d’autres, «invisibles», pour lesquels il faudrait questionner ouvertement les politiques.

Sujets :
Québec solidaire , Hydro-Québec , Parti québécois , La Marche , Québec , Victoriaville

Françoise David était de passage à Victoriaville le soir du 8 mars, invitée par le comité organisateur de la Journée internationale des femmes.

Instigatrice de la première marche «Du pain et des roses», militante féministe de longue date, aujourd’hui l’une des porte-parole du parti Québec solidaire, Mme David a incité son auditoire à participer à la prochaine Marche mondiale des femmes (qui culmine le 17 octobre) et surtout à maintenir la mobilisation au-delà de l’événement. Comme il n’y a pas de référendum en vue, pas d’élection non plus, du moins au Québec, a-t-elle précisé, pas certain que les revendications portées par la Marche trouvent un écho immédiat.

Il y a encore des gains à obtenir pour améliorer la condition des Québécoises, a-t-elle dit.

Ces voiles «invisibles» qu’elle a évoqués nimbent certaines réalités.

Jamais, a-t-elle poursuivi, les femmes n’ont été si nombreuses sur le marché du travail. Pourtant, les différences salariales persistent. Elles ne gagnent toujours que 68,6% du salaire de leurs collègues masculins. L’équité salariale a constitué un gain pour les syndiquées, les employées des grandes entreprises, a-t-elle précisé. «Mais pas pour les femmes qui travaillent dans les services privés, dans les petites entreprises.» «La difficile conciliation travail-famille ou famille-travail, comme vous le voulez, constitue souvent le lot de la femme. Elle est un peu la contremaître de la maison.» «Il y a toutes sortes de voiles invisibles», a-t-elle poursuivi, évoquant les nombreux meurtres de femmes.

Elle a ajouté que s’il y avait beaucoup de femmes dans les universités, elles n’étaient pas présentes dans toutes les facultés. «Et persistent des problèmes de différences salariales. Une intervenante sociale dans un centre de femmes est loin d’avoir le même salaire qu’un ingénieur d’Hydro-Québec.»

Craignant que le prochain budget du gouvernement du Québec ne comporte des coupes dans les services, des hausses de taxes et de tarifs, Françoise David dit que, chaque fois qu’il y a resserrement, ce sont les femmes qui écopent. Elle a donné l’exemple du «virage ambulatoire» du gouvernement du Parti québécois. «Ce sont les femmes à la maison, celles mal payées dans le réseau communautaire et les infirmières surchargées dans le réseau public qui, victimes un peu consentantes, en ont subi les conséquences.»

Le maintien des services publics, universels et gratuits, constitue un enjeu essentiel, parce qu’il est un grand facteur de distribution des richesses, a ajouté Françoise David, adhérant à l’une des revendications de la prochaine Marche mondiale.

Les voiles visibles

Sur la question des voiles «visibles», l’ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec, a souhaité qu’on en arrive à accorder «majorité et minorité».

Il est vrai, a-t-elle dit, que le port du voile, «heurte» particulièrement les femmes de sa génération, les 50 ans et plus. «On a été élevées à l’eau bénite. On craint les reculs à juste titre.» Françoise David s’est rappelé sa mère, pieuse, «mais surtout pas soumise». Et au fil de ses rencontres, elle a fini par constater que des femmes peuvent tout à la fois porter le voile et être féministes.

Elle s’élève contre l’oppression, sous toutes ses formes, qu’il s’agisse des religions qui dictent aux femmes le port d’un uniforme ou qu’il s’agisse de marchands qui les déshabillent dans les publicités. «Mais il y a des femmes qui portent le voile et qui veulent étudier et travailler. Comment respecter les droits de ces personnes minoritaires qui ne veulent pas avoir à choisir entre leur religion et leur emploi?»

Excluant la burqa et le niqab, Françoise David estime que les débats et les réflexions sur le port du voile devraient s’inspirer du style de discussions des pratiques féministes. «Le mouvement féministe n’est pas parfait, a-t-elle dit. Différent du mouvement syndical où les discussions sont plus confrontationnelles, c’est celui qui m’a appris à débattre, à être vraiment à l’écoute, à diversifier les stratégies, à respecter les choix et les cheminements des femmes, à trouver des chemins communs.»

Féministe depuis 1982 – à l’âge de 34 ans – Françoise David a dit que le mouvement des femmes avait ceci de particulier qu’il pouvait tout à la fois marcher dans la rue et exercer son lobby auprès des politiciens. On ne peut, selon elle, être féministe à outrance.

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