Le sort du logement locatif dépend de celui du logement social

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Le FRAPRU trace son bilan du 1er juillet 2012

Comme les investisseurs privés se désintéressent du logement locatif, la possibilité pour les locataires d'arriver à se loger dépend de plus en plus des investissements gouvernementaux dans le domaine du logement social. C'est le constat que le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) fait dans son bilan de la longue fin de semaine des déménagements au Québec.

(photo d'archives)

François Saillant, coordonnateur du FRAPRU, souligne la diminution constante de la construction de logements locatifs privés. «À peine 7 161 logements locatifs privés ont été mis en chantier au Québec en 2011. C'est 32% de moins qu'en 2007. Dans la région métropolitaine de Montréal, la diminution a été de 58% et sur l'île même de 78%. Dans les régions de Québec et de Gatineau, la baisse a respectivement été de 50% et 56%. Or, la situation s'annonce encore pire en 2012. Sur l'île de Montréal, par exemple, à peine 160 logements locatifs privés ont été mis en chantier au cours des cinq premiers mois de l'année. C'est 49% de moins qu'à pareille date l'an dernier.»

Le FRAPRU précise aussi que, malgré la sévère pénurie de logements locatifs qui frappe l'Abitibi et la Côte-Nord, en 2011, pas un seul appartement n'a été mis en chantier à Amos, 4 à Rouyn-Noranda et 12 à Sept-Îles. Au cours du premier trimestre de 2012, le chiffre a été de 0 partout.

Selon le FRAPRU, dans les régions métropolitaines de Montréal, Québec et Gatineau, les promoteurs privés demeurent davantage intéressés par le marché des copropriétés divises, puisque le profit y est immédiat et encore très juteux. De janvier à mai 2012, il y a eu 14 fois plus de mises en chantier d'unités de copropriétés que de logements locatifs sur l'île de Montréal, de même qu'à Longueuil. L'an dernier, la construction d'unités de condominiums a aussi dépassé celle d'appartements à louer à Québec (2,5 fois plus) et à Gatineau (2 fois plus). À Québec, la construction d'unités de condominiums a été 3,2 fois supérieure à celle de logements locatifs, au cours du premier trimestre de 2012.

Le FRAPRU estime que la construction de logements locatifs ne remontera pas nécessairement, lorsque celle de copropriétés chutera, comme le prévoient plusieurs observateurs. François Saillant considère que «l'abandon du logement locatif privé est une tendance lourde». À son avis, elle s'explique très largement par l'accès à la propriété de la majorité des locataires qui, par le passé, avaient davantage les moyens financiers de payer le type de loyer nécessaire pour assurer la rentabilité d'appartements neufs. «C'est bien beau de construire des appartements à 1 000 $ ou 1 200 $ par mois à Montréal, Québec ou Gatineau, mais encore faut-il qu'il y ait des locataires capables de les louer.»

À son avis, le sort des locataires dépend maintenant des investissements gouvernementaux dans le logement social. Données à l'appui, il affirme que c'est grâce à la mise en chantier de logements coopératifs subventionnés par les gouvernements si la situation du logement locatif n'est pas encore plus difficile, surtout à Montréal. «Près de 1 900 logements coopératifs ont été mis en chantier sur l'île de Montréal entre 2007 et 2011. C'est 30% de l'ensemble des mises en chantier d'appartements à louer. En 2011, ce pourcentage a été de 52%, la construction de 493 logements coopératifs ayant démarré contre celle d'à peine 454 appartements privés. Si on exclut les résidences pour personnes âgées, on peut affirmer qu'à Montréal, la construction de logements locatifs, en particulier pour les familles, repose essentiellement sur les coopératives.»

Plus d'aide de la part des gouvernements

À la lumière de ces chiffres, le FRAPRU réclame que les gouvernements accroissent leurs investissements en logement social, avant que la pénurie de logements locatifs s'aggrave davantage. Au printemps 2011, le pourcentage de logements inoccupés, qui devrait être de 3% pour être considéré comme normal, était de 0,7% dans les régions métropolitaines de Québec et de Saguenay, de 2,1% dans celle de Gatineau et de 2,2% dans celle de Montréal. Il était à peine supérieur à 0% à Amos (0,1%), Val-d'Or (0,2%), Rouyn-Noranda, Sept-Îles et Salaberry-de-Valleyfield (0,3%).

C'est ce qui explique que, pour une douzième année consécutive, des ménages aient fait appel à des organismes publics ou communautaires parce qu'ils n'arrivaient pas à se trouver un logement. Autour de 215 ménages ont réclamé de l'aide pour arriver à se trouver un logement pour le 1er juillet, dont 47 à Québec, 45 à Sherbrooke, 42 à Rouyn-Noranda et à Gatineau, ainsi que 28 à Montréal. Quelques ménages ont aussi fait de même à Val-d'Or (5), Saguenay (3), Rimouski (3) et La Prairie (1). Plus de 80 personnes ou de familles demeureraient sans logis au lendemain du 1er juillet, la grande majorité à Gatineau (41), Rouyn-Noranda (32), Montréal (5) et Val-d'Or (5). Même si bien peu de municipalités acceptent d'héberger des ménages sans-logis, c'était le cas de 23 d'entre eux à Gatineau, de 2 à Rouyn-Noranda et de 1 à Montréal.

Marie-José Corriveau, organisatrice au FRAPRU, considère que le gouvernement québécois devrait aider les ménages qui se retrouvent sans logement, de la même façon qu'il le faisait au début des années 2000, alors que davantage de locataires se retrouvaient dans cette situation. «Même si leur nombre est inférieur, les sans-logis de 2012 méritent le même niveau d'aide que ceux et celles de 2001, 2002 ou 2003. Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de payer pour leur hébergement ou pour l'entreposage de leurs meubles, comme il le faisait à ce moment? Pourquoi refuse-t-il l'accès à une aide financière d'urgence à la très majorité de ces personnes et de ces familles, alors qu'elles y avaient auparavant accès sans restriction?»

Organisations: FRAPRU

Lieux géographiques: île de Montréal, Québec, Gatineau Rouyn-Noranda Amos Sept-Îles Abitibi Côte-Nord Longueuil Val-d'Or Saguenay Salaberry-de-Valleyfield Sherbrooke Rimouski

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