Sanctions et suspensions : Victo a mis ses «culottes»

Hélène
Hélène Ruel
Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

On sourcille chaque fois qu’au conseil municipal de Victoriaville, les élus approuvent la suspension, la terminaison d’emploi, voire la destitution d’un cadre. Et, chaque fois, parce que la Ville garde le silence, l’affaire baigne dans une aura de suspicion. Y’aurait-il plus de «délinquance» qu’auparavant dans les rangs des employés de la Ville? Ou, au contraire, le phénomène serait-il attribuable à un resserrement de la part de la Ville?

Martin Lessard et Jean Mercier

Ces questions trouvent partiellement des réponses lorsqu’on les adresse à Martin Lessard, directeur général de la Ville de Victoriaville et Jean Mercier, directeur des ressources humaines depuis l’intégration des trois villes en janvier 1994.

Non, on ne saura pas qui a fait quoi, même si la Ville est une institution publique. «C’est vraiment une question de dignité, dit M. Lessard. Oui, on pose des gestes au vu et au su du public. Mais, comme dans le secteur privé confronté aux mêmes situations, pourquoi serait-on dispensé à la Ville de protéger la dignité des personnes?» Ces employés trouvés fautifs ont une famille et une carrière professionnelle à continuer, dit encore M. Lessard.

Des motifs variés

Il consulte la liste des motifs pour lesquels, ces deux dernières années, la Ville a dû prendre des mesures disciplinaires et il énumère : geste dangereux, vol, insubordination, harcèlement, propos diffamatoires à l’endroit du conseil municipal, alcool, absences injustifiées, négligence, retards répétitifs.

«La plupart de ces gestes ont été corrigés et n’ont pas nécessairement mené à une terminaison d’emploi», précise-t-il, ajoutant que plusieurs de ces comportements inadéquats sont le fait d’un seul individu.

Aux yeux de M. Mercier, il n’y a pas plus de «délinquance» qu’auparavant dans les rangs des fonctionnaires municipaux. «Comme dans la population en général (5%, estime-t-il), il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Ce sont les problèmes de fond qui ont changé.»

La Ville «met ses culottes»

M. Lessard se refuse à dire que la Ville «serre davantage la vis» qu’autrefois, mais M. Mercier admet que la direction doit «mettre ses culottes».

Il explique que la direction doit «bouger» lorsque les cadres lui soumettent le cas de fonctionnaires à qui l’on a servi, en vain, des avis d’indiscipline. «Pour que nos cadres nous suivent, nous fassent confiance, il faut agir. Et quand on prend des mesures, il arrive que des employés viennent nous voir en nous disant «qu’il était temps que l’on agisse».»

«Nous ne sommes pas plus sévères, renchérit le directeur général. Mais comme employeur, nous avons cette responsabilité de rendre le climat de travail intéressant.»

Une série de procédures

Avant de «bouger», comme dit M. Mercier, il y a toute une procédure à suivre, des lois, des codes, des chartes, des dispositions de convention, des règlements à respecter. «La décision n’est jamais prise par une seule personne», souligne Martin Lessard.

Il explique que, selon la gravité du geste posé, un employé recevra d’abord un premier avis verbal, puis un second. Il y aura gradation dans les coups de semonce, si l’employé refuse de modifier son comportement, allant jusqu’au congédiement (dans le cas d’un syndiqué) ou à la destitution (dans le cas d’un cadre). Si le coordonnateur ou le directeur du service n’est pas parvenu à faire changer le comportement ou l’attitude de l’employé, il s’adressera au directeur des ressources humaines.

Il sera alors question de suspension d’une ou de plusieurs journées, généralement sans solde. «Ce n’est jamais une décision prise à la légère, elle sera discutée et soutenue par des avis juridiques», précise encore Martin Lessard.

Les suspensions et congédiements doivent faire l’objet d’une résolution du conseil municipal, tous ces dossiers étant nécessairement passés entre les mains du directeur général, le «pivot» entre l’appareil administratif et l’appareil politique.

Une minorité

Martin Lessard insiste pour dire que les comportements inadéquats sont le fait d’une minorité d’employés municipaux. Sept ou huit cas de suspension par année, c’est peu dans une organisation ayant grandi au fil du développement de Victoriaville, s’appuyant sur 174 employés réguliers (125 en 2000).

