Le Tribunal lui interdit aussi de conduire pour une durée de cinq ans. «Mon rôle n’est pas de venger les victimes. On ne peut les ramener, a souligné le juge Grenier. Mais je signale la plaie que représente la conduite à haute vitesse. La sentence doit ainsi refléter un caractère d’exemplarité.»
Le magistrat a visiblement manifesté une certaine sympathie envers le jeune homme de 24 ans. «Je ne veux pas vous écraser, a-t-il dit. La peine, je ne l’impose pas par plaisir, mais bien par devoir.»
Le juge Grenier a dit croire qu’une aide psychologique l’aiderait à repartir du bon pied et à réintégrer un travail. «Ce ne sera pas scandaleux si on vous accorde une libération conditionnelle. Je suis convaincu que vous pouvez vous reprendre en main», a-t-il noté.
Le juge a aussi mentionné avoir pris une décision au meilleur de sa connaissance, en tenant compte des facteurs favorables et défavorables.
La Cour a ainsi considéré, dans les facteurs atténuants, le fait que le jeune homme n’avait aucun antécédent judiciaire, qu’il a travaillé de façon constante jusqu’à la tragédie, qu’il a reconnu sa culpabilité et qu’il éprouve des remords, en plus d’avoir respecté toutes les conditions de sa remise en liberté.
En revanche, le Tribunal a retenu, comme facteurs aggravants, la gravité du crime, la perte d’un proche pour les familles, la vitesse à laquelle il conduisait (plus de trois fois la limite permise), la consommation d’alcool et le fait que Sébastien Couture ne détenait pas de permis ni d’assurance responsabilité.
Le ministère public, qui réclamait une peine de trois ans d’emprisonnement, applaudit la décision rendue par le juge Grenier.
«La Couronne est très satisfaite de la décision qui envoie un message clair à tous les Sébastien Couture du Québec. Elle dénonce tous ceux qui conduisent à une vitesse folle et avec de l’alcool dans le sang», a commenté Me Hugo Breton, procureur de la poursuite.
Me Breton se réjouit du fait que le juge ait considéré l’alcool. «C’est un facteur qui a joué autant que la vitesse, même si on ne pouvait peut-être pas supporter une accusation de conduite avec les capacités affaiblies causant la mort», a-t-il signalé, ajoutant que les temps ont bien changé.
«À l’époque, a-t-il rappelé, certaines personnes conduisaient avec une bière entre les jambes. Maintenant, ce n’est plus accepté, ce n’est plus acceptable. Les tribunaux rendent des sentences de plus en plus sévères.»
Le procureur aux poursuites criminelles et pénales a fait savoir qu’il n’aimait pas traiter ce genre de dossiers. «Mais j’espère que ces trois jeunes ne seront pas morts pour rien», a-t-il conclu.
Commentant la sentence du juge Grenier, l’avocat de Couture, Me Jean-Claude Lagacé, a rejeté toute possibilité d’appel, faisant valoir le bien-fondé en droit de la décision, même s’il avoue une certaine déception. «La sentence cadre bien avec la jurisprudence assez récente pour ce genre de crimes de la route. Les tribunaux misent de plus en plus sur l’exemplarité», a-t-il dit.
Le nombre élevé d’accidents tragiques impliquant des jeunes a pu influencer le juge, a fait valoir Me Lagacé. «Mais il ne s’agit pas d’une lourde peine, a-t-il noté. Elle pourra permettre à mon client d’obtenir une aide, de consulter des gens parce qu’il est passablement amoché.»
Sébastien Couture pourrait quitter le pénitencier fédéral assez rapidement, après avoir purgé le sixième de sa peine. «Il a besoin d’aide, mais je suis convaincu qu’il deviendra quelqu’un de très positif. À partir d’aujourd’hui, il ira de l’avant et passera au travers», a soutenu Me Lagacé.