«On met toujours le contribuable en tête de nos priorités», assure Martin Lessard, faisant allusion aux coûts engendrés par la des ententes de terminaison d’emploi. «Il est parfois plus avantageux d’opter pour cette solution que pour un congédiement qui pourrait nous mener vers de longues et coûteuses procédures devant des tribunaux.» Les congédiements sont rarement contestés par les employés.

C’est un peu à un acte de foi… et de confiance que sollicite Martin Lessard dans ce délicat dossier des sanctions disciplinaires.

«Ce que le citoyen peut observer, c’est que la Ville de Victoriaville dispose d’une équipe fière, chevronnée, compétente, dévouée, offrant des services de qualité. Comparativement à des villes de la même taille, notre appareil administratif n’est pas gonflé à bloc, 300 personnes au total, comparativement à entre 400 et 450 ailleurs.»

Selon un sondage d’opinion auquel 81 employés ont répondu en décembre dernier, 96,3% seraient fiers de travailler à la Ville, 88,9% considéreraient que leur emploi est stimulant, 81,4% estimeraient excellentes leurs conditions salariales, 93,8% recommanderaient à un ami de travailler à la Ville.

M. Lessard veut aussi s’attarder aux aspects liés à la gestion des ressources humaines, laquelle a changé au fil des ans, avec l’évolution effrénée des technologies et des moyens de communication, le «choc» de plusieurs générations d’employés.

Là-dessus, il souligne que les attentes, la conception du travail sont bien différentes chez un baby-boomer, un travailleur de la génération X ou de la génération Y. L’autorité, par exemple, n’a plus la même importance chez certains jeunes employés. «On remarque parfois un peu de je-m’en-foutisme», constate Jean Mercier.

«Ce sont autant de défis pour la gouvernance, laquelle doit pouvoir compter sur l’engagement et la mobilisation de son personnel», dit Martin Lessard. Il dit que la Ville est un employeur de choix et que la population est en droit de s’attendre à ce que ses fonctionnaires soient «sérieux, intègres et fiables», ce qu’ils sont de façon générale, conclut-il.

Organisations: Ville de Victoriaville

Lieux géographiques: Développement de Victoriaville

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires

Derniers commentaires

  • Karinne
    26 juin 2012 - 09:20

    Suite au propos du DG : "Pourquoi serait-on dispensé à la Ville de protéger la dignité des personnes ? " Je réponds ceci : " Ne serait-il pas plus digne de laisser les personnes impliquées s'exprimer librement s'ils le veulent bien, plutôt que de leur exiger par une entente écrite la confidentialité. Qu'est-ce que ces employés auraient à livrer que la Ville tient absolument à cacher. " Que la Ville dénonce des congédiements en spécifiant les raisons au Journal est d'inviter les citoyens à faire des jeux d'association. Ces propos ne favorisent pas la dignité des ex-employés mais servent plutôt à les discréditer largement et publiquement, ce qui à mon sens est une façon très bizarre de justifier son style de gestion.

  • Vishnou
    25 juin 2012 - 09:54

    Mettre 5% de ses employés à pied annuellement ne devrait pas enorgueillir la direction de la Ville de Victoriaville. Au lieu de se féliciter de bien gérer les ressources humaines, les dirigeants ne devraient-ils pas se questionner sur leur façon d'embaucher, d'analyser les candidatures et de choisir leur personnel. La bonne gérance ce n'est pas de foutre le personnel à la porte mais bien de savoir choisir son personnel et encore plus, de savoir composer avec les forces et les faiblesses de chacun. Est-ce que la faiblesse de la Ville de Victoriaville ne serait pas dans la façon d'embaucher, ou plutôt dans celle de ne pas chercher de solutions. Les cadres sont-ils supportés dans leur gestion ou plutôt jetés par dessus bord à la première occasion. La Ville de Victoriaville, BERCEAU DES RELATIONS DURABLES, vous connaissez... voire plutôt BERCEAU DES SIÈGES ÉJECTABLES...

  • m.personnel
    25 juin 2012 - 08:50

    quand on parle de respect et professionnalisme par rapport a un congédiement ou a une suspension,est t'il normal de voir la photo de la personne en grand plan la semaine suivante dans votre journal!est-ce cela le respect!!!!!

  • Étudiant 3 années en droit
    24 juin 2012 - 09:18

    Ici ce n'est pas juste une question de dignité, c'est la loi. L'employeur qui soit au privé ou au public se doit de protéger les renseignements personnels des employés peut importe la cause du congédiement. Chaque individu a droit au respect. Point final.

  • oui
    24 juin 2012 - 08:31

    En effet, il semble parfois qu'on retire des commentaires. Il À qui appartient ce journal déjà?

  • Loulou
    24 juin 2012 - 07:53

    Y a-t-il des commentaires qui disparaissent comme par enchantement sur ce site? Hier, en venant lire l'article et les commentaires, j'en ai lu deux; un d'un certain Paul Bleau et un d'une certaine Charlotte. Je reviens aujourd'hui, je retrouve 6 commentaires mais pas celui de la Charlotte en question. Pourtant, il semblait suggérer un complément d'information pour la journaliste qui avait écrit l'article. Bizarre non?

  • marcel
    23 juin 2012 - 10:19

    pas d,accord . si je n,avais rien a me reprocher ,alors pourquoi j,aurais honte au point de longer les murs . les citoyens ont droit de savoir puisque ce sont eux qui paient leurs salaires avec leurs taxes.si cette personne a été congédier il doit bien y avoir une raison,non?.

    • france
      23 juin 2012 - 10:43

      Je pense que la ville fait bien de respecter ses employés et ex-employés et leur famille. Personne n'aimerait voir sa photo dans le journal après un congédiement. Payer des taxes ne nous donne pas un droit de regard sur la vie de ses concitoyens à l'emploi de la ville. Par contre, il est bon de faire preuve de transparence quant aux raisons jugées valables pour congédier quelqu'un.Par exemple le cas de propos diffamatoires ( difficiles à juger sans parti pris politiquement) à l’endroit du conseil municipal, ce sujet est très délicat car il se rapporte à nos représentants élus. Il ne faudrait pas que l'employé soit tenu au silence pour protéger quelqu'un en vue de prochaines élections et, bien sûr, les élus doivent être traités avec le respect qu'ils méritent. Sujet délicat...

    • france
      23 juin 2012 - 10:49

      Je ne suis pas d'accord avec vous. L'employé a justement quelque chose à se reprocher sans être un danger pour la société... En suivant votre raisonnement, presque tous les renvois devraient être publics, car de près ou de loin, les citoyens -consommateurs finissent toujours par payer les salaires des autres. La dignité reste toujours gagnante.

    • Denise
      24 juin 2012 - 07:42

      @ Marcel : Je ne partage pas votre point de vu, le respect des renseignements d'une personne se doit d'être protégés beaucoup plus important que le besoin de satisfaire la curiosité malasaine des payeurs de tx. Au moment que les elus utilisent le nom d'un individu publiquement, c'est un manque énorme de jugement....Bravo aux elus de Victo qui font preuve de professionalisme, de respect, d'éthique! Fière de rester ici à Victo car en lisant votre tribune, des elus de certaines paroisses de la MRC n'ont pas cette dignité!

    • Joséphine
      24 juin 2012 - 07:45

      D'accord avec toi Marcel. Quand le renvoi est suivi d'une entente de départ avec prime et avantage, je me demande bien quelle raison a mené à ce congédiement. Moi si j'étais patron et si je congédiais quelqu'un pour une raison valable, je ne le récompenserais pas en partant .

  • Paul Bleau
    22 juin 2012 - 13:54

    Bravo à la ville de procéder avec dignité. Pour ce qui est de la décision sensasionaliste du journal La Nouvelle union d'avoir mis dernièrement la photo d'un employé congédié par la ville, on repassera! Ce choix faite réflète bien la façon du journal de livrer la nouvelle. On aime bien les pompiers, la police, le palais de justice, les fait divers. On aime de plus en plus le genre Allo Police. Quand j'ai vu cette photo, j'ai senti la peine, la honte et la douleur de la personne congédié à se voir dans le journal. À la limite vicieux! Je ne sais pas si c'est Madame qui a pris la décision ou son patron mais imaginez un instant si c'était votre photo. Vous longeriez les murs...